Les Etats-Unis ont donné l’ordre à l’opposition de ne pas participer aux élections

Apportant plus de doutes que de réponses, les principaux partis de l’opposition vénézuélienne Primero Justicia (PJ), Volonté Populaire (VP) et Action Démocratique (AD) ont déclaré qu’ils ne participeraient pas aux élections municipales du 10 décembre 2017.

Les raisons de fond

La coalition de partis anti-chavistes divisée à cause de la défaite aux élections régionales, des annonces contradictoires de « fraude » et de la prestation de serment de 4 de ses gouverneurs devant l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) est consciente de sa mauvaise condition actuelle face au chavisme.

La décision de ne pas participer aux élections, par là même, correspond plus à la nécessité d’éviter une défaite catastrophique dans les urnes et d’en réduire le coût politique qu’à une déclaration de principes éthiques.

L’essentiel pour l’anti-chavisme, plus que de rétablir l’unité, est d’éviter qu’une autre défaite électorale affaiblisse encore plus son image internationale et approfondisse la démoralisation de sa base électorale. Et en cela, ils semblent tous être d’accord, au moins en apparence.

Si une chose est certaine, c’est que cette décision, présentée comme « unitaire » ne peut être transposée à de prochaines situations. C’est ce qu’a déclaré le dirigeant d’AD Henry Ramos Allup, qui a profité des attentes suscitée par ses déclarations pour polémiquer avec VP et PJ indirectement à propos de leurs tentatives pour rechercher des voies non électorales. Les déclarations qui se suivent et vont dans la même direction, cependant, ne constituent pas un geste suffisamment solide pour affirmer que les aspérités qui se sont approfondies à l’intérieur de la coalition ces dernières semaines, sont enfin supprimées.

Les pressions des chefs à l’étranger et le double jeu d’ Henry Ramos Allup

Le chef international des secteurs radicaux de la MUD, Luis Almagro, a critiqué fortement la participation de l’opposition aux élections régionales, qualifiant celle-ci « d’instrument essentiel de la fraude. » A cela, Henry Ramos Allup a répondu avec fermeté, prenant ses distances et laissant voir qu’AD n’a pas son commandement central dans le bureau du Secrétaire Général de l’OEA.

La prestation de serment des gouverneurs d’AD devant l’ANC a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La pression externe et interne de VP et PJ a réussi à acculer Henry Ramos Allup qui a dû se déplacer dans un champ miné : en même temps qu’il affirmait que les gouverneurs de son parti seraient « exclus par eux-mêmes » à cause de la décisions qu’ils ont prise, il comprenait et respectait leur position.

Jeudi 26 octobre, à Toronto, Canada, s’est réuni ce qu’on appelle le « Groupe de Lima » pour renforcer la pression sur la coalition d’opposition pour qu’elle ne participe pas aux élections municipales et qu’elle stabilise un peu les relations intérieures.

Celle qui a été chargée d’ouvrir la session était la ministre des Affaires Etrangères du Canada, Chrystia Freeland, qui a mis en avant que tandis que le Président Nicolás Maduro insiste sur le fat que ce qui arrive au Venezuela ne concerne pas les autres pays « la faim généralisée, le manque de fournitures pour traiter les malades, les volées de coups, les arrestations massives et les tortures, ainsi que la démolition des institutions démocratiques inquiètent tout le monde. » Dit de cette façon, sans preuves ni témoignages vérifiables.

Freeland a aussi demandé au Gouvernement vénézuélien de rendre le pouvoir à l’Assemblée Nationale toujours dans l’illégalité, qui sera chargée de la remise de la plupart de l’aide humanitaire éventuelle et reconstitue le CNE « avec un calendrier clair pour des élections libres et justes . »

En plus, le « Groupe de Lima » a un vice-président adjoint : le chancelier péruvien Ricardo Luna. Celui-ci a insisté en ajoutant qu’on n’a pas vu « de changement important au Venezuela » mais qu’au contraire « les choses sont pires. » Un de ses exemples a été la « fraude » lors des dernières élections des gouverneurs et la « fragmentation de l’opposition au Venezuela » dont il exige qu’il s’unisse.

Le document final de cette rencontre condamne les élections régionales du 15 octobre, exige une révision du système électoral et le renouvellement du CNE. L’ordre du jour, du moins en paroles, d’une partie de l’anti-chavisme est clair. Dans un communiqué, le Département d’Etat des Etats-Unis a reconnu le travail du « Groupe de Lima » en tant que commandement externe de l’opposition vénézuélienne.

Le dirigeant d’AD, conscient que ce harcèlement a pour but de le rendre responsable des divisions de la MUD ou de l’accuser d’être un facteur de la permanence du chavisme au pouvoir, n’a eu d’autre solution que d’appliquer la même formule que la semaine précédente ; affirmer qu’ AD ne participera pas mais que si certains dirigeants le font, ils seront « exclus par eux-mêmes » en prévenant que certaines candidatures parallèles seront souvent citées. Une situation dont Henry Ramos Allup pourrait très bien profiter pour torpiller ce que le Almagro, le « Groupe de Lima », VP et PJ imposent, mettant en doute leur capacité à diriger et leur autorité sur le plan intérieur.

Il a même perdu du temps pour exprimer son rejet de la proposition de VP et de La Causa R sur l’organisation de primaires pour choisir le candidat d’opposition à la présidence dans les prochaines semaines tout en réaffirmant son intérêt à présenter sa candidature. Une mauvaise nouvelle pour VP et PJ qui voient en Henry Ramos Allup quelqu’un de difficile à manier et qui agit conformément à ses propres calculs.

Après la prestation de serment, les gouverneurs d’AD n’ont pas été l’objet de sanctions publiques qui soit une vraie punition de al part de la direction nationale. VP et PJ, pour leur part, ont appliqué ont fait la même chose étant donné que les dirigeants Gustavo Duque et Elías Sayegh ont manifesté leur intention d’être candidats aux mairies de l’état de Miranda en dehors du parti jaune.

Pendant ce temps, Un Nuevo Tiempo (UNT) n’a pas pris de position officielle. Il y a quelques jours, le parti Avancée Progressiste a manifesté son intention de participer aux élections municipales. Même si les formations les plus importantes ont décidé de ne pas présenter de candidats, les secteurs qui pourraient agir en dehors d’elles compromettraient l’autorité d’Almagro et du « Groupe de Lima » (mandatés par les Etats-Unis contre le Venezuela) pour regrouper tout l’anti-chavisme dans une seule politique.

Le chancelier du Pérou, Ricardo Luna, a critiqué cette fragmentation en laissant apparaître que, bien que les forces qui participeraient aux élections soient des forces de second ordre, ce fait en soi, serait désobéir à l’ordre de ne pas y participer.

Ceux qui sont mandatés par les Etats-Unis donnent l’ordre de stabiliser la crise de l’opposition

Tout semble indiquer que le conflit à propos des municipales renforce l’autorité des Etats-Unis, dont Luis Almagro et le « Groupe de Lima » sont les représentants exclusifs, sur l’opposition vénézuélienne. En fait, les positions moyennement opposées à ce commandement étranger ont été calmées au bénéfice d’une politique d’isolement électoral. Les Etats-Unis cherchent à protéger leurs investissements d’une éventuelle défaite aux prochaines élections qui pourrait aiguiser les différends internes et la démobilisation de sa base électorale.

Du communiqué du « Groupe de Lima » se détachent 2 éléments importants : l’ordre de ne pas reconnaître l’ANC et la désignation d’un nouveau CNE par l’Assemblée Nationale dans l’illégalité. La première chose manque de sérieux car 4 gouverneurs d’opposition se sont soumis à cette instance. La seconde est une poussée vers le même abîme politique que celui du « TSJ parallèle ». L’anti-chavisme intéresse les les Etats-Unis tant qu’une partie de celui-ci est enclin à se sacrifier.

Des journalistes et des médias, pas précisément de tendance chaviste, ont alerté sur l’éventuelle apparition de « candidatures rebelles » dans des municipalités où traditionnellement, les anti-chavistes ont des chances de gagner. Si cela arrivait, l’autorité et la capacité de commandement des partis d’opposition les plus importants seraient compromises et cela accentuerait l’absence de l’unité que les Etats-Unis réclament .

Avec ces éléments contre, la discipline exercée à l’intérieur de l’anti-chavisme par ceux qui sont mandatés par les Etats-Unis semble devenir caduque au fur et à mesure que 2018 approche et chaque dirigeant national voit en lui-même le meilleur candidat à la présidence.

Que ceux qui ont le plus de poids dans l’opposition aient annoncé d’avance qu’ils se présenteraient aux élections présidentielles alors qu’il y a encore des différends entre VP et AD à propos du système électoral qui a fonctionné aux élections législatives, régionales et municipales auxquelles ils ont refusé de participer montre l’intention de en pas participer aux élections du 10 décembre uniquement pour en pas arriver à 2018 avec une défaite fracassante sur le dos.

Cela nous amène indubitablement aux facteurs qui ont joué contre la MUD aux récentes élections. La démobilisation, suite aux attaques contre le CNE combinée à un ensemble de promesses non tenues ont amené un climat de confusion et de rejet qui s’est traduit par une chute du soutien électoral.

L’écrasante victoire du chavisme a fait augmenter le niveau de démoralisation de l’opposition, c’est pourquoi les principaux partis d’opposition en veulent pas se trouver dans la même situation après les municipales. Cependant, par cette décision de ne pas participer, ils pourraient provoquer justement l’effet contraire : nous savons qu’une carte teinte en rouge est une image dévastatrice pour le moral de la direction et de la base de l’opposition. En essayant d’échapper à cette situation inévitable, ils semblent s’en rapprocher plus rapidement et avec un coût politique plus élevé.

Cette situation pourrait ouvrir la porte à de nouveaux affrontements à ‘intérieur de la direction et les dirigeants chercheraient éventuellement à se rendre responsables mutuellement des événements et des coûts de la décision prise. Un facteur qui aurait le coût le plus élevé pour ceux qui sont mandatés par les Etats-Unis pour jouer le rôle de chefs d’une opposition qui a du mal à marcher unie et sans se mettre des battons dans les roues.

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/11/01/venezuela-eeuu-pone-orden-en-la-oposicion-y-la-obliga-al-aislamiento-electoral/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/11/venezuela-les-etats-unis-ont-donne-l-ordre-a-l-opposition-de-ne-pas-participer-aux-elections.html