Le Venezuela au bord de l’invasion étrangère

Plateforme petrolifère près du lac Maracaibo, dans l’Etat de Zulia.
Kimberly White / Reuters

Des troupes militaires de Colombie et du Pérou ont débarqué sur une base militaire provisoire, située dans la ville brésilienne de Tabatinga (état d’Amazonas), où se trouve la frontière commune entre ces trois nations, pour le début des exercices militaires baptisés AmazonLog 17, rapporte l’Agence brésilienne.

Ces derniers jours, des soldats américains étaient arrivés dans la ville pour faire des manœuvres et l’arrivée du reste des troupes était attendue dans les prochaines heures.

Ces exercices militaires permettraient aux États-Unis d’essayer de refermer l’encerclement du Venezuela par leurs bases militaires. Le dernier rapport publié par l’Observatoire latino-américain de la géopolitique, basé au Mexique, indique que ce pays a les plus grandes réserves prouvées de pétrole de la planète.

Localisation

Des soldats de l’armée brésilienne patrouillent à la frontière avec la Colombie durant un entraînement à Villa Betancourt, Etat d’Amazonas, Brasil. / Adriano Machado / Reuters

Le rapport, intitulé «le Venezuela envahi ou encerclé?» affirme qu’en plus de l’intérêt pour ses ressources naturelles stratégiques et de sa position géographique, ce pays d’Amérique latine est, pour les États-Unis, « une condition sinequanone de démontrer sa propre invulnérabilité et son hégémonie ».
La grande quantité de ressources que possède le Venezuela – pétrole, or, coltan, uranium, thorium et gaz – en fait le «joyau de la couronne» pour les intérêts des grandes entreprises américaines, a déclaré l’économiste mexicaine Ana Esther Ceceña à RT. Elle est la coordinatrice de l’Observatoire latino-américain de géopolitique (OLAG), un organisme dépendant de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM).

Mise en scène

Pour le coordinateur de l’OLAG, plusieurs éléments permettent d’affirmer qu’au Venezuela un scénario de guerre se prépare.

« L’offensive contre le Venezuela est évidente », dit Ceceña. Ce harcèlement a des manifestations financières « mais il s’exprime aussi dans la pénurie de produits de base, qui est l’un des éléments les plus forts des guerres d’aujourd’hui ».

C’est pour cette raison, explique-t-elle, que les États-Unis et ses alliés internes travaillent très dur pour que disparaissent les produits nécessaires au développement de la vie quotidienne des Vénézuéliens.

« Pour installer une situation de guerre, il est essentiel de générer des pénuries de nourriture et d’autres articles », dit-elle. A cela s’ajoute, selon le coordinateur de l’OLAG, « un harcèlement à la frontière avec l’entrée des paramilitaires et le terrible trafic de drogue ».

Pour cette universitaire, tous les éléments énumérés lui permettent d’affirmer « qu’il existe une opération organisée qui a pour objectif la déstabilisation générale du Venezuela ».

Le contexte de ces harcèlements est façonné par la menace d’une invasion militaire par le président américain actuel Donald Trump et les déclarations de son prédécesseur Barack Obama qui avait qualifié le Venezuela de menace inhabituelle et extraordinaire.

Similitudes et différences avec la Syrie

Pour l’Observatoire, le scénario politique, social et économique actuel du Venezuela est «très similaire» à celui de la Syrie. Alors on pourrait se demander pourquoi les États-Unis n’ont pas envahi le sol vénézuélien?

Selon Ceceña, la différence est que le gouvernement chaviste « a fait une bonne analyse des dernières guerres dans le monde ».

D’autre part, « la patience » assumée par « le peuple et le gouvernement » face aux protestations violentes (guarimbas) a fait une différence substantielle.

« S’il y avait eu une réponse armée aux guarimbas, cela aurait déclenché une guerre au Venezuela, ce qui n’a pas été possible parce qu’il y avait une bonne perception politique de la part du gouvernement, mais aussi du peuple qui a réussi à imposer l’idée de paix. »

Se référant à ce qui s’est passé en Irak, en Libye ou en Syrie, l’économiste mexicaine observe deux aspects essentiels dans le décours des derniers événements au Venezuela qui ont empêché les Etats-Unis de poursuivre ses plans. “Tout d’abord, la réponse très efficace du gouvernement vénézuélien, et ensuite la faible cohérence de l’opposition interne.”

L’Invasion étrangère

Le rapport de l’OLAG souligne que l’exercice militaire AmazonLog 17 tente de resserrer l’étau militaire autour de Caracas.

Le document souligne que la participation de la Colombie, du Pérou et du Brésil aux plans militaires a pour but de « déguiser » l’ingérence américaine au moyen d’une « intervention sous-traitée à partir des frontières ».

Des policiers colombiens surveillent le pont à la frontière Simón Bolívar avec le Venezuela, près de Villa del Rosario, Colombie / Jose Gomez

La Colombie et le Pérou acceptent cette participation en raison de leur statut d’«alliés historiques des États-Unis».
Dans le cas du Brésil, de l’économiste explique que son gouvernement «à été mis en place par des forces étrangères» et la seule possibilité pour celui-ci de se maintenir «est de s’allier avec cette puissance du nord».

Récupérer le terrain

Après l’émergence de gouvernements progressistes (Chávez, Lula, Kirchner, Ortega, Morales, Correa), les états-unis essayent de nouveau de contrôler la région.

Pour réaliser cette mission, Washington combine plusieurs mécanismes:

Coups d’Etat doux;
Tentatives de sécession;
Opérations médiatiques de criminalisation et de manipulation des récits;
Processus de déstabilisation;
Embargo (celui de Cuba continue et celui du Venezuela est implanté);
Accords de sécurité
Para-militarisation;
Mercenarisme

Le Venezuela serait presque encerclé militairement, dit Ceceña, en tenant compte du fait que les États-Unis ont des bases et des installations militaires à:

Guantánamo (Cuba);
Aruba et Curaçao;
Porto Rico;
Honduras (base de Soto Cano);
El Salvador (base de Comalapa);
Colombie (un total de sept bases militaires);
Pérou;
« Fuerzas de paz » au Brésil;
Contrôle du canal de Panama.

“Le but de toutes ces actions politiques et militaires est de renverser le président Nicolás Maduro, étape nécessaire pour atteindre l’objectif final: saisir toutes les ressources naturelles les plus précieuses que possède le Venezuela ».

C’est une condition pour que les États-Unis puissent entrer sur le territoire. De l’avis de l’économiste « tant que le gouvernement parviendra à se maintenir et que le peuple vénézuélien continue de s’opposer à une guerre civile, les Etats-Unis ne pourront pas passer ».

Les options du Venezuela

Pour le moment, le gouvernement a pu se défendre contre les menaces, les sanctions et les agressions américaines et ses alliés régionaux. « Le gouvernement a été capable de créer des alliances au niveau international », affirme l’expert, en concluant que ces alliances avec ces pays permettent de maintenir un équilibre des forces.

La population fait la file pour voter lors de l’élection de l’Assamblée Constituante à Caracas, Venezuela, le 30 juillet 2017. / Ueslei Marcelino / Reuters

« La position du Venezuela dans l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ses alliances avec les pays asiatiques, africains et européens, et les accords militaires, contribuent à ne pas permettre l’encerclement complet du pays », estime l’académicienne. Pour l’OLAG, il y a une question de survie dans le scénario mis en place par le Venezuela: « maintenir ses relations avec les autres puissances du monde telles que la Chine, la Russie et l’Iran. Ces nation peuvent faire en sorte qu’une intervention étrangère au Venezuela devienne très risqué pour les États-Unis. « , nous dit Ana Esther

Ceceña. Ernesto J. Navarro

Source: https://actualidad.rt.com/actualidad/254689-cuales-son-opciones-venezuela-cerco