Bien plus que quelques mairies

Ángel Prado, de la Commune El Maizal, candidat à la mairie de Simón Planas, État de Lara

Lors des élections municipales du 10 décembre, des représentants des Communes et des militants révolutionnaires étroitement liés à certaines des plus importantes initiatives d’organisation communale du pays ont été proposés comme candidats à la mairie. C’est le cas, entre autres, d’Ángel Prado, de la Commune El Maizal (Simón Planas, Lara); d’Augusto Espinoza, de la Commune Cajigal (Cajigal, Sucre); de Jesús Silva, d’Alexis Vive et promoteur des Panalitos por la Patria (Morán, Lara); et de José María « Chema » Romero, de José María.

Bien que l’on ne puisse parler d’un phénomène massif, il s’agit sans doute d’un événement profondément significatif, et ce pour plusieurs raisons.

Il y a toujours eu une relation tendue entre Communes et mairies. À quelques exceptions près, comme celle de la municipalité de Torres dans l’État de Lara (d’abord avec Julio Chávez et actuellement avec Édgar Carrasco), ceux qui assument des fonctions gouvernementales au niveau municipal ont tendance à se méfier des espaces où des initiatives d’autonomie populaire ont lieu, même s’il s’agit d’un conseil communal modeste. Mais il ne s’agit pas d’une tension quelconque : à aucun autre niveau ne s’exprime aussi clairement le choc entre la logique politique représentative et participative. On pourrait dire que le bouillonnement politique de la révolution bolivarienne y a son épicentre: ces logiques politiques constituent des fissurations tectoniques, en déplacement constant. Le chavisme est avant tout le sujet politique incarnant l’effort historique qui donne naissance à ce tremblement. Cependant, au nom de la nécessaire stabilité, la faiblesse représentative s’est installée sur la fragilité participative qui, ironiquement, pourrait préparer le terrain à l’effondrement de tout ce que nous avons construit.

Je connais de nombreux cas de maires qui essaient de contrecarrer les expériences communales, attaquant leurs dirigeants, dans lesquels ils voient des concurrents plutôt que des camarades de lutte, essayant parfois de les récupérer, leur refusant presque toujours tout soutien, et je sais que jusqu’à très récemment au moins, l’écrasante majorité de ces dirigeants n’ont jamais pris au sérieux la possibilité de soutenir une candidature. Ceci parce que la Commune permettrait d’aspirer à autre chose: jeter les bases d’une autre politique, construire un nouveau cadre institutionnel, fondé sur des bases radicalement démocratiques, participatives et protagonistes. La Commune a permis (et permet) de désirer collectivement, et toute aspiration personnelle légitime y est subordonnée au désir des autres, des gens du peuple, qui font de nous ce que nous sommes et sans qui nous ne sommes rien.

Cela commence à changer, il me semble, avec le Président Nicolás Maduro appelant à l’élection d’une Assemblée Nationale Constituante, y compris les électeurs des conseils communaux « sectoriels » et des Communes, une circonstance qui « a forcé » notre classe politique, trop encline à la logique représentative, à céder la place à un sujet qui, il faut insister sur ce point, est généralement considéré comme une menace, au lieu de ce qu’il devrait être: comme le plus avancé de l’expérience politique bolivarienne. Il a également « forcé » une partie des dirigeants communaux à faire un pas en avant, non seulement pour ouvrir le jeu politique, mais aussi pour créer les conditions qui doivent nous permettre de renouveler d’urgence la classe politique chaviste, comme le Président lui-même l’a proposé à plusieurs reprises.

Parmi les quatre camarades que j’ai mentionnés ci-dessus, un seul d’entre eux a le soutien « officiel » du Parti Socialiste Uni du Venezuela. Mais derrière les trois autres, une poignée de partis tentent de brouiller les cartes, cependant, si c’était le cas, je sais que les camarades sauront comment les tenir à distance; derrière eux, il y a des milliers et des milliers de personnes qui continuent à parier sur la révolution bolivarienne comme une possibilité de pratiquer une autre forme de faire de la politique, celle que nous avons apprise avec Chávez.

Il est normal que des dirigeants de ce type-là soient autant rejetés par ceux qui ont transformé le Parti Socialiste Uni du Venezuela en synonyme de sectarisme et de bureaucratie, imposant des  » leaderships  » sévèrement remis en cause par le peuple. Cela ne doit pas nous intimider: nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à nous battre pour les remplacer.

Dans le cas spécifique d’Ángel Prado, de la Commune El Maizal, beaucoup d’obstacles ont dû être surmontés pour qu’il soit enregistré comme candidat au poste de maire de Simon Planas, à Lara, malgré le soutien majoritaire du peuple. Aujourd’hui, le Conseil national électoral régional l’a informé que tant qu’il n’aura pas obtenu la permission de l’Assemblée constituante nationale, sa candidature ne pourra pas entrer en vigueur. Je suis sûr que cela n’a rien à voir avec le fait qu’Angel Prado n’est pas le candidat « officiel » du chavisme. Personne ne serait assez maladroit pour ignorer à ce point la volonté de la majorité, et remettre en question quelque chose qui nous a coûté si cher: la crédibilité de la souveraineté électorale.

Ce qui est en jeu, c’est bien plus que des mairies. Il se passe autre chose. C’est le sol de la patrie qui tremble, ce qui veut dire qu’elle est encore vivante, qu’ils n’ont pas réussi à nous enterrer.

Traduction VeneSol

Source: https://elotrosaberypoder.wordpress.com/2017/11/25/mucho-mas-que-unas-alcaldias/amp/