L’opposant Timoteo Zambrano abandonne le dialogue

J’écris ces lignes parce que le silence ne peut et ne doit protéger l’impuissance ou la résignation à la quelle la situation de notre patrie semble nous conduire. Je souhaite que les Vénézuéliens connaissent mes idées et mes raisons. Des idées que, converties en arguments, j’ai défendues de façon cohérente depuis plus de 2 ans, au sein de l’opposition et dans l’exercice de ma liberté de pensée en tant que façon démocratique de faire de la politique.
Pendant tout ce temps, je n’ai pas changé. J’ai toujours défendu le dialogue, la négociation et l’accord entre le Gouvernement et l’opposition comme une issue viable à la crise du Venezuela et au-delà en tant que voie indispensable pour refonder un pacte de coexistence politique et sociale pour notre pays. Malheureusement, et malgré beaucoup d’efforts, on n’y a pas encore réussi et à cause de cela, la situation de notre pays a empiré.
Nous ne redresserons la direction du Venezuela que quand nous arriverons à ce grand accord. Ni les prétentions d’hégémonie ni les attitudes peu démocratiques ni le refus de la réalité, une dure réalité économique et sociale, ni le désir de renverser le Gouvernement par des voies qui ne sont pas la voie des urnes, ni les sanctions envers le pays ne constituent des alternatives politiques pour une solution. Ce ne sont que des facteurs qui creusent la tranchée de notre malheur collectif. L’histoire démontre que les meilleurs produits de l’action politique avec des majuscules sont le fruit de l’accord, de la capacité à reconnaître l’autre et de préserver la convivialité.
Cela exige de renoncer à la haine et d’avoir une attitude morale de générosité. Pour avoir défendu ces idées avec cohérence, j’ai été critiqué et insulté comme soi-disant « collabo » du Gouvernement. Cette accusation est la principale raison pour laquelle divers acteurs de la MUD « ont déconseillé » ma candidature à la présidence de l’Assemblée Nationale.
On a donné comme argument que l’opinion publique et les réseaux sociaux seraient très critiques envers ma candidature. Certainement en particulier 2 organisations politiques qui influent quotidiennement sur ces réseaux sociaux et leurs schémas d’opinion induits. Il est curieux que les mêmes agents et les mêmes partis qui m’ont si fréquemment demandé de communiquer avec le chavisme pour revendiquer beaucoup de choses qui étaient dans leur intérêt, évidemment presque toujours des choses raisonnables m’accusent d’avoir la capacité de discuter avec le Gouvernement.
Je ne peux pas agir d’une façon devant les citoyens et d’une autre dans les coulisses. Il semble que d’autres oui. Je ne peux pas chercher des accords secrets et à ce moment-là être un radical sans tache devant le pays. Si je défends le dialogue, je fais le dialogue – je le fais en privé et je le fais en public – si je cherche la paix, je n’apparais pas comme un guerrier avec un masque, si je cherche la coexistence, j’écarte l’insulte. Je n’ai pas de double morale, je ne sers pas à flatter le public le plus avide de messages durs. La politique, c’est de trouver des solutions pour les gens et non de les conduire vers des abîmes sans fond. Le vrai rôle du dirigeant n’est pas de tromper, c’est de ne pas prendre de grands airs et de ne pas accuser en vain pour cacher d’autres carences. Il est triste de voir des gens qui vocifèrent devant les micros qui s’adoucissent dans les rencontres bilatérales à huis-clos.
Le peuple du Venezuela mérite une autre politique, il mérite une POLITIQUE et des hommes politiques. Nous n’avons pas besoin de faux héros ni de martyres fils du peuple et victimes de la non politique. Une partie des dirigeants de la MUD ont mis leur veto à ma candidature à la présidence de l’Assemblée Nationale et la direction d’UNT a fait sien ce critère. J’accepte, en tant que bon démocrate, la décision prise dans une table entre quelques-uns. Ma loyauté envers mon parti et envers la MUD est à l’épreuve de n’importe quelle infamie. Je souhaite à Barboza le succès, à mon parti la cohérence et à la MUD d’être en charge de la situation du pays, d’agir comme si elle était déjà au Gouvernement, de négocier sans honte parce que ce n’est qu’ainsi que nous serons une majorité tangible dans le pays. Censuré comme je l’ai été par certains de ceux avec qui nous nous asseyons dans la délégation pour les négociations en République Dominicaine, je dois, en toute cohérence, me sentir censuré aussi dans cette tache et par conséquent y renoncer. La cohérence l’exige de moi et ainsi personne ne pensera qu’un collabo s’assoit dans les rangs de l’opposition.
Parlons enfin clair et arrêtons de faire du cinéma. Je souhaite ardemment un Accord pour le Venezuela. Je souhaite le succès des négociations en République Dominicaine, les Vénézuéliens le méritent. Sans accord, nous allons vers l’abîme, avec un accord commence la rectification historique dont nous avons tant besoin. Je suis dans cette situation parce que je ne crois qu’en la Paix, la civilité, parce que je ne hais aucun compatriote, parce que jamais, pas même dans la pire des situations, je n’accepterai rien d’autre que la voie des urnes, parce que j’essaie que ce que je dis ressemble à ce que je fais et je l’assume encore avec une tristesse évidente.
Je souhaite bonne chance au Président Zapatero à qui, en plus d’une occasion, j’ai entendu dire que les choses se font pour qu’elles soient et non pour que tu les reconnaisses. Alors qu’il en soit ainsi, ayons cet ACCORD. Que personne n’invente d’excuses. Ou au moins que personne en dise que ça a été la faute des collabos comme nous appellent certains, nous qui n’avons jamais conçu la politique comme un affrontement sans fin.
Oui, je serais toujours prêt à tendre la main à mon pire adversaire et à arriver à un accord, même imparfait, avant d’encourager une bataille qui nous détruit bien qu’on soit sûrs de la gagner. En pensant au Venezuela, j’ai voulu, par cette lettre, lancer en toute humilité un appel à la sincérité de la direction politique que les Vénézuéliens méritent. Et aussi remercier ceux qui m’ont apporté leur soutien en ces jours de voyage pour la cause impopulaire de la négociation, de l’accord et pour la recherche d’une solution pacifique à la crise de la Patrie, je ne les décevrai pas.
Caracas, 6 janvier 2018
 Source en espagnol : correo del orinoco / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos