Les raisons pour lesquelles la MUD ne se présente pas aux élections présidentielles

Mercredi 21 février 2018, la coalition anti-chaviste explique dans un document qu’elle intitule « Défi » au Gouvernement du président Nicolás Maduro que bien qu’elle considère comme nécessaire un changement de régime « le plus tôt possible », les conditions ne sont pas réunies pour cela et elle fait une contre-proposition proche du document inattendu avec lequel elle a surpris les médiateurs et le Gouvernement juste le jour de la signature du document qui avait obtenu l’approbation des 2 parties en République Dominicaine, le 31 janvier 2017. Dans cet accord apparaissait un certain nombre de modifications substantielles, toutes en faveur des revendications de l’opposition qui rendait toute signature impossible.
C’est cet ensemble de conditions, présenté comme faisant partie d’un document « fait et approuvé à l’unanimité » par les chanceliers et les médiateurs en République Dominicaine, qui a été avancé par l’opposition pour ne pas participer aux élections.
En imposant de nouvelles prérogatives et en retirant même des conditions qui avaient été pré-approuvées avec le Gouvernement, la MUD fait un acte de propagande politique et cherche à effacer les dégâts faits sur ses partisans par la campagne de méfiance envers l’entité électorale qui s’est traduite par un taux très bas d’intentions de vote parmi les opposants et par l’absence d’un dirigeant solide qui donne confiance.
Pour les opposants, recréer un soi-disant changement des règles du jeu est très important pour changer le taux d’intentions de vote. En janvier de cette année, Eugenio Martínez, analyste électoral de l’opposition, a présenté les révélations de l’institut de sondages Datincorp: alors que 86,6% de ceux qui se disent chavistes sont « totalement décidés à aller voter » aux présidentielles, à peine 46% de ceux qui se disent opposants disent être décidés à voter.
Les conditions :
La MUD qualifie à présent les élections prévues le 22 avril de « prématurées » alors qu’il y a quelques semaines, alors que le dialogue était en « pause indéfinie », selon les mots du président dominicain Danilo Medina, la MUD avait déjà décidé avec le Gouvernement que les élections auraient lieu le 22 avril. Elle a déclaré le 21 février dans son document qu’elle misait sur des élections au second semestre de cette année.
Une autre revendication que la MUD tente d’imposer pour participer aux élections est le renouvellement de la direction du Conseil National Electoral (CNE) pour le rendre « plus équilibré. » Cette proposition avait été acceptée en République Dominicaine par le Gouvernement mais pas par la MUD.
L’invitation de missions d’observation internationales avant, pendant et après le vote : un autre point approuvé par le Gouvernement.
Le vote des Vénézuéliens à l’étranger : Sans donner de précisions sur la façon de faire, la direction de la MUD demande que les Vénézuéliens à l’étranger puissent affectivement voter. En fait, ceux qui sont en situation régulière dans le pays où ils se trouvent et ont fait le changement sur les Listes Electorales Permanentes dans les ambassades ou dans les consulats peuvent voter conformément à l’article 124 de la Loi Organique des Processus Electoraux.
La MUD suggère sans doute de ne pas appliquer la loi pour permettre le vote de beaucoup de ses partisans qui ont émigré et ne remplissent pas les conditions pour voter.
Le même accès des médias publics et privés aux bureaux de vote. Cela n’est pas une condition qui va inciter à voter mais a servi dans e passé pour que prolifèrent les explosions dans des bureaux de vote, ce qui a servi à construire l’idée de la « fraude électorale » qui pèse énormément sur les intentions de vote de l’opposition.
La révocation de l’inéligibilité de partis et de dirigeants politiques. Cela ne vise personne en particulier mais en ce qui concerne les partis politiques, Primero Justicia a dû récemment renouveler son inscription au Conseil National Electoral et n’a pas réussi à avoir les signatures nécessaires.
Les audits techniques du processus : Ce n’est une nouveauté ni pour les électeurs vénézuéliens ni pour la MUD puisque selon les règles électorales, il y a 14 contrôles avant, pendant et après les élections. La MUD a validé tous les processus de contrôle aux élections de ces dernières années, même à celle des gouverneurs du 15 octobre dernier.
Quel est le sens des conditions posées par la MUD ?
En termes strictement d’élections, la nomination d’une nouvelle direction du CNE serait très importante si les nouvelles autorités décidaient de changer la méthode de vote et de changer totalement le système par exemple, pour passer du système automatisé actuel (qualifié par le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) de l’un des plus transparents du monde) à un système manuel. Si même en changeant les autorités électorales le système actuel reste en vigueur, la changement de direction est sans importance.
Malgré son refus tranchant, la MUD semble laisser une porte ouverte à sa participation à condition que toutes (ou certaines) les conditions qu’elle pose soient satisfaites.
En fait, les conditions qu’elle pose semblent être destinées à restaurer son image politique. Elles ne sont pas en relation directe avec les conditions des élections sur le terrain mais semblent destinées à montrer qu’elle a réussi à « tordre le bras » au chavisme bien que celui-ci cède à des demandes qu’il avait déjà acceptées en République Dominicaine.
Mais elle veut que ces concessions semblent avoir été obtenues par la lutte (médias, pression étrangère, porte-paroles politiques) et non par le dialogue. De cette façon, elle cherche à rétablir le lien avec ses partisans car la plupart d’entre eux considèrent que la MUD s’est soumise au chavisme uniquement parce qu’elle a fait ce que les hommes politiques doivent faire : discuter.
En définitive, l’opposition peut être imprévisible car c’est une instance pseudo-politique qui n’a pas de ligne de conduite propre mais qui est dirigée par des instances étrangères qui cherchent à fabriquer une situation de discrédit pour ouvrir la voie à un blocus financier et économique plus important du Venezuela.
Résumé de l’article de Franco Vielma, Mission Vérité, 22 février 2018.
Source en espagnol : mision verdad / traduction et résumé Françoise Lopez pour Bolivar Infos