Interview du ministre Jorge Rodríguez par le journal espagnol El País

Le journal de Madrid El País est l’une des voix les plus insidieuses, agressives et menteuses contre la gauche. Sous le masque du « progressisme » il attaque tout ce qui ne plaît pas aux États-Unis et aux puissances financières qui le contrôlent. Ses infamies, comme la publication en première page d’une fausse photo du « cadavre » du président Hugo Chávez, n’ont pas de limites. Il nous offre ici, une interview de Jorge Rodríguez, ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela. Le venin se trouve dans les questions mais au moins, il publie les réponses. Une fois n’est pas coutume… Que chacun tire ses propres conclusions.
Jorge Rodríguez (Barquisimeto, 1965), ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela, est venu en Espagne pour défendre l’idée que les élections vénézuéliennes du 20 mai prochain sont libres et offrent des garanties malgré les doutes internationaux et la non participation des dirigeants et des partis de l’opposition. Il considère que malgré les difficultés, la Révolution Bolivarienne est un succès et signale que le Gouvernement de Nicolás Maduro prépare un plan pour que les Vénézuéliens qui, par centaines de milliers ont quitté le pays à cause de sa grave crise, reviennent.
Question : Considérez-vous que la Révolution Bolivarienne est un succès ?
Réponse : Oui et non seulement je le considère mais je crois qu’elle a apporté des solutions aux défis les plus importants de la fin du XX° siècle et du début du XXI°. Nous avons ramené la pauvreté au Venezuela, qui était de 74% en 1998 à un chiffre proche de 26%. L’analphabétisme, qui était de 12%, maintenant est de 0%. La scolarité en primaire est proche de 94%. Le Venezuela est le pays le moins inégal de tout le continent, moins inégal que la Colombie, le Brésil, le Mexique… même dans les conditions difficiles que nous ne nions pas. Nous ne nions pas la situation de blocus financier, de guerre économique contre le pays et nous ne pouvons pas non plus nier les efforts du président Maduro pour trouver une solution.
Question : Être moins inégal n’est pas une réussite si l’égalité se trouve dans la pauvreté : l’Enquête Nationale sur les Conditions de Vie de 2017 réalisée par 3 des principales universités conclut que 87% des Vénézuéliens vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec 61,2% dans la pauvreté extrême et que 71% n’ont pas assez à manger. Considérez-vous que ça, c’est un succès ?
Réponse : Cette enquête est simplement un élément politique. Parmi ces universités se trouve l’Université Catholique Andrés Bello qui est complètement engagée dans l’opposition vénézuélienne. Moi, je parle de nombres, de chiffres, pas de galimatias. C’est complètement faux. Si c’était vrai, comment aurions-nous gagné 20 postes de gouverneurs sur 23 en octobre 2017? Ou 309 mairies sur 335 ?
Question : Croyez-vous que la pénurie d’aliments et de médicaments dont souffre la population soit une invention ?
Réponse : Je viens de dire que nous ne nions pas avoir des difficultés.
Question : Croyez-vous que dans un autre pays de la région il y ait des difficultés comme celles-là ?
Réponse : Oui et non. Au Venezuela, 6 millions de familles, environ 22 millions de personnes sur les 30 millions d’habitants du pays reçoivent tous les mois 18 produits du panier de base complètement subventionnés par le Gouvernement de Nicolás Maduro.
Question : Cela ne vous semble pas être une forme de clientélisme ?
Réponse : Comment cela va-t-il être du clientélisme si 22 millions de personnes, presque 80% de la population le reçoivent sans qu’on leur demande à quel parti elles appartiennent ou si elles appartiennent à un parti ? Nous en demandons pas aux gens s’ils sont chavistes ou dans l’opposition. C’est un avantage pour toute la population comme le Carnet de la Patrie.
Question : Vous semble-t-il que ce soit un modèle souhaitable, celui dans lequel les gens ne peuvent pas acheter de nourriture et dépendent de ce que le Gouvernement leur remet ?
Réponse : Évidemment qu’ils peuvent, ce qui est sûr, c’est qu’il y a une situation d’inflation induite que nous allons corriger par des mesures plus structurelles mais pendant que nous vainquons le fantôme de l’inflation, nous devons prendre des mesures directes pour protéger la population.
Question : Le Venezuela est le pays qui a la plus forte inflation au monde, autour de 6.000% et le FMI prévoit 13.000% pour cette année. Considérez-vous que le contrôle des prix a été un succès ?
Réponse : Je considère que la chaîne de distribution des aliments et des produits de base n’est pas aux mains du Gouvernement bolivarien mais de secteurs privés qui ont souvent utilisé ces chaînes de distribution à des fins politiques. Et que souvent, ils ont caché ou accaparé des aliments, des médicaments ou des biens de consommation, surtout à l’approche des élections. Il y a aussi une situation très grave de contrebande vers la Colombie et vers les Caraïbes qui jouit de l’approbation du Gouvernement de Juan Manuel Santos.
Question : Comment expliquez-vous que des milliers de Vénézuéliens ou d’autres personnes qui résident au Venezuela quittent le pays ?
Réponse : Il est vrai que nous avons eu une situation, surtout et c’est important, parce que ce sont des personnes appartenant à la classe moyenne qui, à cause de la situation de guerre économique, sont parties dans d’autres pays et ce n’est pas un phénomène fréquent au Venezuela. Leur nombre n’est en aucune façon celui que j’ai vu, abyssal, qu’ils essaient de donner dans de fausses nouvelles. C’est un problème que nous avons eu, c’est une cicatrice de la guerre psychologique, de la guerre économique, comme l’a dit le président Maduro mais nous préparons déjà un plan pour inviter ces Vénézuéliens à rentrer au pays. Je crois que quand on réussit à édifier la proposition de prospérité économique que fait le président Maduro au peuple du Venezuela, je suis sûr que cela va arriver. Laissez-moi vous dire autre chose. Au Venezuela vivent 5,8 millions de Colombiens, 12% ou 13% de la population de la Colombie. Personne ne dit que ça a été une crise humanitaire.
Question : Mais ces immigrants sont arrivés pendant des dizaines d’années quand le Venezuela était le pays le plus riche de la région. Maintenant, des dizaines ou des centaines de milliers s’en vont.
Réponse : La grande majorité reste au Venezuela parce que là, ils ont reçu des attentions, des soins, le logement, la santé, l’éducation, l’alimentation, il n’y avait pas de migrations intérieures forcées par les groupes paramilitaires. Mais vous dites quelque chose de vrai, un groupe important de ceux que monsieur Juan Manuel Santos appelle l’émigration et la crise humanitaire sont des Colombiens qui rentrent chez eux. Monsieur Santos refuse même la nationalité à ces Colombiens.
Question : Si quelqu’un avait changé 1 million de dollars en bolivars il y a 15 ans quand le Venezuela a instauré le contrôle des changes, ses bolivars ne vaudraient maintenant plus que 10 dollars. Le bolivar a perdu 99,99% de sa valeur. Considérez-vous que le contrôle des changes a été un succès ?
Réponse : Je crois que le Venezuela a été soumis tout au long de son histoire aux fluctuations de son principal produit d’exportation, le pétrole. Des crises en relation avec les prix du pétrole se sont produites. La grande différence est que même en crise, nous ne cessons pas de prendre soin directement du peuple du Venezuela. C’est pourquoi le peuple dit : « Bon, nous passons par une crise mais le seul capable de sortir le Venezuela de cette crise, c’est Nicolás Maduro. »
Question : En 4 ans, la production de pétrole par PDVSA a baissé de presque 1 million de barils par jour, environ 1 tiers de sa production totale, selon les chiffres de l’OPEP. Considérez-vous aussi cela comme un succès ?
Réponse : Non, ça a été un échec dû à plusieurs facteurs. L’un d’entre eux est la situation de corruption qui s’est présentée dans la direction de l’entreprise d’État devant laquelle l’ancienne procureure Luisa Ortega Díaz n’a jamais inquiété aucun de ses membres. Après que l’Assemblée Nationale Constituante ait nommé le procureur Tarek William Saab, regardez ce qui s’est passé : 2 ex-présidents de l’entreprise pétrolière d’État, 2 ex-ministres du pétrole, 43 hauts fonctionnaires et gérants de l’industrie pétrolière, tous en prison pour répondre devant la justice des charges de corruption et plusieurs en fuite.
Question : Toutes les personnes qui occupent ces charges sont nommées par le chavisme.
Réponse : Oui mais la corruption est une responsabilité individuelle et je le dis en toute franchise : quel pays du monde fait une campagne contre la corruption comme celle que nous venons de faire ou celle que fait le président Nicolás Maduro? Je peux vous faire confiance mais si vous trahissez cette confiance, vous devez répondre devant la justice.
Question : Mais s’ils la trahissent l’un après l’autre, ceux qui les nomment n’ont aucune responsabilité ?
Réponse : Dans les lois du Venezuela, je ne sais pas comment c’est en Espagne mais dans les lois du Venezuela, la responsabilité est individuelle.
Question : Les arrestations de militaires dissidents montrent-elles des failles dans le régime ? Voyez-vous un risque de coup d’État ?
Réponse : Non, nous comprenons mieux maintenant l’alternative qu’ont les secteurs extrémistes de la droite vénézuélienne : la possibilité de soulever les forces armées bolivariennes pour provoquer un coup d’État militaire. Quelques officiers subalternes qui étaient en contact avec des secteurs de l’extrême-droite vénézuélienne qui organisaient des conspirassions militaires ont fait leur apparition. Mais cela n’a rien fait de plus que confirmer l’unité des forces armées.
Question : Avez-vous peur d’élections libres ?
Réponse : Non, c’est ce que nous aurons le 20 mai prochain, des élections avec une participation qu’on nous envie dans les autres pays du monde. Le système électoral vénézuélien est le plus contrôlé et transparent du monde, il a l’aval de personnes sans taches. C’est le même système grâce auquel l’opposition a gagné les élections en 2015 et en ce moment, il est blindé par les garanties qui ont été fixées dans un accord signé entre le candidat d’opposition Henri Falcón et le candidat à sa réélection, le président Maduro.
Question : Peut-il y avoir des élections libres avec des prisonniers politiques et des dirigeants inéligibles ?
Réponse : Je ne sais pas à quoi vous faites allusion en parlant de prisonniers politiques. Au Venezuela, il y a des hommes politiques qui se sont trouvés dans des situations qui violaient notre Constitution, qui ont appelé à des actes de violence. Ici, en Espagne, il y a maintenant des hommes politiques qui sont poursuivis par la justice, nous ne nous mêlons pas des affaires de l’Espagne mais il y a en ce moment des hommes politiques qui sont devant la justice parce que certains tribunaux considèrent qu’ils violent les lois et la Constitution de l’ Espagne.
Question : Avec les prisonniers politiques, je parle de ceux que les ONG locales et internationales comme l’Organisation des États Américains ont certifié.
Réponse : Grâce à la détestable action de monsieur Luis Almagro, l’Organisation des États Américains a cessé d’exister, elle n’existe plus, ce n’est un organisme multilatéral en aucune façon. Almagro est un acteur politique qui est à la merci de ce que dit le Gouvernement Trump.
Question : Croyez-vous qu’il peut y avoir des élections libres si certains des principaux dirigeants des partis d’opposition ne peuvent pas se présenter ?
Réponse : Au Venezuela, il y a 18 partis politiques. 15 participent aux élections présidentielles. Il y a 3 partis de l’opposition regroupés dans feu la Table de l’Unité Démocratique (MUD) auxquels on n’a pas permis de participer mais nous, nous avons encouragé grâce à la table de dialogue au Venezuela et en République Dominicaine la participation de tous les partis politiques. Mais il y a eu un message clair du chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis, monsieur Robinson, à Henry Ramos Allup, à Henrique Capriles Radonski, à tous ceux qui sont en relation avec leurs partis, pour qu’ils ne participent pas. Monsieur Falcón est un représentant de la direction de l’opposition vénézuélienne, il a été le chef de campagne de Capriles en 2013 et gouverneur d’opposition de l’état de Lara. C’est une mesquinerie de dire que Falcón n’est pas de l’opposition. Je crois que ce qui va se passer, c’est que la grande majorité du peuple vénézuélien, qu’il soit chaviste ou d’opposition, va participer. Il y a plus de 70% d’intentions de vote. A nous, ce qui nous importe, c’est qu’il y ait des garanties électorales et elles y sont toutes. Nous envisageons que celui qui veut vienne observer les élections. Si madame Mogherini veut convoquer une mission d’assistance technique, très volontiers. Puissent les représentants du monde entier venir voir le processus en toute objectivité.
Question : Vous dites que grâce à ce système électoral, l’opposition a gagné les élections à l’Assemblée Nationale de 2015. Mais depuis, le Gouvernement ignore ses compétences.
Réponse : C’est complètement faux. Le président Maduro est allé présenter son rapport, a essayé de trouver des accords, a signalé qu’il voulait rencontrer le président du Parlement et le président du Parlement a osé dire qu’il ne recevrait jamais le Président. Ils en sont venus à faire tant d’idioties que la plus haute autorité judiciaire du pays, la Cour Constitutionnelle du Tribunal Suprême de Justice qui interprète la Constitution a dû déclarer la situation de désobéissance. Je dis plus, nous étions sur le point de corriger la situation d’illégalité grâce au dialogue en République Dominicaine et nous étions arrivés à un accord à ce sujet mais monsieur Julio Borges a reçu un appel de Colombie où étaient réunis Juan Manuel Santos et le secrétaire d’État des États-Unis de l’époque Rex Tillerson et ils l’ont empêché de signer. Ils étaient ivres de pouvoir à ce moment-là, ils croyaient qu’ils avaient pris le ciel d’assaut parce qu’ils avaient gagné les élections parlementaires, ils n’ont pas bien géré leur victoire et regardez ce qui se passe en ce moment. La grande majorité des électeurs du peuple au Venezuela rejette cette direction de l’opposition.
Question : Ce mépris de l’Assemblée a amené à convoquer une Assemblée Nationale Constituante. Cela ne vous semble-t-il pas une autre façon de boycotter l’Assemblée ?
Réponse : Il suffirait de lire notre Constitution qui, dans son article 247 [en réalité, c’est dans le 348] signale que le président constitutionnel de la République Bolivarienne du Venezuela peut convoquer une Assemblée Nationale Constituante. C’est dans notre Constitution.
Question : Mais on ne l’élit pas par un suffrage qui n’est ni universel ni proportionnel et qu’une partie des députés soient issus des métiers, ce qui rappelle la démocratie organique du franquisme et on n’élit pas un député par municipalité indépendamment de sa population.
Réponse : Qui a élu ces députés à la Constituante ? Au Venezuela, il y a 335 municipalités un par municipalité…
Question : Et c’est pareil, qu’elle ait des millions d’habitants ou des dizaines ?
Réponse : C’est qu’à notre Parlement Fédéral, c’est ainsi. Il y a aussi des représentants de toutes les municipalités. Et en plus, dans les capitales, qui sont généralement les plus peuplées, ils en choisissent 2 et dans la capitale de la République, 7. Ou, ce qui, à moi, me semble beau, historique, que pour la première fois les personnes handicapées puissent choisir un représentant pour rédiger une Constitution. Nous, nous offrons à l’opposition de s’intégrer à la lutte pour l’assemblée s’ils ne pouvaient pas participer, nous leur proposions de coopter 100 députés. Ils l’avaient accepté, ils l’ont accepté le 25 juillet et le 28 juillet, ils nous ont dit : on ne peut pas.
Question : Un système dans lequel le Gouvernement peut offrir un quota de députés à l’opposition vous semble-t-il très démocratique ?
Réponse : Le président pouvait coopter, c’était établi. Comme ils ne pouvaient ni ne voulaient participer aux élections parce qu’ils subissaient des pressions qui les empêchaient de participer à la Constituante, nous considérions comme important qu’il y ait quelqu’un de l’opposition. En fait, immédiatement après avoir été élue, l’Assemblée Nationale Constituante a amené la paix dans le pays, il n’y a plus eu de violence. Et immédiatement après d’élections, nous avons convoqué l’opposition, nous nous sommes assis et ça a été le moment où le dialogue a été le plus fructueux.
Question : A propos de dialogue, considérez-vous l’ex-président Zapatero comme un ami du Gouvernement vénézuélien ?
Réponse : Tout le peuple du Venezuela doit de grands remerciements à José Luis Rodríguez Zapatero pour tout ce qu’il a fait pour la paix de la République, pour toute la capacité d’écoute qu’il a eue à écouter, surtout l’opposition vénézuélienne, la constance avec laquelle il a toujours été prêt à trouver une retouche, un accord, surtout un accord de coexistence, c’était ce qu’il encourageait principalement.
Question : Les relations avec l’Espagne se sont dégradées, croyez-vous qu’il est possible de les rétablir ?
Réponse : Nous, nous avons toujours dit : un, le respect de notre souveraineté, deux, le respect de notre indépendance. Nous, nous ne nous mêlons pas des affaires de l’Espagne, que l’Espagne ne se mêle pas des affaires du Venezuela. L’Espagne a ses problèmes mais nous ne nous mêlons pas des affaires du Gouvernement de Mariano Rajoy avec la Catalogne, des problèmes de ses retraités, nous n’intervenons pas si le président ou si une cour décide qu’un chanteur doit aller en prison parce qu’il insulte le Roi d’Espagne. Cela regarde l’Espagne. C’est la seule chose que nous demandons, la réciprocité dans ce domaine. Si ces conditions de respect sont réunies, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas régler cette situation.
Madrid, 23 mars 2018
Source en espagnol : resumen latinoamericano / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos