Jorge Rodriguez : De tous les pays d’Europe, le Gouvernement espagnol est celui qui a émis le plus de communiqués pour agresser le Venezuela

Une autre interview, du journal “Público” avec un Jorge Rodríguez qui conteste avec lucidité et démontre qu’on peut aussi livrer bataille dans les médias hégémoniques.
Pendant sa visite en Espagne, le ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela accuse les Gouvernements de Colombie et des Etats-Unis de dynamiter le dialogue de paix avec l’opposition et l’ambassadeur d’Espagne à Caracas d’avoir conspiré avec l’extrême-droite pour déstabiliser la Gouvernement de Nicolás Maduro.
A moins de 2 mois des élections présidentielles au Venezuela et au centre d’une importante crise politique, le ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela, Jorge Rodríguez, nous reçoit dans la résidence à présent inhabitée de l’ambassadeur du Venezuela à Madrid pour parler de la situation difficile que traverse le Venezuela.
Rodríguez, en plus d’être un pilier essentiels du Gouvernement du président Nicolás Maduro est un élément fondamental depuis plus de 10 ans de ce qu’on appelle la Révolution Bolivarienne. Il a été vice-président du Gouvernement du Commandant Hugo Chávez qui l’a désigné en même temps comme membre fondateur du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV). Il a été directeur de campagne de son parti depuis l’amendement constitutionnel de 2009 jusqu’aux dernières élections, le 10 décembre dernier, auxquelles son parti a conquis l’immense majorité des mairies du pays. Il a aussi dirigé la délégation du Gouvernement dans le dernier processus de dialogue avec l’opposition qui a finalement échoué quelques instants avant de se concrétiser. Il nous parle aussi de cela.
Relations bilatérales avec l’Espagne
Question : En janvier dernier, le Gouvernement espagnol de Mariano Rajoy déclarait l’ambassadeur du Venezuela en Espagne, Mario Isea, “persona non grata” et il était expulsé du pays en application du « principe de réciprocité » après que le Gouvernement du Président Nicolás Maduro dont vous faites partie, ait fait la même chose avec l’ambassadeur d’Espagne au Venezuela, Jesús Silva. Après tout ce qui s’est passé, considérez-vous comme correcte la décision de votre Gouvernement d’expulser l’ambassadeur d’Espagne ?
Réponse : Je crois qu’on a rarement vu dans l’histoire de la diplomatie dans le monde une agression aussi brutale que celle qu’ont perpétré certains Gouvernements du continent américain et du continent européen essentiellement contre le Venezuela. Le ton sur lequel certains médias et certains Gouvernements ont traité leur relation avec le Gouvernement et le Peuple du Venezuela a été d’une grossièreté inacceptable. Seulement en Espagne, en 2017 on a publié 3.880 informations contre le Venezuela. Concrètement, il y a en Espagne un journal qui publie une information contre le Venezuela toutes les 36 heures. Cette stratégie de guerre médiatique et psychologique a eu des conséquences très négatives. Nous avons eu des poussées de xénophobie contre les Vénézuéliens dans certains pays frères.
En ce qui concerne l’ambassadeur d’Espagne au Venezuela, Jesús Silva, nous avons montré des preuves à ce moment-là qu’il était impliqué dans des affaires de conspiration contre le Gouvernement du Venezuela, qu’il avait violé les accords de Vienne et rencontré constamment des agents de l’extrême-droite vénézuélienne. Au moment où nous avions besoin d’aide pour arrêter la poussée de violence que la droite a perpétrée entre février et juillet 2017, l’ambassadeur du Gouvernement d’Espagne organisait des actions contraires et loin de chercher à atténuer ces actes, les exacerbait.
Question : Vous parlez de conspiration de l’ambassadeur d’Espagne au Venezuela, de quelle façon mettait-il en œuvre cette stratégie ?
Réponse : Il avait des réunions avec des agents de l’extrême-droite vénézuélienne dans l’intention de déstabiliser le Gouvernement du Venezuela.
Question : Votre visite en Espagne a-t-elle quelque chose à voir avec cette détérioration des relations bilatérales ?
Réponse : Non, c’est une visite principalement destinée aux médias. Nous voulons montrer la vérité et quelle est la réalité du Venezuela. Par exemple, tous les sondages, même des instituts de sondages proches de l’opposition vénézuélienne, disent que plus de 72% des Vénézuéliens veulent voter. Cependant, on lit dans différents médias et on entend des Gouvernements d’autres pays dire que « le monde ne va pas reconnaître les élections du Venezuela. » Et je me demande : quel monde ? Les pays européens et les États-Unis ne sont pas « le monde », le Gouvernement de Mariano Rajoy n’est pas « le monde », l’ex-Gouvernement du président Kuczynski n’est pas non plus « le monde. » Le Venezuela préside actuellement le Mouvement des Pays Non-alignés qui regroupe 129 pays du monde entier.
Question : Le ministre des Affaires Etrangères vénézuélien Jorge Arreaza dénonçait il y a quelques semaines devant les Nations Unies le fait que l’Espagne agit de façon « hostile » envers le Venezuela en poussant à prendre des sanctions contre lui. Comment considérez-vous le rôle du Gouvernement espagnol à ce sujet ?
Réponse : De tous les pays d’Europe, le Gouvernement espagnol est celui qui a émis le plus de communiqués pour agresser le Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela. Ces communiqués agressifs ont été en recrudescence entre les mois de mars et de juillet 2017 dans le but essentiel de déstabiliser le Gouvernement du président Nicolás Maduro.
Malheureusement, l’Europe s’est mise à la queue, derrière le Gouvernement suprémaciste des États-Unis et c’est vraiment dommage parce qu’elle était restée longtemps loin des principes qui fourmillent dans le Gouvernement du président Donald Trump. Il semblerait que Trump donne des ordres et qu’immédiatement certains Gouvernements parmi lesquels en particulier le Gouvernement espagnol de Mariano Rajoy obéissent parce que tant de contradictions ne peuvent pas être expliquées.
Par exemple, le président Mariano Rajoy disait en 2016 que la solution aux problèmes du Venezuela était de convoquer des élections présidentielles anticipées. Et maintenant, on va avoir des élections présidentielles.
Évidemment, il n’y a aucun doute, le système électoral vénézuélien fournit beaucoup plus de garanties que le système électoral espagnol.
Question : Quelles mesures devrait prendre exactement le Gouvernement de Rajoy pour rétablir les relations diplomatiques ?
Réponse : Respecter. Ne pas se mêler des affaires qui ne concernent que le Gouvernement du Venezuela et les Vénézuéliens.
Au Venezuela, les médias sont complètement libres, il y a une totale liberté d’expression et une totale liberté politique. Il y a 18 partis politiques qui fonctionnent en République Bolivarienne du Venezuela. Évidemment, nous avons des difficultés, et nous avons esquivé et avons pris soin de ces difficultés. Heureusement, l’élection de la Constituante a mis fin à la situation de violence qui a coûté la vie à 136 Vénézuéliens. Çà a été une vraie tragédie, qu’on appelle à la violence pendant ces mois-là.
Il serait très bon que le Gouvernement de Mariano Rajoy respecte le Gouvernement du Venezuela comme le Gouvernement du Venezuela respecte celui de l’Espagne. Nous, nous ne nous immisçons pas dans les affaires qui ne regardent que l’Espagne et les Espagnols.
Le Gouvernement du Venezuela serait-il prêt à faire un premier pas et à tendre la main au Gouvernement espagnol pour encourager un rapprochement ?
Oui, sous le principe de respect de notre souveraineté. Sous le principe de non-intervention et de non-ingérence dans les affaires du Venezuela, nous sommes prêts à parler avec qui que ce soit et à rencontrer le Gouvernement espagnol, et même le Gouvernement Trump.
 
La situation intérieure du Venezuela
Question : Croyez-vous que les Vénézuéliens vivent mieux maintenant qu’il y a 1 an ?
Réponse : Je crois que oui. En tout cas, je crois qu’il est plus important de considérer une période un peu plus longue. Nous venons d’une situation où, il y a 20 ans, il y avait 74% de pauvreté au Venezuela et presque 45% de pauvreté extrême. Aujourd’hui, nous avons réussi à réduire la pauvreté à 23% de la population totale. Et cela avec la guerre économique perpétrée contre le Venezuela sous forme de blocus économique et financier.
En ce moment-même, il y a 1 500 millions de dollars dont le Venezuela dispose pour acheter des aliments et des médicaments chez un intermédiaire financier appelé Euroclear. Celui-ci refuse de disposer des ressources qui sont à nous parce qu’il obéit à un ordre du Gouvernement Trump. Il est évident que toutes les soi-disant sanctions qu’ont essayé de mettre en place Donald Trump et l’Union Européenne ont une influence et un impact dans cette affaire.
Question : Selon une enquête de Conditions de Vie réalisée par 3 des plus importantes universités du Venezuela, en 2017, on a atteint 87% de pauvreté au Venezuela et 61,2% de pauvreté extrême. Quelle lecture faites-vous de cette étude ?
Réponse : J’ai lu cette étude. Ils assurent aussi qu’il y avait 40 millions de personnes atteintes de malaria seulement dans l’état de Bolivar et la population totale du Venezuela n’est que de 30 millions d’habitants.
Malheureusement, la polarisation et l’action politique se sont concentrées. L’opposition vénézuélienne invente des enquêtes et même des ONG. Je connais une phrase qui dit : « Ne viens pas avec des suppositions, montre-moi des preuves. »
Les preuves sont que nous avons gagné les élections du 10 décembre dans 309 des 335 municipalités. Les Vénézuéliens qui votent en majorité pour l’option que représentent la Révolution Bolivarienne et le président Nicolás Maduro sont masochistes ?
Nous avons gagné 20 des 23 postes de gouverneurs aux élections d’octobre de l’année dernière. Cela s’explique parce que le Venezuela consacre 74% de son budget à la sécurité sociale des citoyens, à l’éducation gratuite, à la santé, à l’alphabétisation et aussi à palier la situation alimentaire. On parle peu des 6 millions de familles qui reçoivent 18 produits du panier de base.
L’indice de GINI indique que le Venezuela est actuellement le pays le moins inégal de toute l’Amérique Latine, avec Cuba. Au Venezuela, nous avons réussi à vaincre l’analphabétisme, nous sommes l’un des 3 pays de la région qui y ont réussi. Nous avons un indice de scolarité proche de 92% dans l’éducation primaire, comparez par exemple avec la Colombia qui n’atteint pas 65%.
Question : Il y a maintenant 2 ans qu’a été mis en marche le système des distribution d’aliments par les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP). Que pensez-vous de leur fonctionnement en tentant compte de certaines informations qui disent qu’ils n’atteignent pas la majorité des Vénézuéliens ?
Réponse : Non seulement, ils fonctionnement bien mais de mieux en mieux. Si la population ne sentait pas qu’on s’occupe d’elle, nous ne gagnerions pas les élections.
Le peuple du Venezuela a des problèmes, il y a des difficultés mais la plupart d’entre eux sont provoqués par Julio Borges qui, quand il est venu en Espagne, a dit au président Mariano Rajoy d’appliquer des sanctions au Venezuela. En France, il a dit la même chose au président Emmanuel Macron. Il est allé en Allemagne et il a fait la même chose avec la chancelière Ángela Merkel. Tout de suite après la tournée de l’opposant Julio Borges en Europe, les sanctions de l’Union Européenne ont fait leur apparition.
Nous avons une autre difficulté importante avec la situation de guerre géopolitique que nous ont livrée les États-Unis en provoquant à l’époque l’effondrement des prix du pétrole jusqu’à ce qu’ils soient, en 2016, en dessous du prix de production.
Question : L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a ouvert une enquête officielle contre le Venezuela suite aux dénonciations du syndicat patronal FEDECÁMARAS contre le Gouvernement de Nicolás Maduro pour de soi-disant attaques de la liberté d’association et l’absence de dialogue social avec les employeurs et les travailleurs sur des questions importantes de la politique du travail. Que pensez-vous de cette décision de l’OIT ?
Réponse : En premier lieu, il est un peu contradictoire que l’OIT ne s’occupe que du syndicat patronal, bon, de la soi-disant présidence du syndicat patronal vénézuélien.
En ce moment, il existe au Venezuela un Conseil National de l’économie qui se réunit tous les jeudis et auquel participent les plus importants producteurs et les entrepreneurs les plus puissants du pays, même le plus important distributeur d’aliments du pays. Tous les jeudis, le groupe populaire est en réunion avec ce Conseil que dirige le vice-président du Gouvernement Tareck El Aissami. Ce syndicat patronal dont parle l’OIT est une coquille vide. FEDECÁMARAS n’est pas un syndicat patronal, c’est un parti politique qui représente un certain secteur du pays.
Nous, nous avons des représentants à l’OIT et nous enverrons certainement une délégation pour expliquer la vérité.

Le Venezuela dans la région
Question : Beaucoup de Vénézuéliens ont pris la décision de se rendre dans d’autres pays de la région pour trouver une issue à leur situation personnelle. Certaines sources parlent de près de 3 millions de Vénézuéliens qui ont quitté le Venezuela pour cette raison.
Réponse : Ces données sont complètement fausses. Le Venezuela est l’un des pays d’Amérique Latine dont le moins de citoyens ont émigré. C’est sûr, pendant ces 2 dernières années, nous sommes passés de 400 000 personnes vivant à l’étranger à près de 800 000 en ce moment dont beaucoup ne sont pas installées mais en transit.
Pour prendre un exemple, la Colombie a presque 40 millions d’habitants. Mais bon, 12% de sa population, environ 5,8 millions de Colombiens, vit au Venezuela.
D’autre part, beaucoup des Vénézuéliens qui se rendent en Colombie sont en fait des Colombiens qui rentrent chez eux.
Le président Juan Manuel Santos a les yeux plus gros que le ventre, il n’est même pas capable de prendre soin de ses compatriotes qui fuient la guerre, le para-militarisme, le trafic de drogues, la faim et l’absence d’éducation.
Sur toute la frontière avec la Colombie, les soins de santé, ce sont les médecins vénézuéliens qui les donnent aux Colombiens. Nous, nous ne sommes pas racistes et nous donnons aux Colombiens tous les avantages que nous apporte la Révolution Bolivarienne dans l’éducation, la santé et l’alimentation. Cependant, celui qui a été vice-président de la Colombie, Germán Vargas, appelle “venecos” les Vénézuéliens quand ils se rendent dans la zone frontalière.
Question : Le président du Parlement Européen Antonio Tajani a proposé cette semaine d’envoyer une délégation de la communauté sur 2 points de la frontière avec le Venezuela, comme la Colombie et le Brésil, « pour évaluer la situation humanitaire dans le pays. » Que pensez-vous de cette initiative ?
Réponse : Cela représente le faux positif qu’ils cherchent à instaurer comme ils l’ont fait avec les armes de destruction massive en Irak, comme ils l’ont fait avec l’attaque du Golfe du Tonkin qui a déclenché la guerre du Vietnam ou comme ils l’ont fait avec le cuirassé Maine quand les Etats-Unis voulaient entrer en guerre avec l’Espagne pour pouvoir envahir Cuba.
Le Parlement Européen ne devrait pas mentir de façon aussi flagrante en disant qu’il y a une crise humanitaire au Venezuela, surtout quand notre pays a subi les graves crises sociales, économiques et politiques de Colombie en recevant massivement nos frères Colombiens. A l’époque, jamais aucun Gouvernement du monde n’a décidé de soutenir le Gouvernement du Venezuela pour qu’il s’occupe de ces immigrants.
Question : La Croix Rouge a averti mercredi des besoins humanitaires croissants et des vulnérabilités des Vénézuéliens qui partent en Colombie et a demandé son soutien à la communauté internationale.
Réponse : Nous, non seulement nous avons reconnu le problème mais nous cherchons une façon de soutenir les Vénézuéliens qui ont décidé de vivre à l’étranger mais d’aucune façon, on n’évoque les chiffres ou la situation humanitaire qui est diffusée.
Le pays d’Amérique Latine qui a la plus forte émigration n’est pas le Venezuela, c’est le Mexique et la Colombie le suit.
Je vous jure et je vous promets qu’avec les mesures économiques adoptées par le président Nicolás Maduro et les mesures pour la prospérité que le Gouvernement mettra en place après la victoire du 20 mai prochain, cette situation sera complètement réglée sans aucun doute.
Question : Le ministre des Finances de la Colombie Mauricio Cárdenas a indiqué que son pays est disposé à financer « la reconstruction économique du Venezuela. » Mais, prévient-il, il faut changer de cap. Que pensez-vous de ces déclarations du ministre colombien ?
Réponse : Quand j’ai lu ça, j’ai pensé que c’était un mensonge.
Il faut avoir les yeux plus gros que le ventre, surtout si on tient compte de toutes ces décennies pendant lesquelles ils n’ont pas aidés avec un seul centime les 12% de leur population qui vit au Venezuela. Maintenant, ils assurent qu’ils vont aider à reconstruire notre pays. Sur le modèle de la Colombie ? Un modèle qui ne permet pas de voter à 4 millions de citoyens, 10% de la population, parce qu’ils n’ont pas de DNI.
Question : Le MERCOSUR continue son chemin avec le Venezuela suspendu. Cette semaine, les présidents de la Colombie et du Brésil se sont réunis à Brasilia. Le président brésilien Michel Temer assurait qu’il existe « un climat et des conditions » pour un accord commercial entre le MERCOSUR et l’Alliance du Pacifique. Pensez-vous qu’on ait profité de l’absence du Venezuela pour arriver à ces accords ?
Réponse : Je crois qu’il y a eu un coup d’Etat contre le Venezuela et cette manœuvre concerne des Gouvernements de droite qui essaient d’imposer des modèles qui ont déjà été abandonnés en Amérique Latine et qui ont dévasté tout le continent. Ces Gouvernements produisent déjà des résultats très négatifs dans des pays comme l’Argentine, le Pérou et le Brésil. Cette stratégie a favorisé de nouveau un modèle néolibéral qui a fait beaucoup de mal dans la région.
Question : Que pensez-vous de la démission du président du Pérou Pedro Pablo Kuczynski?
Réponse : Je vois cela comme un indice important de la résurgence des forces populaires qui tôt ou tard va se faire sur la continent. On en peut pas appeler ça démission, en réalité, c’est une destitution anticipée. Les récits ne le diront pas. J’ai des informations qui disaient que le jour de sa démission, il y avait 106 députés prêts à voter en faveur de sa destitution.
Question : Le président Maduro ira-t-il au Sommet des Amériques les 13 et 14 avril, à Lima?
Réponse : Je suis sûr que celui qui n’ira pas, c’est monsieur Kuczynski et je sais aussi qu’à cette réunion n’iront ni le président argentin Mauricio Macri ni le président colombien Juan Manuel Santos. De la même façon, le président Maduro a déjà avisé qu’il ira à Lima mais ce qui est sûr, c’est que nous ne savons pas ce qui va se passer à ce sommet.
 
Élections présidentielles
Question : Précisément, le sujet central du prochain Sommet des Amériques au Pérou est « la crise vénézuélienne, » le pays hôte plaide pour des élections libres et transparentes au Venezuela. Les élections présidentielles du 20 mai prochain sont-elles des élections libres et transparentes ?
Réponse : Le système électoral vénézuélien est le plus transparent du monde, l’ex-président étasunien Jimmy Carter l’a certifié en 2012 et il a été observateur international aux élections de 2004 au referendum révocatoire.
Le Venezuela a un système électoral automatisé absolument contrôlable, il y a 16 contrôles avant les élections. Le jour même des élections, il y a une vérification faite par les partis politiques qui participent à ces contrôles eux-mêmes.
Un autre exemple est que la ville de Chicago aux Etats-Unis vote avec la même machine que le peuple du Venezuela mais à cette différence près que celle de Chicago ne donne pas de reçu de vote. Le système de ces machines est de « code partagé, » par conséquent, il faudrait que les 18 forces politiques qui participent aux élections se mettent d’accord pour le violer.
Question : Si c’est, comme vous le dites, l’un des systèmes électoraux les plus sûrs du monde, pourquoi l’ombre de la fraude pèse-t-elle sur les élections vénézuéliennes ?
Réponse : Parce qu’évidemment, il y a une campagne médiatique brutale contre elles.
Question : Que s’est-il passé exactement lors des dialogues de paix de Saint Domingue pour qu’un accord définitif ne soit pas signé puisqu’il semblait déjà accepté par les deux parties ?
Réponse : Tout le peuple du Venezuela, tout opposant ou tout chaviste, et même le peuple espagnol devrait remercier l’ex-président José Luis Rodriguez Zapatero pour la ténacité, la constance et la force avec lesquelles il a accompagné le dialogue au Venezuela et en République Dominicaine. Nous avons essayé de nous entendre pendant 2 longues années.
Je rappelle que la première réunion a eu lieu à la résidence de l’ambassadeur d’Espagne en présence de Zapatero et nous nous sommes rapprochés sur 6 points de base, en réalité nous nous sommes mis d’accord sur tout.
Au mois de décembre dernier, aussi bien l’ex-président espagnol que le président de la République Dominicaine, Danilo Medina, ont présenté une espèce de pré-accord que les parties ont amené à Caracas pour continuer à l’analyser.
En janvier, ce pré-accord est signé par le Gouvernement et l’opposition, ratifiant que nous étions d’accord sur tous les points sauf sur la date des élections. L’opposition proposait le 9 juin et nous le 18 mars.
Au Gouvernement, nous voulions organiser les élections le plus vite possible pour pouvoir engager le processus de transformation et de changement économique. L’opposition, pour sa part, avait besoin de temps pour se mettre d’accord sur son mécanisme interne de sélection des candidats parmi lesquels se trouvaient principalement Henry Ramos Allup et Henri Falcón.
Nous, nous avons accepté de reculer les élections jusqu’au 15 avril mais l’opposition a dit que ce n’était pas suffisant. C’est à ce moment-là que Zapatero s’est rendu à Caracas pour rencontrer le bloc d’opposition.
A aucun moment, l’ex-président espagnol ne montrera de preuves de tout cela.
Question  : De quelles preuves parlez-vous ? Voulez-vous nous révéler leur contenu ?
Réponse : Ces preuves sont dans son téléphone, je vous invite à les lui demander.
Question : Que décide l’ex-président Zapatero avec l’opposition lors de cette réunion ?
Réponse : L’opposition a assuré à l’ex-président espagnol que si les élections avaient lieu le 22 avril, elle y participerait.
Le même soir, Rodríguez Zapatero parle avec Nicolás Maduro et à son tour, notre Président fait la même chose avec Danilo Medina et se met ainsi d’accord pour signer l’accord définitif de cette façon à Saint Domingue. C’est tout.
Question : Alors, que s’est-il passé pour que l’accord définitif ne soit pas signé ?
Réponse : A 4 heures de l’après-midi, le jour de la signature, Julio Borges a reçu un appel téléphonique de Colombie. Là, le président du Gouvernement, Juan Manuel Santos, était en réunion avec le Secrétaire d’Etat des Etats-Unis de l’époque, Rex Tillerson. Pendant cet appel, Borges a reçu l’ordre de ne signer cet accord d’aucune façon et il a obéi.
Question : L’ambassadeur Mario Isea assurait le mois dernier que l’opposition au Venezuela ne veut pas d’une issue démocratique. Etes-vous d’accord avec cette affirmation ?
Réponse : Je dois reconnaître que toute l’opposition ne pense pas ainsi.
Après l’échec de la signature de l’accord à Saint Domingue et déjà de retour à Caracas, une division s’est produite à l’intérieur de l’opposition à cause de l’existence de secteurs qui considèrent l’accord comme valide face à ceux qui ne le soutiennent pas.
Henri Falcón regroupe un large spectre de l’opposition qui veut participer aux élections. Par contre, il y a un autre secteur qui appelle constamment à des coups d’État militaires, Julio Borges est l’un d’entre eux et il appelle à la violence.
Question : Pensez-vous que la demande du CNE pour que les Nations Unies envoient une commission d’accompagnants et d’observateurs internationaux va aboutir ?
Réponse : Je crois qu’il y a de très fortes pressions pour que cette mission ne soit pas mise en place puisque s’ils le font, ils découvriront qu’il y a un système électoral impossible à violer.
Question : Considérez-vous qu’il y a une représentation suffisante de l’opposition aux prochaines élections pour que la majorité des Vénézuéliens se sentent représentés ?
Réponse : Oui. En plus, je crois qu’Henri Falcón va assumer la direction totale de l’opposition vénézuélienne après les élections du 20 mai.
Question : Vous avez été directeur de campagne de votre parti à de nombreuses élections tout au long de ces années et vous l’êtes aussi à ces élections. En tenant compte de la situation actuelle, comment votre parti affronte-t-il ces élections ?
Réponse : Nous sommes totalement convaincus que nous aurons la victoire mais toute élection est une compétition.
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Question : L’avenir du Venezuela est-il plus conditionné par ce qui se passe hors de ses frontières que par ce qui se passe à l’intérieur ?
Réponse : Non, je ne crois pas. Je crois qu’il est de plus en plus clair que notre destin est indépendant, souverain et pacifique. Le Venezuela est en paix.
Il faut résoudre les difficultés économiques qui se sont présentées et continuer à croître en tant que société.
Question : Avez-vous peur d’un certain type d’intervention internationale ? Le président Trump a déjà prévenu que les Etats-Unis n’écartent pas l’éventualité d’une intervention militaire.
Réponse : Les pressions de l’Empire nord-américain ont été multiformes. Nous, nous utilisons une phrase que le président Nicolás Maduro a beaucoup dite : « Si nous voulons la paix, il faut nous préparer à la conserver. »
Question : Quelle autocritique pourriez-vous faire de l’action du Gouvernement du président Nicolás Maduro pendant ses années de gestion ?
Réponse : Le grand défi, c’est l’économie et nous agissons en conséquence. C’est un besoin impérieux pour le Venezuela de substituer un autre modèle de production plus diversifié à celui-ci en utilisant les ressources naturelles de notre pays.
Source en espagnol : resumen latinoamericano / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos