L’expert de l’ONU Alfred de Zayas et le rapporteur Idriss Jazairy se prononcent contre les sanctions imposées au Venezuela

L’expert indépendant de l’ONU pour un ordre démocratique égalitaire Alfred de Zayas et le rapporteur spécial de l’ONU contre les mesures coercitives unilatérales Idriss Jazairy ont dénoncé lundi les dommages que les sanctions illégales appliquées au Venezuela font à la population vénézuélienne.

Lors d’une conférence de presse donnée au Club de la Presse de Suisse, les 2 fonctionnaires ont présenté un panorama dépouillé des intérêts qui s’agitent dans le système international des droits de l’homme et qui portent atteinte à la souveraineté, à la justice, à l’équité et à la jouissance de ces droits.

De Zayas : Les sanctions tuent

« Il y a des rapporteurs quine sont pas indépendants, que j’appelle des mercenaires des droits de l’homme. Eux, la seuls chose qu’ils attendaient de moi, c’était que je condamne. J’ai pu écouter, j’ai pu examiner et je suis arrivé à une conclusion équilibrée, dans le cas du Venezuela. Mais ils veulent que je contribue à renverser le Gouvernement et je ne suis pas là pour ça, » a-t-il précisé.

« Les sanctions tuent, ce sont des crimes géopolitiques. Les sanctions conduisent directement à la mort d’enfants par malnutrition. Au Venezuela, des enfants meurent parce qu’ils ne trouvent pas d’aliments ou de médicaments : à cause des sanctions et du blocus, » a-t-il déclaré.

A propos de sa visite dans notre pays, l’expert De Zayas a précisé : « Je ne suis pas allé au Venezuela faire de la résistance ni condamner, je suis allé écouter et arbitrer. Il faut aider le peuple du Venezuela et pour cela, il faut travailler avec le Gouvernement et aussi avec les organisations internationales et régionales sur l’alimentation, la santé, etc… »

De Zayas a dénoncé les pressions systématiques très palpables qui ont été exercées sur son travail par de puissants lobbys et la prévention insistante des agences d’intervention et des grands médias : « Ils utilisent des adjectifs comme castriste, chaviste, nazi, etc… pour détruire ta crédibilité. J’ai subi des attaques effroyables sur Facebook et Twitter après ma visite au Venezuela, » a-t-il signalé.

« Si j’avais condamné le Gouvernement, j’aurais été un héros. Ils m’auraient publié triomphalement dans les médias. Je ne suis pas pour condamner. Peu m’importe qui est réellement le dirigeant élu. C’est l’affaire des citoyens de chaque pays. Mon affaire, c’est de voir comment on peut aider les peuples, » a-t-il souligné.

Au sujet du soutien qu’a dû lui apporter le Bureau du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme lors de sa visite au Venezuela, De Zayas a souligné : « Ils m’ont puni, je ne connais aucun autre rapporteur qu’on ait envoyé en mission sans aucun assistant ni logistique ni soutien d’aucune sorte. Il n’est pas facile d’être indépendant, il y a un prix à payer. »

Droits de l’Homme « à la carte » 

Consulté sur les sanctions approuvées par le Gouvernement suisse contre le Venezuela, De Zayas a déclaré qu’il a assez d’expérience concernant le système de l’ONU pour savoir qu’il y a une espèce d’industrie qui gère le concept de droits de l’homme « à la carte. »

« Il y en a beaucoup qui ont critiqué les élections du 20 mai au Venezuela et qui ont dit tout le contraire à propos des élections de septembre en Colombie. Il y a beaucoup de désinformation. Il y a un journal selon lequel une centaine d’enfants meurent en Colombie mais dans d’autres médias comme CNN ou le New York Times, on voit des informations différentes, » a-t-il cité en exemple.

« Au Conseil des Droits de l’Homme, les sanctions ont été condamnées parce que les sanctions tuent. La Suisse et l’Union Européenne ont voté contre les sanctions. Alors, la Suisse est-elle en faveur des mesures coercitives unilatérales ? Cette tradition de médiation, de comportement neutre est en contradiction avec cela, » a-t-il souligné.

De Zayas a également souligné qu’il y a une forte pression internationale pour obtenir un changement de Gouvernement au Venezuela « mais il y a beaucoup de gens qui sont chavistes au Venezuela. Quand ils ont arrêté Chávez en 2002, l’idée (des putschistes) était de le tuer et Pedro Carmona lui a succédé pendant 2 jours et le peuple l’a ramené, » a-t-il dit.

« Que vont-ils faire avec des millions de Vénézuéliens qui sont des chavistes convaincus ? Ils doivent s’asseoir pour négocier. José Luis Rodríguez Zapatero participait aux négociations en République Dominicaine quand le Département d’Etat des Etats-Unis a appelé le porte-parole de l’opposition et lui a donné pour instruction de ne pas signer l’accord. On voit qu’il y aune intransigeance, » a déclaré De Zayas.

Idriss Jazairy : Une réforme urgente

Le rapporteur spécial de l’ONU contre les mesures coercitives unilatérales Idriss Jazairy a félicité Alfred de Zayas pour « sa sincérité » et son engagement dans l’exercice de son mandat.

« La mission au Venezuela exige d’arriver à une conclusion qui aide la population. Les autres rapporteurs se sont réunis pour dire exactement le contraire de ce qu’a dit Alfred de Zayas. Il y a des problèmes de coordination, » a dit Jazairy.

Pour lui, une réforme du système des Droits de l’Homme de l’ONU est urgente : « J’ai participé à la création du Conseil des Droits de l’Homme et celui-ci a fait une première révision en 2011 qui n’a pas beaucoup avancé à cause de la politisation, » a-t-il noté.

« Que va faire le Bureau du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme face aux sanctions et à l’application d’embargos à des pays ? Et qui va parler avec le responsable ? Va-t-on envoyer un rapporteur spécial en mission ? » s’est demandé Jazairy.

« Je ne sais pas ce qui se passe avec le Bureau du Haut Commissaire. Nous avons fait certains changements, nous avons changé de nom mais nous n’avons pas changé la structure du Bureau, » a-t-il indiqué.

« Il y a des problèmes d’organisation dans le Système des Droits de l’Homme. Il y a un groupe de juristes qui sont indépendants mais ils n’ont pas beaucoup de soutien parce qu’ils ne dansent pas au son du système, » a expliqué le rapporteur spécial.

« Il y a aussi des ONG comme United Nations Watch qui reçoivent des contributions supérieures à celles que reçoit le Système des Droits de l’Homme. Il est aberrant qu’au Bureau du Haut Commissaire, on s’aligne sur cette ONG qui m’a démenti c’une mauvaise façon au cours d’un panel. Il y a un réseau permanent de chantages concernant notre réputation, » a dénoncé Jazairy.

Les mesures coercitives touchent 25% de la population mondiale

Jazairy a donné des chiffres impressionnants concernant les répercussions négatives des mesures coercitives unilatérales : « 25% de la population mondiale vit dans des pays victimes de mesures coercitives unilatérales. Il n’y a pas de convention d eGenève pour les victimes de la guerre économique, » a-t-il souligné.

« Je ne peux faire aucune déclaration critiquant les Etats-Unis. Les Américains ne veulent pas parler avec moi. Le problème est que je veux sensibiliser l’opinion publique, » a conclu le rapporteur spécial.

Source en espagnol : correo del orinoco / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos