Marco Teruggi, sur le rôle des médias contre les élections au Venezuela

Marco Teruggi est militant, chroniqueur, sociologue, poète basé au Venezuela où il analyse la situation politique à travers différents portails et médias. Il est l’auteur de Siempre volver al pie del árbol (Toujours revenir au pied de l’arbre) et de Lo que Chavez sembro (Ce que Chávez a semé), témoignages du socialisme communal (Editorial Sudestada).

Dans un entretien avec « El MediuM » il analyse le récit négatif que les médias ont construit sur les prochaines élections au Venezuela.

Comment analysez-vous le rôle des médias nationaux et internationaux dans la situation pré-électorale au Venezuela?

Il y a une articulation entre les médias nationaux au Venezuela et les médias internationaux qui, ensemble, depuis longtemps et d’une manière de plus en plus articulée, mènent une campagne contre le processus politique au Venezuela. Dans le cas spécifique des élections présidentielles, les médias disent qu’elles ne seront pas libres, que les conditions necessaires n’étaient pas réunies pour une opposition qui a dès lors décidé de ne pas se présenter, et que par conséquent les résultats ne devraient pas être reconnus par la « communauté internationale ». Les médias travaillent sans relâche sur cette ligne depuis que l’opposition s’est retirée des accords de négociation qui se déroulaient en République dominicaine avec le gouvernement vénézuélien. Les médias se sont alignés sur la stratégie de l’opposition pour les prochaines élections présidentielles qui est de ne pas se présenter de manière à leur ôter toute légitimité. Cette orientation politique de l’opposition est dirigée depuis les États-Unis. Ensuite, ils ont construit une « histoire » qu’ils ont présentée dans tous les pays du continent et en Europe. C’est ainsi qu’ils essaient de construire le scénario d’après élections. Les médias disent à leur public qu’au Venezuela il n’y a pas d’élections libres et que par conséquent la seule issue possible est une intervention « humanitaire ».

Peut-on dire que les médias préparent l’opinion publique à un mouvement antidémocratique?

Oui, exactement. Rappelons par exemple que l’année dernière, d’avril à juin 2017, il y a eu une vague de violence déclenchée par l’opposition pour renverser le gouvernement, les médias nationaux et internationaux ont légitimé cette violence. Ils ont dit que c’était une violence légitime, que c’était une violence nécessaire, une violence juste et ils donnaient raison aux promoteurs de la violence. Ces mêmes moyens de communication qui ont légitimé une tentative de prise de pouvoir par la force, avec des groupes paramilitaires et des groupes de choc, ces mêmes médias prédisent qu’il n’y aura pas d’élections libres et que les résultats ne devront pas à être reconnus.

Plus que des moyens de communication, ce sont des conglomérats internationaux qui assument des fonctions politiques et font en réalité partie de quelque chose de plus important que leur simple mission d’informer. Ils ne remplissent plus leur fonction d’information et ils ont pris une part active au coup d’État contre le Venezuela. Leur tâche est de construire le scénario. Ils préparent ce qui viendra après les élections du 20 mai pour ignorer la légitimité du président élu. De la même manière qu’ils ont légitimé la mort de 120 personnes en 2017, ils vont légitimer une fraude cette fois-ci. Je pense, à ce stade du conflit, que les médias sont un élément central des attaques contre le processus révolutionnaire et vous ne pouvez pas comprendre la guerre de quatrième génération contre le Venezuela sans comprendre l’action principale de ces transnationales de communication qui construisent le récit de ce qu’il va arriver.

Comment le public peut-il être préparé face aux « fake news » et à l’opération psychologique en cours?

Je pense que les gens devraient se demander pourquoi les médias se soucient tant du Venezuela et l’inscrivent dans leurs programmes de communication alors que d’autres événements se produisent sur le continent latino-américain qui méritent beaucoup plus d’attention comme le cas de Lula, du Honduras ou de la Colombie. Les médias ne parlent jamais de ces cas-là. Nous devons nous demander: pourquoi se concentrent-ils tellement sur le Venezuela? Il faut se méfier de ce que vous lisez ou voyez.

D’autre part, depuis le mois de juillet il y a eu plusieurs élections au Venezuela: celle de l’Assemblée constituante, les élections municipales, régionales et celles qui auront lieu le 20 mai. Ce sont quatre élections en une année. Cela nous parle d’un processus politique qui choisit de surmonter ses conflits par la voie électorale. Il n’y a pas beaucoup de pays sur le continent qui font la même chose et qui peuvent se réclamer d’autant d’élections. Mais les médias ne parlent jamais de ça.

Ils n’expliquent pas non plus pourquoi l’opposition a présenté des candidats il y a quelques mois, et qu’ils disent à présent qu’il y aura fraude alors que c’est le même cadre électoral et les mêmes autorités qui organisent les élections.

Et bien sûr, si les médias ne parlent pas de démocratie électorale, ils ne parlent pas de la démocratie participative au Venezuela, où les gens élisent des représentants dans leurs conseils communaux.

Traduction: VeneSol

Source: https://redh-cuba.org/2018/05/marco-teruggi-sobre-el-papel-del-sistema-mediatico-contra-las-elecciones-en-venezuela/