La leçon du Venezuela

MADURO RÉÉLU MALGRÉ LES DIFFICULTÉS ÉCONOMIQUES : Rarement, on aura vu les courants droitiers déployer autant de hargne et de travail de sape contre un gouvernement pour essayer de le saborder et mettre ainsi un terme à sa politique de justice sociale et de promotion des couches défavorisées. 
Malgré une guerre économique féroce contre le Venezuela et une campagne de boycott, tant à l’intérieur du pays qu’ à l’étranger, l’une et l’autre illustrées par de multiples menaces d’ingérence de certains gouvernements, plus de 8.603.936 d’électeurs se sont rendus aux urnes de la présidentielle qui s’est tenue dimanche dernier au Venezuela et ils ont exercé leur droit de vote dans une remarquable tranquillité. Les jours précédents, commentaires et mises en garde alarmistes n’ont pas cessé afin de dissuader les Vénézuéliens de voter, les mouvements de droite ayant multiplié les échauffourées et les coups de force pour tenter d’empoisonner le climat en y distillant des accusations fantaisistes sur de prétendues manoeuvres antidémocratiques des partisans du candidat Maduro pour emporter la décision populaire.
Là, il fallait compter avec les 150 observateurs représentant 40 pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine, d’Europe, et d’Océanie qui ont unanimement souligné la transparence et l’efficacité du système électoral vénézuélien, pendant tout le processus électoral. Le fait est que les attaques contre le régime, ininterrompues depuis plusieurs années, ont atteint leur paroxysme au cours des derniers jours.
C’est ainsi que des déclarations émanant de plusieurs pays hostiles qui affirmaient par avance qu’ils ne reconnaîtraient pas les résultats de l’élection ont retenti comme autant d’appels au peuple pour bouder les urnes, mais en pure perte.
Rarement, on aura vu les courants droitiers déployer autant de hargne et de travail de sape contre un gouvernement de gauche pour essayer de le saborder et mettre ainsi un terme à sa politique de justice sociale et de promotion des couches défavorisées.
Car c’est le seul reproche, non dit mais agissant, qui motive les milieux droitiers dans leur stratégie de déstabilisation du Venezuela et on subodore leurs arrière-pensées quand ils agitent les griefs de prétendues irrégularités dénoncées par les candidats d’opposition, Henri Falcón et Javier Bertucci, le premier ayant même demandé que les élections soient refaites en octobre 2018. Quant à celles qui concernent la participation, on voit mal pourquoi les contestations brandies contre l’élection du Venezuela n’ont pas eu lieu quand les mêmes pourcentages ont sanctionné des élections aux Etats-Unis où Trump a obtenu 46% des voix sur 56% de votants et en France où 46% seulement se sont exprimés, pour ne citer que ces deux pays.
Les détracteurs du régime ont cru pertinente leur stratégie déstabilisatrice fondée sur un soi-disant échec des gouvernements de gauche mais il semble que tel n’est pas l’avis de la majorité des Vénézuéliens.
Conscients des résultats obtenus par Chavez puis Maduro au plan de la justice sociale, du progrès socio-économique équitablement partagé, de la distribution juste et volontaire de la rente pétrolière qui constitue la principale, sinon la seule manne dont dispose le pays, les Vénézuéliens ne se sont pas laissés abuser par les miroirs aux alouettes. Au cours des 10 dernières années, le pays a considérablement investi dans le logement, les infrastructures telles que les routes, les hôpitaux, les écoles et le niveau de vie des catégories longtemps laissées pour compte a réellement progressé.
Mais comme pour les autres pays producteurs de pétrole, le Venezuela a subi de plein fouet la crise induite par la chute des prix de l’or noir, d’une part, et d’autre part il s’est retrouvé confronté à un véritable boycott organisé par les États-Unis et plusieurs autres pays d’Amérique latine et d’Europe, boycott qui a durement affecté ses ressources ainsi que ses richesses au point d’hypothéquer son économie. C’est d’ailleurs un exemple dont les autres pays devraient tirer la leçon et mieux appréhender l’importance d’une gestion socio-économique prudente et pondérée, condition d’une résistance à l’impact de la crise et d’une capacité à en assumer les chocs répétés.
La plongée brutale du prix du baril a affecté bon nombre de pays comme le Nigeria, l’Angola et d’autres, les amenant à réfléchir sur les voies et moyens de maîtriser les conséquences sans que cela n’entraîne une rupture des fondamentaux de justice sociale et de développement continu.
Mobilisant les médias internationaux, les milieux des affaires et les courants droitiers ont sonné l’hallali contre les projets progressistes en Amérique latine et principalement contre la révolution bolivarienne du Venezuela, ultime modèle avec Cuba qu’il faut sanctionner pour l’exemple. Mais les peuples ont leur propre conscience et la réélection de l’héritier d’Hugo Chavez, Nicolas Maduro, qui a affronté une hyper inflation et des pressions politiques et économiques impressionnantes, menant un pays en état de choc et réduit à la survie, en est la parfaite illustration. C’est ce qu’ont exprimé, voilà des décennies, les résistants castristes : «Mourir de faim, peut-être, mais mourir cubain!». 

 

Une crise aiguë

Touché par l’effondrement des cours du brut depuis 2014, le Venezuela, qui tire 96% de ses revenus du pétrole, souffre d’un manque de devises qui l’a plongé dans une crise aiguë. Mis en quarantaine par les circuits bancaires internationaux, le pays souffre de pénuries multiples, en particulier dans le domaine de la santé et de l’alimentation. En cinq ans, son PIB a fondu de 45% selon le FMI qui anticipe une contraction de 15% en 2018 et une inflation de 13.800%.
Par Chaabane BENSACI
Source : l’Expression