Pourquoi Maduro a expulsé le chargé d’affaires des Etats-Unis

Cette première mesure a été prise en réciprocité, c’est à dire en réponse diplomatique aux dernières sanctions prises par le Gouvernement Trump, destinées à asphyxier PDVSA au niveau international.

Le Président a argumenté que Todd Robinson et Brian Naranjo (celui-ci serait lié à la CIA) ont agi dans le cadre d’une opération politique pour réduire la participation aux élections de dimanche en faisant pression sur es candidats d’opposition. Une autre raison qui s’ajoute à l’ensemble d’actions qui justifient cette mesure.
Il a assuré que dans les jours qui viennent, ils donnera des preuves d’une conspiration dans le domaine économique, politique et militaire dirigée par ces fonctionnaires. 
Que la première action politique du Président de la République récemment élu soit d’expulser 2 hauts fonctionnaires de l’ambassade des Etats-Unis est très significatif.
Sachant que dans les 72 dernières heures, plus de 10 déclarations extrêmement agressives ont été faites par de hauts fonctionnaires étasuniens, on en arrive à l’Ordre Exécutif lui-même, c’est pourquoi cette action a beaucoup plus d’importance. Le Département d’Etat, de façon prévisible, a annoncé des représailles suite à la décision du Gouvernement vénézuélien de déclarer « persona non grata » son chargé d’affaires.
Le cadre de cette mesure et ce que pourrait perdre (politiquement) le Gouvernement Trump
Cette action et le délai de 48 heures imparti aux fonctionnaires pour quitter le pays pourraient être interprétés comme une action de force pour forcer une négociation bilatérale, par-dessus la tête des acteurs de l’opposition intérieure en mettant les sanctions au centre de cette négociation en utilisant un élément sensible pour les intérêts du Gouvernement Trump à Caracas : l’image de la direction étasunienne à l’intérieur, aux mains de Monsieur Robinson, l’approche pour rendre plus efficace la coordination de calendriers avec des personnalités de l’opposition et, par-dessus tout, soutenir la présence politique dans le tableau de la politique domestique.
S’ajoute à cela l’affaire du prisonnier Joshua Holt dont son Gouvernement ne s’occuperait plus, Robinson devant donner des explications embarrassantes sur les raisons de l’échec de ses démarches diplomatiques.
Ce niveau de contact, important pour la partie vénézuélienne pour soumettre les secteurs de l’opposition dirigés par l’Ambassade, est en danger si la partie étasunienne ne fait rien pour maintenir un niveau minimum de relations diplomatiques avec le Venezuela, comme elle l’a déjà annoncé. 
Le scénario dessiné par cette première action de Maduro confirme la thèse disant que l’étape du conflit qui découle des élections présidentielles se jouera sur la terrain géopolitique.
Dans le cadre d’un Gouvernement Trump qui agit de façon désordonnée sur divers fronts géopolitiques à la fois, il est prévisible que l’expulsion de Robinson soit une indication de l’application à venir de sanctions économiques et financières plus importantes contre le pays.
En 5 ans de conflit frontal dans différentes sphères de la vie politique, l’action de la direction chaviste en politique étrangère n’a jamais été innocente, précipitée et sans objectifs stratégiques.
L’endiguement en 2016 et 2017 de l’OEA, une instance que Washington voulait utiliser pour légitimer au niveau international ses sanctions contre le Venezuela en est une démonstration scientifique, absolue.
Emballement certain et effets intérieurs
La rupture des relations diplomatiques avec les Etats-Unis précipitera certainement l’utilisation d’autres armes économiques contre le pays, des manœuvres qui, indépendamment de l’expulsion de Robinson, auraient été mises en place de toute façon. D’autre part, cette rupture recréera aussi une espèce de point zéro dans lequel le Gouvernement vénézuélien a l’avantage de ne pas reconnaître les Etats-Unis comme un éventuel acteur de négociation à moins qu’ils ne baissent la garde. A partir de là, le Gouvernement Trump agira de façon défensive et en politique internationale, c’est extrêmement important.
Par cette action, le Gouvernement vénézuélien espère provoquer un emballement de la Maison Blanche dont il pourrait profiter politiquement à plusieurs niveaux.
D’un côté, l’application de mesures coercitives plus importantes dans le domaine économique et financier expose encore plus le Gouvernement Trump en tant que responsable essentiel de la crise sociale au Venezuela, réduit son efficacité, augmente les coûts politiques à moyen terme et attire l’attention de la communauté internationale sur son intransigeance.
D’autre part, elle intensifie l’écart entre les secteurs d’opposition intérieurs qui dépendent du Gouvernement Trump et ceux qui cherchent un lieu politique central, pousse le monde de l’anti-chavisme, comme l’année dernière, à se dévorer lui-même entre l’approbation de sanctions de plus en plus agressives et leur non approbation. Un scénario qui a pour seul conséquence la perte progressive d’un capital politique déjà réduit au bénéfice du chavisme.
Cette pique est destinée à provoquer de la part du Gouvernement Trump une réaction qui l’affaiblisse. 
Le facteur européen, le précédent iranien, provoquer le choc des calendriers
La représentante de l’Union Européenne (UE), Federica Mogherini, a affirmé que « le Venezuela a besoin d’une solution politique de toute urgence, » et qu’une nouvelle ronde de sanctions allait être étudiée.
En opposition avec les porte-parole étasuniens, la diplomate européenne déclare que dans le processus électoral, il y eu des « irrégularités » mais pas de fraude, comme l’a souligné avec force le secrétaire d’Etat Mike Pompeo. Une différence importante à signaler puisqu’elle semblerait devoir ralentir les sanctions et prendre ses distances en partie avec l’intransigeance des Etats-Unis pour être un médiateur éventuel. Peut-être en espérant une concession du Gouvernement pour légitimer un rapprochement et être d’accord avec les agents de l’opposition prêts à s’asseoir à une table de négociations.
Cet aspect est particulièrement important à cause de la façon dont le Gouvernement cherche à agir sur la scène internationale pour mettre en place un nouveau processus de dialogue qui « commence demain, » selon le président Maduro.
Le renforcement des sanctions financières contre la Russie et la sortie des Etats-Unis du pacte nucléaire avec l’Iran ont détérioré les relations entre l’Union Européenne et le Gouvernement Trump étant donné que ces 2 actions portent préjudice à l’accès de l’Europe à des ressources énergétiques vitales pour son économie en Eurasie, ce qui à la fois nuit à l’image géopolitique du pal nommé « vieux continent » en tant que principal bloc commercial de la planète.
Ce même choc d’intérêts géostratégiques s’applique au Venezuela. L’éventuel emballement de la puissance du Nord pourrait induire une détérioration des investissements des entreprises pétrolières européennes en territoire vénézuélien et mettre encore plus de distance et provoquer, enfin, un soutien partiel à un nouveau processus de dialogue pour protéger et élargir leur présence pétrolière au Venezuela.
L’accompagnement aveugle par l’Union Européenne du plan de destruction de l’économie par Washington a des coûts énergiques élevés et il est très possible qu’elle ne soit pas disposée à les assumer étant donné que les flux provenant d’ Eurasie risquent d’être taris également par l’avalanche de sanctions que Pompeo annonce contre l’Iran.
L’expulsion de Robinson est destinée à favoriser cette prise de distance, à mettre en contradiction 2 ordres du jour pour produire des brèches par lesquelles on puisse gérer un processus de négociation qui, pour l’instant, n’est soutenu que par l’Uruguay et éventuellement l’Equateur, à contrecourant du dernier communiqué du Groupe de Lima.
Les instructions données par le président Maduro à l’Assemblée nationale Constituante pour qu’elle étudie l’éventuelle libération d’hommes politiques emprisonnés peut représenter une importante concession pour se rapprocher de l’Union Européenne en tant qu’agent de médiation et isoler les Etats-Unis avec lesquels on n’a plus de relations officielles, dans son ordre du jour absurde pour prendre le pouvoir politique au Venezuela grâce aux sanctions.
Paradoxes, Russie, Chine et jeu multipolaire
La Russie et la Chine jouent aussi un rôle important. Les deux dirigeants du bloc euro-asiatique ont salué la victoire de Maduro, ont appelé au dialogue et désapprouvé les menaces des Etats-Unis de ne pas accorder de financements au Venezuela, ce pourquoi le système financier étasunien pourrait être l’objet de représailles. En rompant les relations, Maduro profite de ces mouvements géopolitiques pour obtenir l’avantage politique sur le Gouvernement Trump, juste au moment où il perd de l’influence au niveau international et où son autorité est sévèrement remise en question par la montée des acteurs émergents.
La Chine a l’Europe dans sa poche grâce à la politique expansive d’investissements qu’elle a engagée ces dernières années. La Russie est un acteur important pour conserver son flux d’énergie et un marché important pour ses exportations : 2 circonstances qui jouent en faveur du fait que l’Union Européenne, à cette heure, n’ait pas eu une politique de rupture envers un pays comme le Venezuela (avec lequel elle partage des alliances avec les mêmes partenaires stratégiques) à la mesure des exigences de la Maison Blanche.
Les futures réactions des Etats-Unis sont paradoxales : un plus grand isolement du système financier occidental implique une accélération pour que le Venezuela augmente ses alliances avec la Russie et la Chine, représente une puissante incitation à continuer à l’inclure comme un acteur fondamental étant donné son poids dans le domaine de l’énergie et de la géopolitique régionale dans la configuration d’une nouvelle architecture financière internationale conçue pour ôter son hégémonie au dollar et, par conséquent, à l’ordre international né de la Seconde Guerre Mondiale actuellement en crise profonde.
Suivre les pas du Gouvernement Trump aurait, pour l’Europe, un important coût énergétique. Dans le domaine politique, cela renforcerait le rattachement du Venezuela au bloc multipolaire. On verra le même paradoxe du côté des Etats-Unis.
En termes politiques, avec cette mesure, Maduro va fermer progressivement l’éventail des possibilités au Gouvernement Trump en le forçant à opter pour une intervention militaire (une option qui est très soutenue au niveau mondial, très coûteuse politiquement, invraisemblable géopolitiquement et écartée par les think tanks qui ont le plus d’influence sur la Maison Blanche) ou assumer la défaite politique de continuer à sanctionner sans obtenir l’efficacité attendue. Qui oblige qui à négocier à partir de maintenant ?
Il reste encore du chemin pour voir plus clairement ce que provoquera cette mesure prise par le Venezuela. Mais ce dont nous pouvons être sûrs, étant donnée l’expérience de la diplomatie vénézuélienne en temps de guerre, c’est que cette aiguille a son dé et cherche à provoquer de la part du Gouvernement Trump une réaction qui l’affaiblisse. Elle est destinée à créer les conditions nécessaires pour avoir une plus grande marge de manœuvre au niveau international en profitant, au bénéfice du pays, de la décadence de l’ordre international libéral et des brèches qu’il va laisser.
En manoeuvrant dans ces conditions, le Venezuela a manifesté assez d’intelligence et d’habileté.
Source en espagnol : mision verdad / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos