Venezuela : Un phénomène électoral pour analyser et assumer de nouveaux défis

A moins d’une semaine des dernières élections présidentielles au Venezuela, au-delà de toutes les analyses possibles, la paix s’impose dans les rues. Après les élections à l’Assemblée Nationale Constituante en juillet 2017, cette situation est devenue habituelle après les élections et indique une même façon d’attaquer et de résister. L’angoisse dans les jours qui précèdent les élections sous la pression des manipulations de l’économie parallèle qui provoque des augmentations démesurées des prix et la disparition de certains produits de première nécessité, d’une guerre médiatique sans quartiers destinée à faire augmenter l’incertitude, le sentiment d’insécurité, d’absence de protection et même d’actions violentes organisées par l’opposition dans différents domaines de la vie du pays pour essayer d’en arriver à des issues qui empêchent la réalisation des élections. Ce cycle est devenu habituel, il amène le plan de déstabilisation à son point culminant et la réalisation des élections produit un sentiment immédiat de diminution du conflit, c’est à dire une ambiance de paix. 
On doit prendre ne considération certains éléments pour comprendre la complexité du Venezuela pendant ces journées et cela passe par la connaissance de détails de son système électoral et de la culture démocratique sur laquelle il s’appuie.
Après l’arrivée du Président Hugo Chávez à la présidence de la république, le Venezuela a réalisé plus de 20 élections de différentes sortes. L’une des premières mesures prises par le nouveau Gouvernement a été l’automatisation et l’actualisation du système électoral vénézuélien pour en faire le plus moderne de la région et aux dires de Carter, le meilleur système électoral du monde. Il n’est pas devenu seulement le plus moderne techniquement mais surtout il est devenu le plus incluant et le plus transparent politiquement. Son corps électoral en est un exemple. En 2018, il y a eu 2 journées d’actualisation des données des Listes Electorales pour l’enregistrement des nouveaux électeurs et l’actualisation des données. La première de ces journées est habituelle avant chaque élection, la seconde a fait partie des exigences du candidat Henry Falcón pour l’accord sur les garanties électorales et a été réalisée un mois avant les élections. Au-delà du système, la situation dans laquelle se sont réalisées les élections et toutes les précédentes au Venezuela est très différente de celle dans laquelle les élections se déroulent malheureusement en Colombie ou au Mexique où le crime politique est devenu naturel. Aucun candidat à la présidence n’a subi d’attentat contre sa vie. En fait, le seul candidat à une charge élective qui a été assassiné pendant ces 20 dernières années au Venezuela a justement été un candidat du parti au Gouvernement.
Un autre élément à considérer est que, malgré une augmentation constante de l’abstention – surtout de l’opposition – le Peuple vénézuélien aime voter. C’est pourquoi l’appel à l’abstention que les partis de droite ont lancé a toujours eu peu d’écho dans la majorité de la population et même dans les rangs de ses propres militants. Les voix obtenues par Henry Falcón et Javier Bertucci en témoignent.
Une chose curieuse dans ces dernières élections présidentielles, c’est que le principal adversaire de Nicolás Maduro, Henry Falcón n’a pas reconnu les résultats mais n’a même pas remis en question sérieusement le fonctionnement du système électoral et sa fiabilité mais a centré ses dénonciations sur un soi-disant avantage qu’aurait donné au Gouvernement vénézuélien le contrôle post-électoral des électeurs à travers le “Carnet de la Patrie” dans ce qu’on appelle les « Points Rouges. » Ce qui est curieux, c’est ce que si le but de ce contrôla – qui semble plus être un “exit poll” – avait été de provoquer un vote favorable au Gouvernement, il faudrait le qualifier d’échec puisque, sur 15 750 000 personnes qui possèdent un Carnet de la Patrie, seulement 6 245 862 auraient voté pour Nicolás Maduro, c’est à dire moins de 40%. Cet argument perd tout son poids et tout son sérieux. 
La confiance dans la transparence des résultats, le discours usé de Falcón qui retombe dans l’incapacité habituelle de l’opposition à capitaliser ses propres voix, la culture démocratique et la tolérance enracinées dans le peuple vénézuélien sont les principales causes de la paix qui règne en ce moment dans les rues.
Les défis du processus vénézuélien dans ce nouveau mandat présidentiel
Même si la droite mondiale cherche à le pondérer, le récent triomphe électoral du Président Maduro au Venezuela est indiscutable comme le démontre Atilio Borón avec des chiffres qu’il compare à d’autres résultats d’élections récentes dans la région. Maintenant, il revient au Venezuela de continuer à avancer et à renforcer son système en affrontant des dangers réels comme l’encouragement de soulèvements militaires par les Etats-Unis que le Président a dénoncé il y a quelques jours, l’invasion paramilitaire du territoire vénézuélien qui se poursuit depuis la Colombie, les nouvelles sanctions économiques imposées lundi par le Gouvernement de Trump, le renforcement de toutes les déformations associées aux économies parallèles qui s’approprient maintenant indirectement la rente pétrolière grâce à la spéculation sur les devises et à la contrebande d’extraction et surtout il lui revient d’épurer l’administration publique et de la rendre plus efficace pour pouvoir à nouveau gouverner avec la justice, ce qui est l’une des principales angoisses actuelles du Peuple vénézuélien. Mais peut-être le défi le plus important est-il d’arrêter l’apathie politique qui a commencé à se manifester et qui marquerait un retour culturel vers le passé par rapport aux principes traditionnels du chavisme.
Le défi de la solidarité
« … Et s’ils ne nous comprennent pas, au moins qu’ils cessent de nous en vouloir, » disait le ministre Villegas lors d’une manifestation de solidarité envers le Venezuela il y a quelques mois. 
Le Venezuela est entré de fait (consciemment ou non) dans une longue guerre du peuple contre les intérêts hégémoniques dans la région. C’est à dire les intérêts du capitalisme mondial, ce qui comprend ceux qui basent leur croissance sur le pillage des richesses minières énergétiques des pays du Sud, ceux qui s’enrichissent avec les entreprises de guerre et évidemment le trafic de drogues. Les sanctions économiques rendues publiques par les Etats-Unis et l’Union Européenne, les violentes déclarations politiques de dirigeants des pays de l’OTAN et de leurs alliés dans la région et mêmes les actions militaires qui peu à peu ont été révélées redent compte du fait que le conflit n’est déjà plus indirect ou dissimulé. A la dissimulation des conflits antérieurs s’oppose à présent une attitude explicite, publique et même insolente de ces grandes puissances contre le Venezuela qui continue à résister. C’est pour cela qu’il y a quelques années, il était possible d’accepter l’aveuglement des secteurs progressistes du monde qui affrontent traditionnellement les violations des Etats-Unis et de l’Union Européenne envers le reste du monde, la violence comme moyen pour s’approprier les richesses, l’assassinat de l’écosystème et l’appropriation privée des richesses naturelles qui appartiennent à l’humanité et les blocus économiques comme outils pour faire plier les peuples en violant les droits de l’homme les plus élémentaires. Mais aujourd’hui, avec une certaine capacité d’analyse et même le plus faible niveau d’information sur la réalité du monde, on peut être d’accord ou non avec toutes les mesures que prend le Gouvernement vénézuélien, on peut avoir une autre vision de la bonne voie à suivre pour renforcer un modèle qui garantisse la justice sociale dans le pays, on peut avoir des débats enflammés sur les bases théoriques des politiques à mener pour continuer à résister mais en aucune façon, avec cette capacité minimale d’analyse et de minimum d’informations on ne peut se taire ou simplement être indifférents à ce qui se passe au Venezuela sans être incohérents. Chacun choisit chaque jour son rôle dans l’histoire, le Venezuela existe et continue à résister du nord au sud.
par Maria Fernanda Baretto, 29 mai 2018
Source en espagnol : humanidad en red / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos