Colombie, le bras armé de l’OTAN en Amérique latine

Les 11 et 12 juillet prochains, un sommet de l’OTAN se tiendra à Bruxelles. VeneSol soutient et appelle à se joindre à la manifestation « Make peace great again » qui se déroulera à Bruxelles le 7 juillet 2018 pour dire notre refus des politiques militaristes menées par cette organisation criminelle et son installation en Colombie. https://www.facebook.com/events/1035425576596003/

Le 25 mai dernier, deux jours avant les élections présidentielles et 70 jours avant de quitter ses fonctions, le président Juan Manuel Santos annonçait qu’à la fin du mois de mai il officialiserait l’entrée de la Colombie dans l’alliance militaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à Bruxelles en tant que partenaire mondial, ce qui conditionnera son successeur au Palacio de Nariño et aura des conséquences pour la consolidation de la paix en Amérique latine.

Il ne faut pas oublier que la Colombie est le plus grand producteur mondial de cocaïne et le principal déstabilisateur du gouvernement bolivarien. Après cinq décennies de conflit interne, un accord de paix a été signé avec les FARC, qui n’a pas été respecté par le gouvernement Santos. Entre-temps, les bandes paramilitaires et de trafiquants renaissent, celles-là mêmes qui ont contribué à provoquer huit millions de victimes : morts, disparus ou déplacés. La Colombie est malheureusement bien loin d’être une zone de paix.

Cette annonce faisait suite aux visites du secrétaire d’État américain Rex Tillerson et du vice-président Mike Pence. Elle faisait partie d’un discours dans lequel Santos a confirmé que son pays était également accepté comme membre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « Faire partie de l’OCDE et de l’OTAN améliore l’image de la Colombie et nous permet de jouer un plus grand rôle sur la scène internationale « , a déclaré le président qui va bientôt quitter ses fonctions.

Les partenaires mondiaux de l’OTAN « développent leur coopération avec l’OTAN dans des domaines d’intérêt mutuel, y compris les nouveaux défis de sécurité, et certains contribuent activement aux opérations de l’OTAN, militairement ou non », indique l’organisation sur son site Web qui mentionne déjà l’adhésion de la Colombie[1].

Huit autres pays sont dans la même catégorie : l’Afghanistan, l’Australie, l’Irak, le Japon, la Corée du Sud, la Mongolie, la Nouvelle-Zélande et le Pakistan.

Le général à la retraite Jairo Delgado, ancien chef du renseignement policier et analyste de la défense et de la sécurité, a estimé que l’entrée du pays en tant que partenaire mondial s’accompagne de « restrictions ». Je ne pense pas que la Colombie « s’engagera dans des interventions militaires, par exemple, mais elle peut bénéficier de missions de préparation de troupes ou d’échange d’informations », a-t-il déclaré.

Au cours de son premier mandat, Santos a signé un accord d’échange d’informations et de sécurité avec l’OTAN, ce qui a suscité des inquiétudes de la part du Venezuela, du Brésil, de l’Équateur, de la Bolivie et du Nicaragua, qui considèrent l’accord comme une menace pour la stabilité de la région. La situation s’est calmée lorsque le ministère colombien de la Défense a exclu l’adhésion à part entière à l’agence, une option qui avait été soulevée par le prédécesseur de Santos, aujourd’hui sénateur Álvaro Uribe (2002-2010).

Plusieurs responsables et analystes ont souligné que Santos en suivant les diktats de Washington, veut dynamiter les réalisations de l’union de l’Amérique latine, des Caraïbes et de l’Amérique du Sud, en renonçant à sacraliser la région comme un lieu de paix, libre d’armes nucléaires et d’armées impérialistes d’intervention.

Santos l’avait annoncé il y a cinq ans (le 1er juin 2013, lors de la cérémonie de promotion de l’armée à l’Ecole militaire des cadets de Bogotá), ce qui avait causé la pagaille en Amérique latine déjà secouée par l’appui du président colombien à l’opposition vénézuélienne (opposition abstentionniste et déstabilisatrice) à laquelle il avait apporté son soutien financier et opérationnel, ensuite avec la formation de l’Alliance du Pacifique, un axe de droite opposé aux intégrationnistes qui refusent l’ingérence américaine et les Traités de Libre Commerce ou l’ouverture au libre marché néolibéral.

Le président bolivien Evo Morales et Ricardo Patiño, alors ministre équatorien des Affaires étrangères, ont également rejeté la possibilité que la Colombie adhère à l’OTAN, vu le risque pour le continent d’avoir des bases militaires qui mettraient en danger la sécurité de ses pays membres.

Luis Varese, ancien représentant adjoint du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en Équateur, a demandé : « S’agit-il de faire la paix sur le front intérieur pour frapper vos ennemis idéologiques sur le front étranger ? Et je dis avec précision ‘des ennemis idéologiques’, parce qu’en matière de commerce ou en matière de volonté des peuples, l’avenir, la mission est de travailler à l’unité de la Grande Patrie ».

Les partisans de Santos (il y en a) ont souligné que des alliances doivent être recherchées en dehors de la région pour consolider la paix en Amérique du Sud.

Beaucoup avaient déjà signalé que les différences entre Álvaro Uribe et Santos étaient à peine formelles, puisqu’ils coïncident fondamentalement dans l’attachement au même modèle économique et à la dépendance à l’égard de la politique américaine.

 

Camilo Rengifo Marín : économiste et professeur d’université colombien, analyste associé au Centre Latino-américain d’Analyse Stratégique (CLAE, www.estrategia.la).

Source : https://www.alainet.org/es/articulo/193105

Traduction : VeneSol

[1] https://www.nato.int/cps/en/natolive/51288.htm