Nous réessaierons en septembre avec l’aide d’Iván Duque

«Nous réessaierons en septembre avec l’aide d’Ivan Duque, le nouveau président de la Colombie». L’opposition putschiste lance un autre défi au Gouvernement de Nicolás Maduro dans un nouvel épisode d’Agárrate, l’émission que dirige Patricia Poleo depuis Miami sur Youtube, une journaliste expérimentée dans les sujets concernant la subversion.

Au moment du coup d’État contre Chavez, en avril 2002, elle dirigeait le journal El Nuevo País, propriété de son père Rafael, également de l’opposition. Depuis, elle est l’objet d’une enquête en tant qu’auteur intellectuel de l’assassinat du juge Danilo Anderson qui enquêtait sur les massacres ayant eu lieu pendant le coup d’État dirigé par la CIA.

Son émission est éclairante à plusieurs points de vue. Tout d’abord, à cause des éléments concrets qu’elle fournit par son désir de se montrer comme « bien informée. » Elle a été la première à lire le communiqué des soldats en T-shirts, le groupe armé qui s’est attribué la responsabilité de l’attaque avec les drones contre Maduro. Pour démontrer son authenticité, elle a diffusé toute la correspondance qu’elle a eue avec les attaquants durant les mois que s’est préparé ce qui aurait dû être un massacre. Une tuerie annoncée, comme l’ont affirmé avec arrogance d’autres figures de l’opposition qui se trouvent aux Etats-Unis ou en Colombie : du journaliste péruvien Jayme Baily à Salvatore Lucchese, ex-directeur de la police de San Diego, dans L’État de Carabobo.

Carabobo est à présent gouverné par le Chaviste Rafael Lacava mais reste un bastion de l’extrême-droite comme on peut aussi le voir dans les arrestations postérieures à l’attaque et dans les aveux des suspects. 

A Carabobo se trouve le Fort Paramacay, la garnison qui a été attaquée l’année dernière par un groupe armé de l’opposition. 18 personnes ont été arrêtées pour ce délit, certaines sont encore recherchées par Interpol et sont impliquées dans cette nouvelle attaque qui aurait dû décapiter toute la direction politique et militaire du chavisme et qui a fait 7 blessés parmi les soldats. Pour les grands médias internationaux, cependant, l’attaque continue à être « présumée » et toutes les inquiétudes sont tournées vers « les droits de l’homme des détenus. »

Le professeur Pablo Aure est intervenu depuis l’université de Carabobo grâce à Skype. C’est un fanatique de l’ex-députée pro-américaine Maria Corina Machado. Maricor est le dirigeant du parti Vente Venezuela, une ex-putschiste qui fut amnistiée par Chávez, fait étalage de son amitié personnelle avec George W. Bush et avec Álvaro Uribe. 

Et c’est précisément à ce dernier que l’extrême-droite vénézuélienne fait confiance pour chasser Maduro : elle compte plus particulièrement sur Ivan Duque, le nouveau président de la Colombie, qui est un homme de main d’Uribe et qui, lors de sa campagne électorale, a mis dans son programme, en premier point, une nouvelle guerre sale avec le Venezuela.

Avec Duque, les choses changeront – a dit Aure – en annonçant une guerre ouverte dès début septembre. Les étudiants – a-t-il menacé – redeviendront le détonateur comme dans les “guarimbas” (violence de rues) de 2014 et 2017. Mais surtout, nous devons faire pression « sur les pères de famille » pour qu’ils « ne permettent pas qu’on envoie leurs enfants à l’école. »

Et ainsi, enfin, « l’argent reviendra au pays » mais pas « pour être distribué, il reviendra aux entreprises pour qu’elles réinvestissent. » Comment pensent-ils chasser Maduro? « En s’organisant mieux » qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent.

Ensuite, en convainquant les gens « déjà psychologiquement testés » que « la communauté internationale » soutient l’opposition et en poussant les Forces Armées Nationales Bolivariennes à l’insubordination.

L’utilisation grandiloquente des multinationales « humanitaires » et des droits de l’homme est une autre donnée qui émerge et sur laquelle on peut réfléchir. Le professeur en question, qui accuse le Gouvernement d’empêcher « la liberté d’expression » fait son travail de subversion en toute tranquillité et raconte qu’il s’est rendu dans tout le pays avec María Machado pour diffuser ses proclamations.

En revendiquant leurs plans avec arrogance, ces dirigeants putschistes soutenus par Trump, par le Gouvernement de la Colombie, par le Groupe de Lima et par les organismes internationaux qui soutiennent les sanctions imposées par les Etats-Unis et l’Europe, sont passés à une autre phase de la guerre non-conventionnelle : celle de l’attaque explicite et directe. Au point de désorienter même les franges les plus modérées qui cherchent à prendre la tangente et à rendre responsable le Gouvernement de “l’auto-attentat”, pour le moins grâce à des « infiltrés ».

En fait, la Révolution Bolivarienne est également prête à passer à une autre phase. Le plan économique et monétaire approuvé par le Gouvernement porterait atteinte à de gigantesques intérêts multinationaux, un plan soutenu par le tournant politique du IV° Congrès du PSUV qui cherche à approfondir le pouvoir populaire et l’attaque des monopoles.

L’attentat contre Maduro a bien été un test destiné à mesurer les réactions internationales.

L’opposition, confiante dans le soutien inconditionnel du Secrétaire Général de l’OEA, Luis Almagro, qui a prêté serment devant le Tribunal Suprême « en exil » pour discréditer les institutions bolivariennes, a protesté officiellement devant l’OEA et les Etats-Unis et fait déjà pression sur l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet qui vient d’être nommé haute Commissaire aux Droits de l’Homme pour qu’elle persécute le Venezuela.

En tant qu’organe plénipotentiaire élu l’année dernière par plus de 8 millions de personnes, l’Assemblée Nationale Constituante a décidé à l’unanimité la levée de l’immunité parlementaire de Julio Borges, qui se trouve en Colombie et maintenant, le recherche officiellement. Juan Requesens a été arrêté. Il est apparu sur une vidéo pendant le conférence de presse du Ministre de la Communication et de l’Information Jorge Rodríguez qui a été diffusée presque en même temps que l’émission de Poleo.

Les aveux de Juan Requesens ont confirmé les déclarations de l’ex-sergent de la Garde Nationale Monasterio qui le dénonce d’avoir facilité le passage en Colombie pour préparer l’attaque avec les drones. Des drones programmés pour un massacre qui ont raté leur objectif grâce aux « boucliers protecteurs » des systèmes de sécurité et au « renseignement social » actif dans cette zone qui ont bloqué 2 des attaquants quand un drone détourné revenait en explosant sur un immeuble.

Mais un autre fait important est sorti de l’émission de Poleo avec la présence de deux autres personnages : Marianella Salazar, une “éditorialiste” d’El Nacional, et Roberto Carlo Olivares, un journaliste ayant fui à Miami et qui a prédit la chute de Maduro « dans les 3 premiers mois ou dans les 6 premiers mois de l’année prochaine. » Comment ? Grâce à d’autres « actions libératrices » mais mieux organisées et avec l’intervention directe des Etats-Unis et de la Colombie : « Nous ne devons pas penser à une véritable invasion militaire, » a dit Olivares, mais « à tous les moyens de pression militaires qui existent. »

Les bases militaires des Etats-Unis dans la région ne manquent pas. C’est le problème des « réfugiés » vénézuéliens à la frontière. C’est l’Équateur de Lenin Moreno qui a déjà permis le retour des Etats-Unis et qui s’est joint au choeur de « l’urgence humanitaire » aux frontières. Il y a un embargo sur l’entreprise vénézuélienne Citgo qui a son siège aux Etats-Unis, décidé par un juge étasunien à la demande d’une entreprise multinationale qui réclame des millions de dollars. C’est Ivan Duque en Colombie, et la Colombia qui est déjà hors de l’UNASUR.

Surtout, dit Olivares, on doit fomenter la subversion interne mais celle-ci doit « se montrer unie. » Et c’est peut-être cela, la donnée la plus importante qui a surgi de cette émission : l’indice de dispute des droites vénézuéliennes, prêtes à se dépecer dans la lutte pour le pouvoir et leur représentation envers leurs maîtres occidentaux.

A cette occasion, ils se sont aussi beaucoup battus entre eux. Il y a eu des dénonciations pour trahison, les diverses factions putschistes de ce qu’on appelle la «résistance» semblent être divisées. L’ex-sergent Monasterio accuse Juan Requesens qui lui accuse Julio Borges qui a déjà trahi une fois, dit Poleo, en rejetant les conspirateurs du « plan bleu ». Tous contre tous. Un beau nid de vipères. De grands « champions des Droits de l’Homme. » S’ils reviennent pour gouverner, ils feront table rase.

par Geraldina Colotti

Source en espagnol : RL / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos