Venezuela : une migration provoquée

Jusqu’à présent, on ne peut parler que d’un succès médiatique relatif des efforts américains pour créer une crise migratoire artificielle aux frontières du Venezuela, afin d’avoir un prétexte pour justifier une intervention militaire « humanitaire » qui permettrait d’obtenir le renversement souhaité du gouvernement bolivarien. Succès médiatique relatif, mais pas de véritable succès. Parce que c’est une chose de mettre le gouvernement du président Nicolas Maduro au pilori du discrédit international, et c’en est une autre de le renverser.
Car pour parvenir à ce renversement, comme il est historiquement prouvé, la sale guerre, la propagande noire et la diabolisation du dirigeant ne suffisent pas si elles ne s’accompagnent pas d’un coup d’Etat ou d’une intervention militaire étrangère.
 Un exode migratoire, aussi important soit-il, ne renverse pas un gouvernement. Et encore moins s’il s’agit d’un gouvernement doté d’un solide soutien institutionnel et juridique. Et avec un soutien populaire massif et combatif.
 Mais si le plan déstabilisateur est voué à l’échec, les dommages causés aux migrants et aux populations et gouvernements d’accueil sont énormes. On peut dire que la campagne déstabilisatrice contre le Venezuela s’est en partie déplacée vers les pays voisins : L’Équateur, le Pérou, la Colombie, le Brésil et même le Panama, l’Argentine et le Chili. C’est ce que savent les gouvernements de ces pays qui se sont prêtés au jeu de Washington. Mais ils espèrent que la présence des Vénézuéliens sera temporaire et de très courte durée : seulement jusqu’à ce que le gouvernement de Maduro tombe à la suite d’un coup d’État improbable ou jusqu’à ce que l’invasion militaire se matérialise.
Et que se passera-t-il si, en fin de compte, aucun de ces processus n’a lieu ? Qu’en est-il des migrants vénézuéliens ? Car il n’y a que trois voies possibles : les accueillir définitivement, les ramener par la force dont ils sont issus, ou attendre que la dure vie d’exil économique les oblige à retourner dans leur pays d’origine.
Chacune de ces trois possibilités est un problème pour les pays d’accueil, mais pas pour le Venezuela. Et le dernier : le rapatriement volontaire signifierait même un triomphe politique pour le chavisme. Tout cela nous rappelle nécessairement le cas cubain. « Le peuple, a dit Washington, doit être vaincu par la faim et la soif. Il est nécessaire d’augmenter et d’élargir les difficultés économiques du peuple pour surmonter sa résistance et miner le soutien au gouvernement révolutionnaire.
Cette machination perverse s’est terminée à Cuba par l’échec le plus retentissant. Et maintenant, on tente à nouveau de le faire au Venezuela. Mais si l’expérience historique n’est pas de bon augure pour les efforts de renversement, les signes présents ne le sont pas non plus. Et une fois cette tempête migratoire artificielle passée, nous devrons attendre un autre programme déstabilisant dans le but d’une intervention militaire étrangère.
Des décennies d’échecs dans les guerres économiques, médiatiques et diplomatiques n’ont pas réussi à vaincre la résistance du peuple cubain. Et comme vous pouvez le constater, ils n’ont pas réussi à liquider le sandinisme au Nicaragua. Ni dans les années 80 du siècle dernier, ni aujourd’hui dans l’attaque nouvelle et frustrée des Yankees.
 Seuls les Etats-Unis n’apprennent pas et ne s’intéressent pas à l’apprentissage. Elle ne se soucie pas non plus de l’ampleur de la souffrance et de la douleur qu’elle engendre dans les populations des peuples attaqués. Et que, dans des actes de grande hypocrisie, il se propose à soutenir les gouvernements de La Havane, Managua et Caracas.
Par Miguel Angel Ferrer / Traduction Bernard Tornare
 Source en espagnol : telesur  / Source en français : blog de BT
Miguel Angel Ferrer est professeur d’économie politique, fondateur et directeur d’un centre d’études économiques et politiques. Il est chroniqueur au journal El Sol de Mexico, du quatorzième Siminforma, du journal Rumbo de Mexico, entre autres médias. Analyste politique dans différents programmes de radio.