Sanctions des États-Unis contre l’or vénézuélien

DOCUMENT ÉTABLI PAR LE GROUPE DE RECHERCHE POLITIQUE ET STRATÉGIQUE – CARACAS. NOVEMBRE 2018

L’Administration Trump a délivré récemment un Ordre exécutif qui ratifie et élargit les sanctions contre l’économie et la population vénézuélienne, sur la base d’un récit qui ne vise que des fonctionnaires du gouvernement.  

  • Allant à l’encontre de ce discours, le ministre de Relations Extérieures d’Espagne, Josep Borrel, a affirmé que ces instruments gèlent les actifs nécessaires pour que le gouvernement vénézuélien assure l’attention médicale et sanitaire de la population.
  • Se fondant sur des arguments de nature illégale et interventionniste comme la loi dite de Défense des Droits de l’Homme au Venezuela, publiée fin 2014, le président Donald Trump a délivré un Ordre exécutif contre le Venezuela
  • Il s’agit d’un décret qui dit surgir « à la lumière des actions du régime de Maduro et de personnes associées pour piller les richesses du Venezuela pour leurs propres objectifs corrompus, dégrader l’infrastructure et l’environnement du Venezuela par une mauvaise gestion économique et des pratiques minières et industrielles confiscatoires et catalyser une crise migratoire régional en négligeant les besoins basiques du peuple vénézuélien ».
  • Cet ‘Ordre exécutif qui bloque les propriétés de personnes supplémentaires qui contribuent à la situation du Venezuela » accorde à deux fonctionnaires du gouvernement des Etats Unis (Secrétaires d’État et du Trésor) le droit de confisquer des propriétés à des opérateurs du secteur aurifère du Venezuela, sans que des accusations pénales ou civiles soient nécessaires.
  • Les médias internationaux ont élargi la résonance des sanctions aux exportations d’or décrétées par un document de 1.326 mots qui ne nomme qu’une seule fois l’or.
  • Il s’agit de la ratification de sanctions déjà prononcées contre des membres du gouvernement vénézuélien. Le texte de l’Ordre exécutif, divulgué par le Département d’État, stipule l’interdiction d’effectuer des opérations que les fonctionnaires déjà cités considèrent pertinentes
  • Désigne par James « Chien fou » Mattis comme le « Démon incarné », son nom est John Bolton. Il a géré l’invasion de l’Irak et demandé le bombardement de la Corée du Nord et de l’Iran. Il est actuellement conseiller pour la sécurité nationale de l’Administration Trump.
  • Lors d’un discours à la Liberty Tower, un immeuble où ont été reçus dans les années 60 des immigrants cubains sympathisants de la dictature de Batista, il a dit : « Vous êtes ici nombreux à avoir souffert personnellement des horreurs indicibles commises par les régimes de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua »
  • Il a promis, en outre, que le gouvernement dont il est le conseiller prendrait une position ferme contre les « dictateurs et les tyrans qui se trouvent près de nos côtes » et se référa aux gouvernements de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua comme « la troïka de la tyrannie ». 
  • Avec ce discours, Bolton faisait une manifestation de force moins d’une semaine avant les élections de mi-mandat aux États Unis (midterm elections), dans lesquelles se joue le contrôle du Congrès par le Parti Républicain.
  • En Floride, état traditionnellement décisif pour les résultats et où de jouent un siège au Sénat et le Gouvernement de l’état, le conseiller présidentiel a été catégorique en avertissant que « finalement » ils auront en face ‘quelqu’un qui fait face », ce qui a toujours été bien accueilli par le soi-disant « exil cubain » mais également par les « diasporas » du Venezuela et du Nicaragua.
  • Avec l’annonce de ces nouvelles sanctions, Bolton a tenté de mobiliser ces diasporas en faveur de Trump, se servant de la politique extérieure pour engranger des bénéfices électoraux dans la conjoncture électorale des États Unis. 
  • Bolton a déclaré que le Département d’Etat élargira à plus de douze la liste des établissements propriété de militaires ou sus leur contrôle ou celui des services d’intelligence cubains avec lesquelles on interdit aux citoyens des Etats Unis de réaliser des transactions commerciales ou financières. Il a signalé, en outre, que tant qu’il n’y aura des élections libres au Nicaragua et la démocratie y soit rétablie, le Gouvernement de Daniel Ortega subira le « poids total » des sanctions des États Unis
  • Concernant le Venezuela, il a annoncé la signature par Trump de l’Ordre exécutif imposant de nouvelle et dures sanctions ayant pour objectif d’empêcher les citoyens des Etats Unis de s’impliquer dans des « sanctions frauduleuses et corrompues avec de l’or vénézuélien.
  • Parmi ses accompagnateurs étaient des membres de la communauté cubano-américaine et des parlementaires comme Ileana Ros-Lehtinen, Mario Díaz-Balart et Carlos Curbelo. Devant eux, il a déclaré que « les Etats Unis étaient émus d’être les partenaires de nations comme le Mexique, la Colombie, le Brésil, l’Argentine et beaucoup d’autres » dans le but de faire progresser l’Etat de Droit ainsi que la sécurité et la prospérité de la région pour notre peuple » • Depuis quelques années le gouvernement vénézuélien a cherché à mettre de l’ordre dans le territoire où s’est développée l’exploitation commerciale de l’or depuis 1829. 100% de la production de ce métal précieux est obtenue dans la région de Guayana (états de Bolívar, Amazonas et une partie de Delta Amacuro) et l’entreprise publique Minerven produit 55,8% de la production déclarée.
  • Pour la réorganisation de cette région stratégique a été créé l’Arc Minier de l’Orénoque, projet qui a été attaqué par des moyens financés par le milliardaire George Soros, Google, la NED, fonds de l’USAID à travers le Centre international de journalistes (ICFJ pour ses initiales en anglais)le Département d’État et la Confédération Helvétique, qui ont été les principaux acheteurs d’or du Venezuela entre 2010 et 2015, avant la création d’entreprises mixtes dans lesquelles l’Etat vénézuélien détient la majorité des actions.
  • Entre 2007 et 2015, les réserves internationales vénézuéliennes ont chuté jusqu’à 20 milliards de dollars. On dit que 70% de ces réserves étaient en or. Les prix du métal, qui étaient à la baisse, ont augmenté depuis jusqu’à cette année. Cependant, l’once troy n’a pas dépasse 1.400 milliards de dollars
  • Avec des prix qui ne montent pas, la campagne de l’Arc Minier a cherché à augmenter le niveau d’asphyxie économique du Venezuela en présentant l’or vénézuélien comme produit du trafic et de la corruption. C’est ainsi que le Département du Trésor des États Unis a proclamé, quelques jours avant l’Ordre exécutif, que le Gouvernement vénézuélien fait un usage constant et irrégulier de son commerce « sans contrôle environnemental ni comptable » pour finance les présumés réseaux de corruption qui le soutiennent. 
  • Le Secrétaire adjoint du Trésor des États Unis, Marshall Billingslea, a affirmé dans une Conférence au Centre d’Etudes Brookings de Washington que « après avoir mis à sac l’entreprise pétrolière d’Etat Petróleos de Venezuela S.A., PDVSA, où il ne reste plus rien à voler, nous avons constaté un changement dans l’attention portée à l’or par le régime de Maduro, nouvelle ressource recherchée ». 
  • Il a dénoncé la spoliation présumée des mines d’or du Sud du Venezuela et a assuré que l’on approche « d’une situation similaire à celle des diamants ensanglantés » en Afrique. « Nous devrions manifester plus d’indignation face aux dommages infligés à l’environnement et aux populations indigènes », a-t-il affirmé.
  • Une semaine plus tôt, à l’Assemblée générale du Fonds Monétaire International (FMI) en Indonésie, le Secrétaire du Trésor des Etats Unis, Steven Mnuchin, a censuré dans un communiqué « la vente secrète des ressources du peuple vénézuélien pour remplir les coffres des facilitateurs financiers de Maduro » 
  • La Turquie a été le principal consommateur du Moyen Orient pendant les cinquante dernières années et dans les années 70 ce marché était approvisionné depuis Beirut, au Liban, avec une partie de l’or importé d’Europe 
  • Actuellement, la Turquie a diversifié ses sources d’importation au point que, pendant les neuf premiers mois de l’année, le Venezuela a exporté 23,62 tonnes d’or à ce pays, d’une valeur de 900 millions de dollars, selon les sources officielles turques. Ceci a été une alternative à la chute de la production de pétrole, l’intensification du blocus et la recherche de la diversification économique
  • La banque centrale du Venezuela (BCV) a commencé à raffiner une partie de l’or acheté l’année dernière à des producteurs vénézuéliens, a informé Victor Cano, ministre de développement minier, ajoutant que ‘c’est l’or que le BCV récupère afin qu’il puisse être raffiné ». 
  • Le fonctionnaire a expliqué que « la certification nous la faisions en Suisse. Nous ne l’y faisons plus. Elle se fait dans des pays alliés, car nous envoyions l’or en Suisse et ils nous disaient qu’en raison des sanctions, il y resterait ». Le gouvernement suisse, qui finance des reportages contre l’arc minier, a également sanctionné des fonctionnaires du Gouvernement vénézuélien avec des mesures comme le gel des actifs et l’interdiction des voyages »
  • Cano a assuré qu’il ne s’agit « pas de contrebande avec la Turquie, ce sont des accords signés entre le BCV et la Turquie. C’est un or produit au Venezuela et certifié par notre origine contrôlée, avec tous nos contrôles internationaux pour l’exportation et ensuite l’importation de l’or déjà raffiné. »
  • Mais l’or n’est pas tout dans les relations turco-vénézuéliennes. Le commerce bilatéral entre les deux nations a atteint 892,4 millions de dollars pendant les cinq premiers mois de 2018, les exportations de la Turquie vers le Venezuela ont été de 52,2 millions et les importations ont été de 834,2 millions. Les relations bilatérales se sont développées rapidement entre 2013 et 201è l’échange entre les deux pays a été de 803,6 millions de dollars.
  • Des sanctions éventuelles chercheraient à dissuader un partenaire comme la Turquie ; l’augmentation de la demande d’or sur le marché mondial et cependant imminente et le président turc Recep Tayyip Erdogan tient à participer à la course.
  • Il est aussi imminent que le Venezuela est en train de certifier 32 exploitations d’or dans le pays, ce qui lui permettra de se positionner comme « la deuxième plus grande réserve d’or du monde ». Le président Nicolás Maduro l’a affirmé, réitérant que la dénonciation des 1.200 millions de dollars retenus par l’entreprise financière Euroclear, destinés à l’achat d’aliments et de médicaments qui seraient distribués au Venezuela. Grâce aux échanges commerciaux avec la Turquie, criminalisés par Washington, on achète les produits nécessaires à la survie du peuple vénézuélien.
  • L’année dernière, la banque Centrale de Turquie a acheté 187 tonnes d’or à divers pays et est devenue le deuxième acheter souverain au monde, derrière la Russie. Comme d’autres pays, la Turquie avait une partie de son or (28,7 tonnes de lingots, déposé à la Réserve Fédérale des Etats Unis. La Turquie a tout retiré pour le placer partiellement dans le pays et partiellement à la Banque Suisse de Paiements Internationaux et à la Banque Centrale d’Angleterre 
  • La possibilité d’une éventuelle sanction des Etats Unis contre ce pays euro-asiatique est lointaine. Il y a quelques jours des sanctions réciproques ont été révoquées, concernant les Ministres de la Justice et de l’Intérieur pour la détention du pasteur états-unien Andrew Craig Brunson, censé avoir soutenu la tentative de coup d’Etat contre Erdogan en juillet 2016. 
  • Dans ce sens, se servir du climat de recomposition relative des relations entre les Etats Unis et la Turquie pour restreindre les achats d’or au Venezuela donnerait à l’Ordre exécutif une efficacité qui irait au-delà du papier.
  • Si l’or était l’alternative pour l’entrée de devises et pour la stabilité économique du Venezuela, le gouvernement vénézuélien serait le moins intéressé à ce qu’il devient un espace de conflit entre des bandes armées irrégulières. Cependant, le thème du contrôle de l’arc minier par des groupes n’est pas seulement un problème social mais fait partie du blocus international dont le Venezuela est l’objet.
  • La dispute pour le contrôle de cette zone a comme tiers acteur les paramilitaires et les transnationales, dont les pratiques pour imposer dans les zones minières des états d’exception par la terreur et la minerie illégale sont bien connues autant en Amérique Latine qu’en Afrique.
  • Un exemple est l’assassinat dimanche 4 novembre de trois soldats de la Garde Nationale Bolivarienne par des groupes paramilitaires dans l’Etat d’Amazones, dans la frontière avec la Colombie. L’attaque qui a fait également dix blessés, est survenue après la capture de neuf paramilitaires colombiens dans la municipalité d’Atures, district Fernando Girón Tovar, dans l’état d’Amazones, au cours de laquelle des armes de guerre ont été trouvées et le Ministère Public vénézuélien a été saisi.
  • Maintenir le chaos dans l’Arc minier est cohérent avec la politique de blocus financier, car :
  • On porte ainsi préjudice à l’économie vénézuélienne en s’attaquant à la valeur de l’or et à la capacité d’exportation de l’Etat vénézuélien, dans le cadre du Plan d’épargne en or, par lequel on cherche à récupérer la valeur de l’épargne vénézuélienne et de la devise nationale, dans le cadre du Plan de Récupération Economique.
  • Empêcher l’entrée de devises au Venezuela, devant le refus d’une partie du système financier des Etats Unis, par des sanctions, de permettre au Venezuela l’utilisation du dollar pour des transactions commerciales et pour le crédit.
  • Intensifier le blocus du Gouvernement et de la population vénézuélienne par l’intimidation de la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB), portant ainsi atteinte à la sécurité de la nation.
  • Il y a lieu de se demander si les sanctions contre l’or vénézuélien sont en rapport avec les événements impliquant des paramilitaires lorsque, à la clôture du 4èmetrimestre 2018, le Venezuela a connu une augmentation de 200% des exportations non-pétrolières par rapport à l’année précédente, principalement grâce aux ventes d’or à la Hollande, au Portugal, à l’Espagne, à la Suède, à la Suisse, aux Etats Unis, au Royaume Uni et, surtout, à la Turquie.
  • Par l’activation de l’Arc minier des résultats commencent à apparaître qui diminueraient la contrebande d’or et auraient une influence favorable sur les affrontements entre garimpeiros et groupes paramilitaires, contribuant au maintien de l’état de droit dans la zone et à l’incrément des revenus de l’activité aurifère. Les corporations qui sont derrière l’Administration Trump et l’Union Européenne, qui vient d’élargir les sanctions contre le Venezuela, le savent bien et sont pas disposées à le permettre

MISIONVERDAD.COM / Bolivar infos

illustration : images de l’invasion en mars 2003 de l’Irak par les Etats-Unis