Entretien avec Roland Weyl : la solidarité avec le Venezuela est un devoir moral

Face aux menaces internationales d’essayer d’ignorer la volonté du peuple vénézuélien concernant l’élection du président Nicolás Maduro pour un nouveau mandat 2019-2025 qui commence le 10 janvier, le Réseau a voulu interroger l’avocat français Roland Weyl, Vice-président de l’Association internationale de juriste démocrates (AIJD). Roland Weyl a contribué à la rédaction de la Charte des Nations Unies en 1945, il est également membre fondateur du Mouvement pour la Paix. Avec lui, nous avons parlé des mécanismes juridiques existant dans le droit international pour faire respecter la souveraineté des peuples.

Nous avons commencé à voir et à entendre un volonté de délégitimer au niveau international le nouveau mandat du président Nicolás Maduro qu’il assumerait en janvier 2019, ignorant les près de 6 millions de votes du peuple vénézuélien. Quelle est votre opinion à ce sujet du point de vue du droit constitutionnel et du droit international ?

En 1945, après les deux terribles guerres mondiales, il est devenu évident que nous n’aurions jamais du les faire et la Charte des Nations Unies a mis la guerre hors de loi. Les peuples étant les principales victimes des guerres, c’est entre leurs mains que repose la paix. Elle (la Charte) commence par : « Nous, peuples des nations unies… » au pluriel, car il n’y a pas de peuples du monde, mais des peuples différents, et elle proclame que chacun doit être l’unique propriétaire de son territoire et de ses relations avec les autres peuples, dans une obligation de respect mutuel, une égalité entre les grandes et les petites nations, leurs États étant les instruments de l’exercice de leur souveraineté.

Le peuple vénézuélien peut-il exiger devant les autorités internationales que sa volonté exprimée lors des scrutins soit respectée?

Le problème est que seul le pouvoir politique est conféré au peuple, puisque les pouvoirs financiers ont précédemment réservé le pouvoir économique, par le biais des accords de Bretton Woods, de manière à ce qu’ils fassent dépendre les États de ce pouvoir économique pour en faire des instruments de leur domination sur les peuples. Et ce pouvoir économique leur offre également la possibilité de transformer les médias en un instrument de corruption de la pensée des gens et donc de leur action.

Le Venezuela ayant une politique économique au service des intérêts du peuple, celle-ci est contraire aux intérêts des pouvoirs financiers, qui ne peuvent accepter que les États au service de leurs intérêts. Ensuite, lorsqu’un État est véritablement démocratique, ils emploient et créent en même temps des difficultés économiques et trompent les gens contre leurs propres intérêts, jusqu’à la manipulation de l’opinion publique par la CIA.

D’autre part, des dirigeants tels que le président de la Colombie, Ivan Duque, ont déclaré qu’ils « rompraient les relations diplomatiques avec le Venezuela » à partir de janvier 2019 et précisaient que d’autres pays pourraient prendre cette mesure pour suivre la pression internationale. Quelles conséquences réelles cela pourrait-il avoir pour le Venezuela et comment pourrait-on y faire face ?

La solidarité des autres peuples avec le Venezuela n’est pas seulement un devoir moral, elle repose sur deux bases juridiques : premièrement, une responsabilité, car les peuples sont souverains, ce qui les rend responsables. Mais surtout à cause de l’indivisibilité de la loi, ce qui signifie que quand on permet sa violation contre un autre, on l’autorise contre soi-même.

Bien évidemment, cela ne permet pas de renverser un Etat au mépris de son peuple, il ne peut y avoir d’exception au principe de non-ingérence, des campagnes d’opinion peuvent être menées ainsi que des choix dans le domaine diplomatique tant au niveau des relations bilatérales que dans les institutions régionales et internationales.

Qu’en est-il du principe – que défendent les organisations internationales telles que les Nations Unies – de la démocratie et des élections, ainsi que du respect de la souveraineté et de l’autodétermination des peuples?

Quoi qu’il en soit, il est essentiel que les peuples sachent bien que s’ils se laissent abuser contre le Venezuela, c’est contre eux-mêmes qu’ils sont trompés.

Entretien réalisé par le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne
Conférence donnée par Roland Weyl à l’Ambassade de al République Bolivarienne du Venezuela en France, le 7 mars 2018, lors de la commémoration à la mémoire d’Hugo Chavez : L’indépendance, la souveraineté des peuples et le droit international