Construire un nouveau modèle productif

Pour en savoir un peu plus sur le peuple vénézuélien, le RÉSEAU a interviewé Zuleima Vergel. Vénézuélienne, militante et membre de la Coordination Nationale du Courant révolutionnaire Bolívar et Zamora – CRBZ, elle est impliquée dans le Secteur des Relations internationales. Avec elle, nous avons parlé de l’organisation populaire, de la promotion des droits des femmes dans la Révolution bolivarienne et des diverses mesures qui touchent le Venezuela.
L’année a été difficile pour le peuple vénézuélien qui résiste quotidiennement aux aléas de la guerre économique, au blocus, aux sanctions, aux agressions internationales. Comment le peuple résiste-t-il et que retiendrais-tu de l’organisation populaire pour affronter cette situation ?
2018 a sans aucun doute été une année de grandes luttes et de batailles livrées dans le contexte le plus défavorable. C’est au milieu de ces difficultés que nous avons pu, en tant que peuple, nous lever, lutter avec dignité, avec fermeté, en inventant des approches et des propositions, par l’exemple, depuis la lutte quotidienne. Cette fermeté est liée à la volonté et à la nécessité du peuple de défendre les conquêtes réalisées jusqu’à présent et de continuer à lutter pour ce qui manque, comme le souligne notre campagne de #LaCorriente.
La conscience politique que nous avons acquise avec Chávez est un facteur fondamental pour résister à la fois aux assauts de la crise interne et aux constantes agressions extérieures ajoutées au blocus brutal auquel nous avons été soumis par les Etats-Unis et ses laquais, dans leur empressement à nous briser moralement.
Dans tout ce processus, les organisations populaires jouent un rôle déterminant en termes de défis et de batailles à mener, en ces temps de complexités et de débats, il est urgent d’avancer dans la construction de mécanismes qui augmentent la participation et l’engagement des personnes à tous les niveaux, avec la capacité de contester le sens commun des majorités.
À partir de ce panorama, nous avons assumé, nous le Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora, avec dévouement et beaucoup d’efforts, la tâche centrale que chaque organisation, chaque mouvement doit proposer, pour devenir un instrument politique qui accompagne les luttes du peuple, jour après jour, coude à coude, dans chaque territoire, chaque espace de lutte, pour planifier, concevoir et développer des stratégies politiques, organisationnelles, idéologiques et productives qui apportent des réponses concrètes aux besoins quotidiens des gens.
Nous croyons que c’est à partir de là que nous pouvons parier sur la poursuite de l’approfondissement de la démocratie révolutionnaire et du pouvoir des personnes ayant un leadership éthique. Voilà la clé du problème.
Nous ne pouvons pas attendre que le gouvernement règle tout, même si pour que le peuple et le gouvernement travaillent main dans la main cela exige de la détermination et une réelle volonté politique. Nous pouvons parler d’expériences concrètes d’autonomie, comme celle de la ville communale Simón Bolívar dans l’État d’Apure, où les gens ont décidé comment vivre et comment faire face quotidiennement aux difficultés que nous rencontrons aujourd’hui dans tous les domaines de la vie. Il y a aussi l’expérience de la co-gouvernance dans la municipalité de Páez, dans l’état d’Apure, où ont été créées les ‘assemblées du bien vivre’ (juntas del buen vivir), composées de la mairie et des communes, répondant ainsi à différents problèmes par l’autogestion.
Une des choses que je soulignerais par rapport à l’organisation populaire au Venezuela, c’est la capacité de préserver l’unité populaire essentielle autour du gouvernement bolivarien au sein duquel un projet politique historique est en devenir, que nous devons continuer à construire et défendre à tout prix, malgré la diversité et les différences qui peuvent exister. Là-bas, nous avons répondu très clairement à l’unité à laquelle le commandant Chavez nous a appelés si souvent.
En tant que femme militante, comment le processus bolivarien en matière des droits des femmes a-t-il progressé et comment l’organisation sociale de ce secteur est-elle organisée ?
La Révolution bolivarienne s’est caractérisée au cours de ces 20 années par une participation politique significative des femmes. Cela n’a pas eu lieu de manière naturelle ou spontanée, mais c’est le produit de multiples luttes dans la recherche de nos droits qui ont été reconnus par le commandant Chavez. Aujourd’hui, le gouvernement continue de faire des efforts pour assurer la continuité et pour progresser dans le domaine des droits politiques, économiques et juridiques, entre autres, pour lesquels nous luttons encore pour qu’is soient approuvés et respectés, car l’approbation de ces droits ne garantit pas toujours leur application dans la réalité et la vie quotidienne (nous avons de nombreux cas d’impunité de féminicides, de viols et de mauvais traitements à l’égard des femmes, malgré une loi de protection de la femme pour une vie libre de violence).
Il faut dire aussi qu’en raison du blocus économique et des sanctions contre notre peuple, les femmes sont la principale cible des agressions, nos droits en matière de santé ont été vulnérabilisés en raison du manque de fournitures médicales, empêchant les accouchements humanisés, la prise en charge rapide de pathologies et autres cas prioritaires, pour ne citer que quelques uns. Ce n’est pas une simple coïncidence si cette guerre est dirigée contre nous, parce que nous sommes un pilier fondateur et l’avant-garde de ce processus, raison pour laquelle ils cherchent à nous user… nous épuiser. Cependant, nous, les femmes vénézuéliennes, avons été capables de résister à cet assaut, en organisant diverses luttes à partir de différents secteurs, pour faire face à cette situation.
Dans notre cas, avec le Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora, les paysannes et les femmes de différentes communes continuent de s’organiser à partir de chaque tranchée, pour défendre plus de revendications telles que le droit à l’accès à la terre, à la production alimentaire et à la protection des semences pour garantir la vie, contribuer à la souveraineté et à la promotion de l’économie productive nationale.
Nous avons également pris connaissance de la proposition de l’Alliance productive nationale, en quoi consiste-t-elle et comment s’organise-t-elle ?
L’Alliance Productive Nationale est une alliance entre les paysans, les petits et moyens producteurs et le gouvernement national, qui permet de concevoir des stratégies, définir des politiques qui ont pour but la résolution des difficultés qui affectent la production alimentaire.
L’idée de l’APN est née après un déploiement que nous avons effectué au milieu de l’année dernière comme une initiative du CRBZ, dans le but de s’attaquer aux divers problèmes auxquels le Venezuela est confronté aujourd’hui dans le secteur productif (paysans, communes, petits et moyens producteurs), en déterminant un tableau des besoins qui se répètent à un niveau général dans tous les États du pays.
À partir de là a émergé un ensemble d’assemblées régionales de différents secteurs productifs dont l’objectif a été de construire un programme commun de luttes afin de récupérer des terres, planifier les semis, l’accès aux semences, aux machines, aux intrants agricoles, parmi d’autres besoins communs qui affectent les niveaux de production.
Afin de pouvoir faire face à cette réalité, nous avons porté, à partir du CRBZ, la proposition de développer une Alliance Productive Nationale, comme un espace de construction pour trouver des réponses sur un objectif de production, de le promouvoir ensemble et, en même temps, d’initier un débat sur le sujet avec le gouvernement national et les principaux acteurs de ce processus qui continuent à garantir l’alimentation des familles vénézuéliennes malgré la situation dans les campagnes. Le développement productif doit être le fondement de notre économie.
Aujourd’hui, au Venezuela, nous devons construire un nouveau modèle productif et pour cela, il faut des changements profonds et des transformations dans le secteur agricole afin de stimuler et recomposer notre économie. Cela fait aussi partie des défis que nous avons relevés en tant qu’organisation. La APN est encore en cours d’élaboration ; les processus d’organisation et de formation continuent de progresser dans cette voie.
Face aux menaces de la droite internationale contre la stabilité du Venezuela, que demanderiez-vous à la solidarité internationale pour soutenir la défense du peuple vénézuélien ?
Les actions que les États-Unis ont menées contre le Venezuela se sont concentrées sur le renversement de la révolution bolivarienne afin d’avancer dans le contrôle du pouvoir dans la région et sur le continent, après avoir récupéré des positions avec les gouvernements argentin, équatorien et brésilien. Les récentes ingérences du Groupe de Lima (à l’exception du Mexique), subordonné aux ordres des Etats-Unis, qui prétend ignorer le Président Nicolas Maduro dans la prise de fonction de son nouveau mandat légitime, violant ainsi le droit du peuple vénézuélien à la souveraineté et à l’autodétermination est un exemple de leurs prétentions.
Face à ce scénario, nous invitons les peuples du monde à rester vigilants devant cette nouvelle phase d’attaque impériale contre le gouvernement et le peuple du Venezuela.
Nous exhortons les organisations internationales à intensifier les actions de solidarité et à serrer les rangs aux côté de la Révolution bolivarienne, sans hésitation ni demi-mesures afin d’empêcher le Venezuela de devenir un peuple servile aux intérêts des États-Unis. Aujourd’hui, le Venezuela, comme Cuba, représente la garantie et la continuité d’un projet politique historique et émancipateur pour la vie elle-même.
Le Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora, condamne ces déclarations du groupe autoproclamé de Lima et réaffirme son ferme engagement à continuer à mener les batailles nécessaires pour garantir la paix et la stabilité politique de la patrie.
Traduction : VeneSol