Le « scénario libyen » s’impose dans l’offensive contre la Révolution bolivarienne

La feuille de route actuelle pour le renversement du président vénézuélien Nicolas Maduro et la liquidation de la Révolution bolivarienne est similaire,  presqu’un calque, de celle conçue par les Etats-Unis et l’UE en Libye en 2011. Voici les éléments qui le démontrent.
1) Le gouvernement américain, par le biais d’une déclaration de son secrétaire d’État, Mike Pompeo, a salué la décision de l’Assemblée nationale (AN), prise 48 heures auparavant, de créer un fonds pour récupérer les avoirs résultant de la « corruption », dont le véritable objectif est de bloquer les ressources financières de la République à l’étranger.
Dans le cas de la Libye, les comptes ont été bloqués entre fin février et début mars 2011 par les pays de l’Union européenne et les États-Unis, au début du conflit qui a entraîné la guerre civile.
2) Comme dans le cas de la Libye, l’objectif n’était pas seulement de renverser Kadhafi comme chef d’État et de gouvernement, mais aussi de garantir la fin du modèle institutionnel établi avec la Révolution verte. C’est pourquoi l’une des premières actions du bloc d’opposition libyen a été la création d’un Conseil national de transition chargé de diriger le démantèlement des institutions.
C’est exactement la même chose qu’il est prévu de faire au Venezuela avec la loi dite de transition qui a été présentée pour approbation à l’AN et qui crée une structure portant le même nom qu’en Libye : le Conseil national pour la transition démocratique.
Il convient de noter qu’il ne semble pas y avoir une ruée pour « prendre possession » de la Présidence (et suivre la voie de la convocation d’élections) mais plutôt pour consolider une nouvelle institutionnalité ou en tout cas pour détruire celle qui existe.
3) Comme pour Kadhafi, l’un des principaux objectifs était sa capture supposée devant la Cour pénale internationale (CPI). Pour ce faire, il fallait lui faire perdre son investiture présidentielle, qui garantissait son immunité, et faire de lui un fugitif de la justice pénale internationale. C’est précisément la fin de la déclaration d’illégitimité et de la non-reconnaissance de la prise de possession.
4) Pour clore un scénario comme celui de la Libye en février 2011, il ne manque plus qu’un élément qui serve de détonateur pour une confrontation violente. Les manifestations des 15 et 16 février 2011 à Benghazi (deuxième ville du pays) ont éclaté après la fausse nouvelle d’un incendie dans une prison de la capitale, Tripoli. Il peut s’agir d’une situation aussi imprévisible que le résultat d’une manifestation de rue par manque de services (gaz ou électricité), d’un conflit entre commerçants et consommateurs ou de situations plus complexes mais prévisibles avec des communautés ayant des caractéristiques ethniques et locales où sont menées des activités illégales telles que l’extraction de minéraux, le trafic de combustibles ou de nourriture ou de ressources naturelles. Toutes ces structures de commerce illégal ont des acteurs qui exercent la violence et qui pourraient servir de noyau de « milices » pour une intervention militaire indirecte qui utiliserait le concept de « zones d’exclusion aérienne » et qui viserait à diviser le territoire national.
5) Dans le cas de la Libye, il convient de comparer les discours qui ont justifié la saisie des comptes de la nation avec l’allégation selon laquelle ils étaient contrôlés par Kadhafi et ses proches. Dans le cas du Venezuela, ce sont les arguments avancés officieusement par la Banque d’Angleterre pour ne pas restituer l’or de la République qui est sous sa garde : ils disent que Maduro peut saisir une telle richesse dans une ignorance avancée de son caractère de Président du Venezuela.
6) Ces données sont complétées par au moins deux autres éléments apparus au cours des dernières heures et qui sont des signes confirmant l’utilisation du « scénario libyen ». D’une part, la déclaration d’un groupe présumé de créanciers (obligataires) qui auraient reconnu l’Assemblée Nationale comme leur seule contrepartie dans une renégociation de dette, et d’autre part, l’exposition de l’économiste Francisco Rodriguez (directeur de Torunos Capital) à travers son compte Twitter, du critère, en jurisprudence britannique et américaine, que seuls les gouvernements reconnus par la politique étrangère du Royaume-Uni et des États-Unis peuvent agir devant les tribunaux de ces pays. Cela impliquerait que des actifs tels que *Citgo* pourraient être placés sous le contrôle de ce gouvernement hypothétique issu du Conseil transitoire.
13 janvier 2019 @latablablog / traduction : Venesol