Roger Waters : empêcher le coup d’État de Trump contre la démocratie vénézuélienne

Waters explique son engagement dans une note du 6 février publiée sur sa page Facebook et intitulée : “Une des réponses que j’ai reçues à mon tweet «bas les pattes du Venezuela» est celle d’un vieil ami, un musicien vénézuélien expatrié”. Elle est publiée sous l’image et la célèbre réflexion de Simon Bolivar: “Les Etats-Unis paraissent destinés par la Providence à infester les Amériques de misère au nom de la démocratie
Appelons-le X.
Mon cher X.
Il y a deux jours j’ai tweeeté “US hands-off Venezuela” (« USA, bas les pattes du Venezuela ») et j’ai reçu l’habituelle charretée de critiques de tous ceux qui parlent au nom du peuple vénézuélien – la plupart d’entre eux sont blancs, de classe moyenne et vivent à New York. Et toi, mon cher ami, en guise de remontrance et dans l’espoir de m’instruire, tu as attiré mon attention sur une lettre ouverte écrite par une jeune femme du nom d’Adriana Kohlhofer et adressée aux “US Democratic Socialists”, à l’attention du Sénateur Bernie Sanders, des membres féminines du Congrès Cortez, Omar, Khanna et au courant complet de l’aile des Socialistes Démocratiques du Parti Démocrate. Tu m’as imploré de la lire. C’est ce que j’ai fait, et pour que d’autres sachent de quoi nous parlons, voici un lien vers cette lettre.
Je l’ai donc lue, et tout ce qu’on y trouve, c’est un polémique enflammée pour soutenir les sanctions états-uniennes et d’autres formes d’intervention au Venezuela dans l’espoir de provoquer un changement de régime. Un changement de régime destiné à faciliter l’adoption de politiques néolibérales comme le retour de l’industrie pétrolière aux mains du privé. C’est une vieille, vieille histoire, que nous avons tous entendue auparavant. Mon point de vue personnel est que les revenus du pétrole doivent continuer, autant que possible, à bénéficier au peuple vénézuélien à travers cette industrie nationalisée et relancée par Hugo Chavez, héros de la révolution, fils indigène de son et de votre pays et amèrement regretté par son peuple. Où en étais-je ? Ah oui, ayant lu la lettre d’Adriana Kohlhofer, je me suis demandé : qui donc est cette personne qui affirme parler au nom du peuple vénézuélien ? j’ai donc cherché sur Google. Vous allez rire:
Adriana Kohlhofer – Analyste de Gestion en Santé Privée @ Goldman Sachs.
Ok Adriana Kohlhofer, porte-parole du Venezuela, voici quelque chose qui vient réellement du peuple du Venezuela… Ci-dessous les résultats de l’étude conduite entre le 7 et le 20 janvier 2019 par Hinterlaces, une firme privée vénézuélienne de sondages connue et respectée, dirigée par le sondeur indépendant Oscar Schemel. Voici ce que répondent les vénézuéliens vivant au Venezuela.
Êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec les sanctions économiques et financières des Etats-Unis actuellement appliquées contre le Venezuela pour chasser le président Maduro du pouvoir ?
81% des vénézuéliens sondés répondent “je ne suis pas d’accord”.
Êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec l’hypothèse d’une intervention internationale au Venezuela pour chasser le président Maduro du pouvoir ?
78% des vénézuéliens sondés répondent “je ne serais pas d’accord”
Êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec l’hypothèse d’une intervention militaire internationale au Venezuela pour chasser le président Maduro du pouvoir ?
86% des vénézuéliens sondés répondent “je ne serais pas d’accord”.
En général êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec la tenue d’un dialogue entre le gouvernement national et l’opposition pour résoudre les problèmes économiques actuels dans le pays ?
84% des vénézuéliens sondés répondent “je suis d’accord”.
Hé bien, Adriana, comme vous voyez, ces résultats montrent ce que la majorité du peuple vénézuélien réel, qui vit réellement au Venezuela, considèrent comme le vrai récit, pas celui que vous vendez, Madame l’Analyste de Gestion de Santé Privée de @goldmansachs’, ou Donald Trump, ou Mike Pompeo, ou Isaac Abrams, ou John Bolton ou les grands médias soumis aux Etats-Unis ou aux acolytes également soumis au gouvernement des Etats-Unis au Canada et en Australie et dans l’Otan et dans l’Union Européenne et dans toute l’aile droite des dictatures et quasi démocraties dominées par les Etats-Unis en Amérique Latine et du Sud.
Les résultats du sondage expriment un cri du coeur, celui d’un peuple assiégé. Je n’ai pas plus le droit que vous de mettre des mots dans sa bouche, mais il me semble que son récit est plutôt celui-ci : “S’il te plaît, peuple des Etats-Unis, persuade ton président et son gouvernement de lever les sanctions mortelles et draconiennes que vous nous avez imposées, s’il vous plaît levez le blocus sur nos vies, et laissez-nous le temps et l’espace pour trouver notre propre chemin vers le rêve vénézuélien d’une société socialiste, stable, équitable. Nous sommes des gens fiers et pleins de ressources, nous avons parcouru une longue route depuis 1998, lorsque Hugo Chavez nous a remis sur la voie révolutionnaire. Votre intervention conflictuelle pousse notre nation au bord d’une guerre civile. Nous ne voulons pas être la prochaine Libye, Irak ou Syrie, arrêtez de nourrir les chacals parmi nous, s’il vous plaît cessez de planer comme des vautours sur nos champs de pétrole. S’il vous plaît, allez vous-en.”
Donc, ami musicien, je t’aime comme un frère, mais Mme l’Analyste en Gestion de Santé Privée n’est que ça, tout sauf un oracle, je ne saurai jamais pourquoi nous n’avons pas enfermé tous ces salopards après 2008, mais par pitié ne les laissons pas détruire votre beau pays pour quelques barils de goudron, qui est la seule chose qui les intéresse.
Love
Roger
Texte original : FB / Traduit de l’anglais par Thierry Deronne pour Venezuela infos

Adriana Kohlhofer, l’auteure de la lettre sur le Venezuela à laquelle Roger Waters a répondu, n’est pas seulement analyste pour Goldman Sachs, mais aussi fille d’un entrepreneur contractuel de la PDVSA et Odebrecht dans le domaine des télécommunications. Le père d’Adriana s’appelle Andrew Kohlhofer Lam, cadre supérieur chez Satelca, dont le siège social et les opérations se trouvent dans l’État d’Anzoátegui, engagé en 2013 par Converpro (formé par PDVSA et Odebrecht) pour le secteur des télécommunications du Deep Conversion Project à la raffinerie #PLC.
Il est à noter qu’Adriana n’est pas responsable des actions de Goldman Sachs en 2008, ni de celles de son père et de ses entreprises. Mais ce sont des données qui font partie du cycle de vie de toute personne qui, par choix, est exposée au public.
Adriana est la plus jeune des trois sœurs, sa dernière résidence au Venezuela était au Venezuela, elle vit aux Etats-Unis depuis 2004 après le divorce de ses parents. En 2013, elle a obtenu un diplôme en commerce et travaille actuellement pour Earnest Research, une société de recherche de données.
La lettre a été signée par huit autres personnes qui se présentent comme des « expatriés vénézuéliens » qui sont également liés à des secteurs de la bourgeoisie locale et sont actuellement employés par de grandes entreprises à l’étranger.
La Tabla : https://twitter.com/latablablog/status/1093891988364107776?s=20