Le Venezuela dans la géopolitique impérialiste : entre l’espoir et la guerre

Le 23 janvier dernier, il est apparu clairement pour le monde entier que les Etats-Unis dirigent une opération visant à imposer un « gouvernement fantoche » au Venezuela qui cédera le pays aux intérêts des sociétés multinationales et sous la direction de la politique américaine. Dans une interview à Fox Business, le conseiller du Pentagone a reconnu que son pays cherche à profiter économiquement du coup d’Etat, en affirmant : « Cela ferait une grande différence si les compagnies pétrolières américaines opèraient sur le sol vénézuélien ». 

C’est pourquoi Donald Trump lui-même a été le premier à reconnaître l’autoproclamé Juan Guaidó, une situation qui fait partie d’une nouvelle stratégie de coup d’État contre le gouvernement bolivarien et donc contre tout un modèle de développement et d’intégration construit à partir du Chavisme et inspiré du bolivarisme, du développement humain et des idées marxistes. Dès lors, il ne s’agit pas seulement de mettre fin à un gouvernement, mais d’anéantir un espoir qui a émergé avec Chávez face à un système politique et économique qui a plongé plus de trois milliards de personnes dans la misère, selon le PNUD.
L’enquête de Dan Cohen et Max Blumenthal, intitulée « C’est ainsi que les États-Unis ont fait le président Guaidó », révèle les liens de cet acteur politique de Washington au Venezuela avec des organisations telles que CANVAS, OTPOR, NED et la CIA, qui s’articulent dans un réseau qui se construit, finance et promeut des politiques de déstabilisation des gouvernements gênants pour les Etats-Unis, en utilisant toujours la démocratie et la liberté comme slogan d’une politique interventionniste et guerrière, c’est pourquoi le ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza a déclaré que « l’impérialisme est cynique et inhumain ». Ces stratégies ont été développées dans des pays comme l’Ukraine et la Libye, les différents modèles comprennent la promotion de la soi-disant guerre des clans, car il est nécessaire de développer une campagne de haine et de promouvoir la déstabilisation de l’économie et de l’Etat, générant inconfort, hystérie et incertitude dans la population. Le recrutement de Guaidó et d’autres jeunes Vénézuéliens comme Goicochea aurait commencé dès 2005 comme première phase de ces opérations après l’échec du coup d’État de 2002, un type d’intervention que les États-Unis avaient utilisé en Amérique latine au cours du XXe siècle. Depuis lors, le Venezuela est au centre de la politique interventionniste américaine qui va au-delà d’un plan de domination du pays ou de la région, mais s’inscrit dans la lutte pour l’hégémonie politique mondiale.
En comprenant la situation politique et économique actuelle du monde, nous pourrons mieux comprendre l’empressement agressif, désespéré et éhonté des États-Unis à mettre fin à la révolution bolivarienne. Actuellement, l’impérialisme américain se voit fragilisé, perdant son leadership dans le panorama politique et économique au profit de pays émergents comme la Chine et la Russie. Aujourd’hui, nous pouvons voir une nouvelle forme de guerre froide où, tout en laissant la question idéologique au second plan, deux visions du monde se confrontent : d’un côté un monde guidé par la tutelle imposée par l’appareil militaro-industriel des Etats-Unis, de l’autre l’émergence d’un ordre mondial multipolaire où le droit international et les relations de coopération prennent le pas sur la domination. Cependant, cette lutte implique la maîtrise des ressources énergétiques et la capacité d’influence politique dans toutes les régions du monde, une problématique très claire pour le président Nicolas Maduro.
Porte d’entrée de toute une région riche en ressources de toutes sortes, le Venezuela jouit d’une situation privilégiée d’un point de vue géopolitique. Au cours des deux dernières décennies, le pays a assumé un leadership important en Amérique latine avec les mouvements sociaux et les partis qui luttent pour la construction du socialisme, représentant ainsi un modèle de développement alternatif au capitalisme, qui à son apogée a mis l’impérialisme américain en échec par des politiques d’intégration qui ont inversé la corrélation des forces sur le continent et ont influencé la politique mondiale. Il suffit d’étudier l’histoire d’organisations comme l’ALBA, le CELAC et l’OEA pour s’en rendre compte. Enfin, le Venezuela est le pays qui possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, très près des États-Unis. C’est ainsi que, lorsque nous parlons de pouvoir, le fait de contrôler la patrie bolivarienne devient quelque chose de fondamental pour la compréhension de la politique mondiale, car si la révolution bolivarienne est maintenue, cela signifie que la Chine, la Russie, l’Iran et la Turquie peuvent compter sur un allié fort en Amérique latine, que le pétrole vénézuélien n’est pas à la disposition de l’appareil militaro-industriel américain dans le scénario d’un conflit majeur, que l’hégémonie du dollar est menacée par un nouveau schéma économique et commercial, et qu’un bloc régional capable d’influencer la construction d’un ordre mondial beaucoup plus équilibré peut renaître.
Donc, oui, nous parlons de violation du droit international, d’agression pure et simple contre la souveraineté d’un pays démocratique et indépendant et d’atteinte à l’histoire et à la dignité d’un peuple entier, mais nous parlons aussi du contrôle mondial. Aujourd’hui, défendre le Venezuela, c’est défendre tout ce qui représente la dignité des peuples et le droit à l’autodétermination et à la paix. L’inverse serait créer un terrible précédent pour l’humanité, où les pouvoirs, loin de promouvoir la démocratie, imposeraient leurs intérêts au détriment de la souveraineté et de la culture des plus petits pays.
C’est pourquoi, face à la nouvelle agression contre le Venezuela, des gouvernements, des mouvements sociaux et des partis du monde entier ont exprimé leur rejet des mesures américaines, appuyant le gouvernement et le peuple vénézuéliens. Par exemple, en Hongrie, le président du Partido Obrero, Gyula Thürmer, ainsi que le chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, ont rejoint la le mouvement de solidarité avec le Venezuela. Pour sa part, le Conseil national des syndicats des associations de jeunes et d’enfants de Russie a condamné la tentative de coup d’État en cours. De même, des mouvements et des personnalités éminentes de pays comme la Grèce, la Norvège, le Chili, l’Italie, l’Espagne, l’Argentine, la France, la Palestine, l’Équateur, le Costa Rica, les États-Unis et bien d’autres ont exprimé leur solidarité et ont même fait des propositions respectueuses pour la solution du conflit, comme dans le cas du Mexique et de l’Uruguay.
Actuellement, le rapport de forces dans le monde est le suivant : 34 pays sur 198 ont rejoint la politique interventionniste, en violation du droit international, tandis que les autres restent dans une position neutre ou franchement favorable comme la Chine, la Bolivie et la Turquie. Lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le Venezuela a obtenu avec 20 voix une nouvelle victoire diplomatique, comme il l’a fait à l’OEA, mais le pays bolivarien continue à être attaqué par les pays qui font partie de l’establishment et qui violent systématiquement les droits humains et la paix. Aujourd’hui, le Venezuela oscille entre l’espoir des peuples et la guerre de l’impérialisme.

David Gomez Rodriguez

Source : alba informazione / Traduction : Venesol