Quelle est la suite ?

Faisons un exercice de scénario : Après les innombrables défaites que l’impérialisme a subies depuis 1999 et cela, dans tous les domaines, dans ses tentatives de mettre fin à la révolution bolivarienne, l’objectif reste le même : détruire l’espoir du socialisme et s’approprier les ressources naturelle des Vénézuéliens. Afin que les grandes capitaux atteignent leur objectif, il faut nécessairement éloigner le président légitime, Nicolás Maduro, de son poste. Les deux voies probables pour y parvenir sont : constitutionnelle ou violente.

Quant à la première et selon l’article 233 de notre constitution, cela impliquerait : 1) la maladie du président, sauf qu’il montre des conditions de santé optimales ; 2) sa mort éventuelle, scénario dans lequel les drones, dans une tentative ratée, ont eu un rôle stellaire ; 3) la révocation du mandat, ce qui les oblige à attendre encore 3 ans pour un mi-mandat présidentiel, qui a commencé, légitimement et constitutionnellement, le 10 janvier 2019 ; 4) La démission du président, qui, ayant été élu le 20 mai 2018 par 68% des électeurs lors d’élections transparentes, universelles, directes et secrètes, a dit inlassablement qu’il ne démissionnerait pas.
La voie constitutionnelle n’est pas celle que l’impérialisme et ses porte-paroles locaux ont empruntée ces 20 dernières années. Entre autres pour des raisons, lié à leur caractère antidémocratique, c’est qu’au delà d’une hypothétique absence absolue du Président de la République, ils doivent satisfaire une autre exigence, celle de remporter les élections qui doivent se tenir au plus tard dans les 30 jours suivants.
Il leur reste, comme ils l’ont toujours fait, la voie de la violence : le coup d’État ou l’intervention militaire.
  1. Intervention militaire.
Les conditions d’une intervention militaire au Venezuela ne sont pas réunies. En voici quelques-unes des raisons.
La Chine et la Russie ont exercé leur droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU contre l’ingérence des Etats-Unis dans le territoire vénézuélien, même déguisés en aide humanitaire.
Trump n’a pas l’appui du Congrès des États-Unis et n’a donc pas les ressources nécessaires pour une intervention militaire au Venezuela. Le chef de la commission des affaires étrangères de la Chambre, Eliot Engels, a déclaré : « Je suis préoccupé par les commentaires du président [Donald Trump] insinuant qu’une intervention militaire reste une option. Je tiens à ce qu’il soit clair pour nos témoins et pour tous ceux qui nous regardent : l’intervention militaire des États-Unis n’est pas une option. La division entre démocrates et républicains au Congrès américain limite l’option militaire de Trump.
Les pays de la région qui composent le Groupe dit de Lima, à l’exception de la Colombie, ont rejeté l’intervention militaire au Venezuela. C’est ce qui a été déclaré lors de la récente réunion qui s’est tenue le 25 février à Bogota, en présence de Mike Pence, vice-président des États-Unis. En d’autres termes, ils se sont rétractés. Ils ne sont plus d’accord avec l’usage de la force, ils savent qu’un conflit armé sur le territoire vénézuélien transcenderait les frontières, s’étendrait à toute la région et mettrait le feu à tout le continent.
Ce scénario de rejet du recours à la force s’inscrit dans le cadre du soutien de la Chine et de la Russie au peuple vénézuélien. La Chine avec son incontestable puissance économique et la Russie avec sa puissance militaire évidente. Les deux pays, de conception pluripolaire et multicentrique, avancent depuis l’Est dans une Route de la Soie qui cherche à affronter l’hégémonie commerciale, financière et monétaire des Etats-Unis. Ils cherchent à affaiblir la suprématie du pétrodollar-papier avec l’or pétro-yuan. D’où leur intérêt à empêcher l’empire étasunien de devenir la première réserve de pétrole au monde et la première réserve d’or, un élément qui émerge comme la subsistance du nouveau système monétaire international. En clair, dans le conflit géopolitique mondial, les Vénézuéliens ont le joyau de la Couronne.
Un effet en cascade du renversement de la révolution bolivarienne entraînera à la fois la révolution nicaraguayenne et la révolution cubaine. Comme l’a dénoncé le Chancelier de la Russie, les deux pays, dans le cadre de la doctrine Monroe, seront les prochains objectifs. La Route de la Soie a besoin d’un canal du Pacifique à l’Atlantique Nord. Le Nicaragua est géographiquement stratégique.
Le Président du Sénat russe, face à une telle menace, a déclaré qu’ils feraient tout leur possible pour éviter une intervention militaire au Venezuela. Le Sénat russe a approuvé une déclaration avertissant les Etats-Unis que toute intervention au Venezuela serait interprétée comme un « acte d’agression ».
Le Brésil se trouve dans une position complexe, dont le vice-président Hamilton Mourão a affirmé qu' »il ne soutiendra pas l’utilisation de son territoire pour envahir le Venezuela », il a également déclaré que Brasilia s’efforce pour empêcher que la « crise » ne devienne un conflit régional, et a expliqué que toute présence militaire étrangère au Brésil doit être autorisée par le Congrès national, que le gouvernement Jair Bolsonaro ne doit pas permettre l’entrée des forces unilatéralement.
Le Brésil fait partie du BRICS, se tourner vers l’Est ou l’Amérique du Nord doit être un grand dilemme pour eux. Il semblerait, d’après les chiffres du Groupe de Lima, qu’il parie sur la Chine, la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud. Les Brésiliens doivent bien réfléchir aux implications qu’entrainerait le fait de tourner le dos à ces 4 pays qui, dans un nouveau monde et un ordre économique multipolaire, sont profilés comme les grandes puissances, avec beaucoup d’or et de grands marchés potentiels.
Les Etats-Unis menacent le peuple de Bolivar d’une intervention militaire dans un contexte où le vieux continent est non seulement divisé, mais politiquement affaibli par les tensions internes sur les effets des politiques néolibérales imposées à leurs peuples, un échantillon étant les gilets jaunes qui occupent le territoire français d’un samedi à l’autre.
Et même si l’impérialisme étasunien ait ses alliés habituels, les gouvernements de l’Angleterre, de la France et de l’Espagne, le reste des pays européens ont abandonné l’idée de l’usage de la force. « Il faut éviter l’intervention militaire » a affirmé la porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Maja Kocijancic.
Les investissements et les relations commerciales avec nos voisins du continent, mais aussi avec l’Europe, la Chine, la Russie, l’Inde, sont des facteurs qui influencent la décision de ces pays à éviter un conflit armé au Venezuela. Quarante-quatre pour cent des investissements chinois en Amérique latine entre 2005 et 2016 ont été concentrés au Venezuela, tandis que l’ambassadeur russe au Venezuela, Vladimir Zayemski, a déclaré très clairement que « Moscou réagira de la manière la plus « dure » si les investissements russes au Venezuela serait menacés ».
La réponse de la Force armée nationale bolivarienne, avec le soutien et la puissance militaire de la Russie face à une éventuelle intervention armée des Etats-Unis, est un facteur supplémentaire que l’impérialisme doit prendre en considération.
A tous ces facteurs s’ajoute la division interne entre les Continentalistes étasuniens du Republican Tea Party avec leurs compagnies pétrolières, industrielles et militaires qui continuent à parier sur l’hégémonie du pétrodollar-papier versus les Mondialistes, composé principalement par les démocrates menés par Clinton et Obama, qui travaillent pour un nouveau système monétaire international avec une monnaie mondiale unique, les mêmes personnes qui cherchent la destitution de Trump.
Dans ce contexte, où la plupart des pays du monde rejettent l’usage de la force par les Etats-Unis contre le peuple vénézuélien, Elliot Abrams, envoyé spécial de Trump au Venezuela, dont le bilan est éloquent et condamné dans le cas Iran-Contra, a déclaré : « Nous avons dit que nous n’allons pas utiliser la force, l’action militaire n’est pas l’idée ».
Après l’abîme des États-Unis, la question se pose : Quelle est la suite ?
La réponse a été donnée par Mike Pence en même temps qu’il reprochait à Guaidó l’échec de la prétendue « aide humanitaire », qui n’était rien d’autre que le déguisement d’une intervention militaire sur le sol vénézuélien et son incapacité à générer des désertions auprès des militaires des FANB (Forces armées nationales bolivariennes) pour rejoindre le coup d’état contre le président légitime et constitutionnel Nicolás Maduro.
Mike Pence a dit à Guaidó : « Nous avons encore beaucoup à faire… Nous allons continuer à isoler Maduro sur les plans économique et politique. »
William Brownfield, porte-parole de Trump, a avoué que « la meilleure résolution serait d’accélérer l’effondrement même s’il produit une période de souffrance de plusieurs mois, voire des années[pour les Vénézuéliens] ».
  1. Coup d’Etat
Si l’intervention militaire n’est pas le scénario le plus probable pour permettre à l’impérialisme de destituer le président Nicolás Maduro, le coup d’État est l’option qui leur reste par la voie inconstitutionnelle.
Pour cela, ils ont besoin, et ils le savent, de l’appui de la Force armée nationale, qui est aussi littéralement bolivarienne, y compris sa cinquième composante, la Milice. Il s’agit de plus de 300.000 hommes et femmes, en plus des 2 millions de miliciens unis à un peuple civil profondément et consciemment patriote.
Il est fort probable qu’ils poursuivront non seulement leurs efforts pour la fracturer, mais qu’ils les intensifieront. Ils persisteront dans leurs plans de déstabilisation économique et politique à l’intérieur du territoire, cherchant à faire pression et à soumettre nos soldats et nos milices.
Ces plans, qui, citant Brownfield, seront accélérés, ils ont été dévoilés en 2018 par Kurt Tidd, alors chef du U.S. Southern Command dans le document « Masterstroke to End Venezuela’s Dictatorship.
On peut y lire :
« Poursuivre le durcissement de la condition au sein des Forces armées afin de mener à bien un coup d’Etat ».
C’est dans ce même document qu’ils montrent leurs autres plans :
« Recruter des paramilitaires principalement dans les camps de réfugiés de Cúcuta, La Guajira et Norte de Santander… pour exacerber la division entre les membres du groupe gouvernemental, en révélant les différences dans leurs conditions de vie et celles de leurs partisans… pour générer protestations, émeutes et insécurité, pillages, vols, attaques… pour empêcher toutes importations et en même temps pour dissuader des investisseurs étrangers potentiels… pour organiser un plan visant la désertion des professionnels les plus qualifiés dans le pays, de les laisser sans professionnels du tout, ce qui aggravera encore davantage la situation interne et, en ce sens, se retournera contre le gouvernement […] encourager le mécontentement populaire en augmentant le processus de déstabilisation et les pénuries […] augmenter l’instabilité interne à des niveaux critiques, intensifiant la décapitalisation du pays, la fuite des capitaux étrangers et la détérioration de la monnaie nationale, par le recours de nouvelles mesures inflationnistes qui accentueront cette détérioration […]. »
En plus de former des groupes paramilitaires pour déclencher la violence, augmenter les pénuries et chercher à les augmenter avec la complicité des entreprises qui cachent de la nourriture et des médicaments aux Vénézuéliens depuis six ans.
Ils entraveront les importations de biens essentiels en bloquant nos ressources financières, en plus de s’attaquer davantage à la monnaie, ce qui a entraîné une hyperinflation, une pulvérisation des salaires réels et une contraction de l’économie.
Avec le soutien des médias, ils continueront à construire le discours selon lequel la responsabilité d’une telle situation incombe à Nicolás Maduro, à la révolution bolivarienne et, bien sûr, au modèle socialiste.
Son objectif est de semer la confusion et de soumettre la Force armée nationale bolivarienne afin qu’elle fasse pression pour le départ du président. Dans le même temps, épuiser les forces du peuple vénézuélien et compromettre ainsi l’appui à la révolution bolivarienne.
C’est ce scénario qui nous permet de répondre à une autre question que nous nous posons : Alors que les États-Unis sont au courant du droit de veto de la Chine et de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, pourquoi insistent-ils à continuer d’être battus en adoptant des résolutions contre le Venezuela ?
Maintenir le conflit avec le Venezuela à l’ordre du jour international fait partie de la stratégie qui s’inscrit dans les plans de l’impérialisme : insister pour créer une crise humanitaire et positionner la matrice de l’aide supposée pour justifier l’entrée sur le territoire vénézuélien.
Les résolutions présentées par les Etats-Unis devant le Conseil de sécurité de l’ONU, en position d’ingérence, appellent à de nouvelles élections présidentielles au Venezuela, ignorant celles de mai 2018 par lesquelles Nicolás Maduro avait remporté 67% des voix, mais elles insistent également sur une prétendue crise humanitaire et exigent la livraison de l’aide humanitaire.
Cette stratégie n’est pas nouvelle non plus, elle a été révélée en 2016 dans le document Opération liberté 2, également signé par Kurt Tidd.
Nous pouvons y lire :
« Il est particulièrement intéressant, dans les circonstances actuelles, de positionner la matrice que le Venezuela entre dans une phase de crise humanitaire due au manque de nourriture, d’eau et de médicaments, et de continuer à gérer le scénario où le Venezuela est « proche de l’effondrement et de l’implosion », exigeant de la communauté internationale une intervention humanitaire pour maintenir la paix et sauver des vies… L’Etat et sa politique de contrôle doivent être tenus pour responsables de la stagnation économique, l’inflation et la pénurie. »
D’où l’intérêt de maintenir le Venezuela dans l’agenda public international. Ils reviendront avec plus de force au Conseil des droits de l’homme et au Conseil de sécurité de l’ONU sous prétexte de la prétendue crise humanitaire.
  1. Remise du pouvoir
Dans cet exercice d’élaboration de scénarios, un autre peut survenir : la prise de décisions politiques, en particulier économiques, en échange du maintien au pouvoir du chef du gouvernement. Et bien que dans l’exercice aucun scénario ne doit être écarté, dans ce cas, nous le rejetons.
Dans le cadre de cette lutte, qui est un rapport de forces entre les classes, qui se manifestent dans la confrontation des principes du capitalisme versus le socialisme, qui montre la contradiction de l’empire-nation souveraine, le président Maduro s’est montré loyal envers les travailleurs, restant sourd face aux intérêts des capitalistes, cela est synonyme de souveraineté et d’indépendance, de loyauté envers son peuple et donc à l’héritage de Chávez.
Bref, le scénario le plus probable est qu’ils continueront de l’intérieur et désormais avec plus de force. Ils chercheront à déstabiliser la situation économique et politique afin de briser la Force armée nationale bolivarienne et de soumettre le peuple vénézuélien et ainsi faire pression pour une sortie de Nicolás Maduro. Au niveau international, ils maintiendront à l’ordre du jour la prétendue crise humanitaire et le besoin d’aide pour entrer dans notre territoire.
Nous avons été prévenus. Nous avons de bons et solides alliés. Nous avons aussi des ressources et de la richesse, la première réserve mondiale de pétrole et d’or. Nous avons un peuple conscient uni à une Force armée nationale, fruit de Chávez et Bolívar, toujours fidèle à sa patrie et jamais traître, qui refuse de recevoir des ordres de l’impérialisme étasunien.
Eux, l’empire et ses alliés, continueront d’être vaincus.
Pasqualina Curcio Curcio
Red Angostura / traduction : Venesol