Interview de Diosdado Cabello, président de l’Assemblée Nationale Constituante

Les États-Unis sont passés à la phase de sabotage pour faire sauter le système électrique, les lignes téléphoniques et laisser les quartiers sans eau. Le métro ne fonctionne pas, les bus privés veulent être payés en liquide, en partie parce que le système informatique ne fonctionne pas.
Bien sûr, le résultat des sabotages répétés sera visible dans les secteurs les plus vulnérables de la société vénézuélienne : les malades, les personnes âgées, les pauvres qui devront jeter la nourriture stockée dans le réfrigérateur de chaque maison, dans un pays tropical où la chaleur est d’au moins 27 degrés. Dans les quartiers riches, les problèmes ne se font pas sentir à cause des générateurs qui produisent de l’électricité, des réserves d’eau et surtout de l’argent : elles peuvent payer en espèces, même en dollars.
Le peuple chaviste montre son soutien au gouvernement de Nicolás Maduro lors de la journée anti-impérialiste du 9 mars : la date à laquelle, en 2015, Obama a imposé des sanctions au Venezuela, définissant le pays comme « une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité des Etats-Unis ».
Au cours de la manifestation, nous avons eu l’occasion de mener cette interview exclusive avec Diosdado Cabello, président de l’Assemblée nationale constituante.
 
En ce moment, une délégation de l’ONU envoyée par la Haute Commissaire aux Droits de l’Homme, Michelle Bachelet, arrive dans le pays. Qu’en attendez-vous ?
Nous les avons invités à venir voir la réalité du pays qui est totalement différente de l’histoire que racontent les médias hégémoniques et locaux comme La Patilla ou El Nacional. Ici, il y a un Venezuela en paix et l’opposition n’est pas une force unie, capable de diriger le pays que dépeignent les médias que j’ai mentionnés : ce n’est pas pour rien. Ils verront qu’ici, il y a un peuple chaviste prêt à défendre sa révolution.
Pour les Etats-Unis, l’option militaire est toujours sur la table et Juan Guaidó parcourt le pays pour essayer d’organiser la subversion intérieure. Qu’est-ce qui se prépare ?
 Ils ont échoué en tout. Maintenant, ils n’ont plus que la possibilité de recourir à nouveau à la violence. Lancer une grève alors que tu sais que tu ne peux pas compter sur la classe ouvrière, sur les femmes, sur les secteurs populaires est un autre mensonge et le dernier recours : une nouvelle défaite annoncée. Ils pratiquent déjà la sabotage pour en rendre le Gouvernement responsable, maintenant, ils pourraient passer à la violence sélective, aux bombes, en s’appuyant sur le soutien de l’impérialisme étasunien qui répercute ses mensonges à l’échelle internationale. Pendant la IV° République, nous avons déjà vu comment ceux qui posaient des bombes se réfugiaient ensuite aux Etats-Unis, selon le double discours habituel : lancer la pierre et retirer sa main : encourager le terrorisme et dire qu’on est contre le terrorisme, avec l’hypocrisie habituelle. En 20 ans de gouvernement, nous avons appris à reconnaître les différents moments et à les affronter. Maintenant, nous sommes dans un nouveau cycle : un processus de violence dangereux peut commencer. Au plus l’opposition dirigée par les Etats-Unis échoue, au plus les éléments les plus radicaux de l’extrême-droite s’enracinent et adoptent des positions qu’ils n’avaient pas auparavant. Cependant, maintenant, ils sont de nouveau très divisés. Nous l’avons vu sur la frontière avec la Colombie quand ils ont engagé des mercenaires guarimberos qu’ils n’ont probablement pas payés et qui, maintenant, ne sont plus aussi prêts à faire ce qu’ils veulent. Hier, à Caracas, s’est produit un événement emblématique : un vice-président de l’Assemblée Nationale a été expulsé d’un restaurant essentiellement fréquenté par l’opposition, sans doute à cause de ses positions : il demande l’intervention militaire contre le Venezuela. La violence qu’ils cherchent à imposer s’est retournée contre eux.
Est-il vrai que le Gouvernement Bolivarien se prépare à porter plainte pour crimes contre l’humanité ?
 Oui, le Ministre de la Communication, Jorge Rodríguez, l’a annoncé et nous sommes en train de préparer le rapport pour dénoncer les responsables du sabotage avec les noms et les prénoms, en commençant par le sénateur étasunien Marco Rubio: un auteur de génocides comme Pompeo, des gens habitués à toujours gagner. Quand ils ne gagent pas, ils trompent et quand ils n’arrivent pas à gagner de cette façon, ils tuent. Ce sont des gens incompétents qui ne comprennent pas la politique, ne comprennent pas que les peuples veulent être libres et ne pas être soumis aux grands groupes économiques.
 
Y a-t-il des chiffres qui donnent une estimation des dégâts causés par le sabotage ?
 Nous nous en occupons. Hier, dans la soirée, j’ai parlé avec le Ministre de la Santé lors d’une réunion d’urgence. Il m’a dit que 2 personnes qui étaient en soins intensifs sont mortes pendant qu’il n’y avait plus d’électricité. Les 30 secondes nécessaires pour activer la procédure d’urgence ont été fatales aux malades mais un grand nombre de personnes ont été sauvées grâce à l’action des infirmières, des médecins et des travailleurs de la santé qui ont fait marcher à la main les machines pour aider les patients qui étaient dans un état critique. Celui qui a donné l’ordre de couper l’électricité, de saboter, est un criminel génocidaire. Après, ils prétendent pleurer sur ceux qui meurent dans les hôpitaux, sur les enfants. Ils sont hypocrites et criminels. Notre tâche est de continuer à travailler pour construire et renforcer un autre modèle de pays.
Dans n’importe quel pays du monde, les actions de Juan Guaidó seraient punies par la loi. Pourquoi cela n’arrive-t-il pas ici ?
 La justice suit son cours, ce n’est ni mon rôle ni celui du Président d’anticiper. Cependant, je suis convaincu que la justice se fera.
Le Gouvernement italien, bien qu’avec de nombreux conflits intérieurs, a en une position différente de celle de la plupart des pays européens. Que pensez-vous de cette attitude ?
 Je préfère m’adresser au peuple italien parce que c’est grâce à la pression des peuples que certains Gouvernements ne se sont pas alignés complètement sur celui des Etats-Unis. Nos référents principaux sont les peuples, les classes populaires. Ici, au Venezuela, il y a beaucoup d’Italiens ou d’Espagnols ou de citoyens d’autres pays européens. Quand un pays comme l’Espagne soutient l’invasion militaire du Venezuela, cela signifie qu’il ne tient aucun compte de la sécurité de ses citoyens parce qu’on sait que les bombes ne font pas de différence. Au moins, le Gouvernement italien a montré qu’il avait cette préoccupation et cela doit être reconnu. Cependant, je le répète, notre reconnaissance va au peuple italien, à la pression que les peuples ont exercée sur leurs Gouvernements.
Par Geraldina Colotti
Source en espagnol : RL / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos