Alfred de Zayas : En fait, l’OEA soutient un coup d’État de droite

Alfred de Zayas, ancien expert de l’ONU pour le Venezuela commente les mesures de l’OEA contre Caracas.

Comment la résolution de l’OEA sur le Venezuela est-elle perçue du point de vue du droit international ?
On pourrait l’appeler contra-legem, une absurdité juridique. Premièrement, l’OEA n’a pas de compétence pour reconnaître les chefs d’État. Cette compétence appartient exclusivement au peuple vénézuélien et Juan Guaidó n’a pas élu, il n’était même pas candidat à la présidence. L’article 233 de la Constitution vénézuélienne ne s’applique tout simplement PAS au cas de Guaidó. Si Maduro décède ou s’il est incapable d’exercer ses fonctions, c’est la vice-présidente vénézuélienne, Delcy Rodriguez, qui deviendra présidente par intérim. Ce qui est choquant, c’est que cette décision de l’OEA a clairement violé sa Charte, y compris les articles 3, 19 et 20. De plus qui est ce Gustavo Tarre, le « délégué » de Juan Guaidó, qui prétend le représenter ? Un ambassadeur à l’OEA doit représenter le président de jure, qui n’est pas Guaidó, tout le reste est une mascarade. Guaidó n’est même pas un président de facto, puisqu’il n’exerce pas de pouvoir exécutif au Venezuela et que toutes les décisions de l’Assemblée nationale (dans l’illégalité – au mépris du tribunal) ont été déclarées nulles par la Cour suprême du Venezuela. Dans tout pays où il y a séparation des pouvoirs, c’est toujours le pouvoir judiciaire qui a le dernier mot. Tarre serait « représentatif » d’un gouvernement qui n’existe pas, puisque jusqu’à présent c’est Nicolas Maduro qui exerce le pouvoir exécutif au Venezuela et a la loyauté de la majorité des gouverneurs et des maires du pays.
Quels sont les risques encourus par l’organisation internationale ?
En se pliant aux souhaits des États-Unis, l’OEA mine sa crédibilité et son autorité. Que reste-t-il de l’indépendance et de l’objectivité de l’OEA ou de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, qui est censée défendre la démocratie et l’État de droit ? L’OEA soutient en fait un coup d’État de droite qui ne s’est pas matérialisé, mais qui menace de se transformer en guerre civile.
Ce qui est choquant, c’est que ceux qui ont voté en faveur de la reconnaissance de l’imposteur ne semblent pas se rendre compte qu’il s’agit effectivement d’un danger pour eux-mêmes. Qui sera le prochain ? C’est l’impérialisme des États-Unis dans ce qu’il a de pire – avec la complicité des États latino-américains qui, eux, devraient être mieux informés.
Quelles contre-mesures le gouvernement vénézuélien devrait-il prendre ?
Pour l’instant, aucune contre-mesure n’est requise. La décision de l’OEA de reconnaître un usurpateur n’a pas de conséquences réelles au Venezuela et n’est que symbolique. Cela pourrait devenir une victoire à la Pyrrhus pour Guaidó et la rendra probablement encore plus ridicule aux yeux du monde – pas, bien sûr, aux yeux des États-Unis, qui ne peuvent plus attendre pour s’approprier les ressources naturelles du Venezuela. La décision de l’OEA pourrait bien sûr être le prélude au pillage massif des ressources naturelles du Venezuela par les États-Unis et les oligarques vénézuéliens à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela – surtout si Nicolas Maduro connaît le même sort que Salvador Allende en 1973. Mais peut-être que le château de cartes de Guaidó s’effondrera-t-il bientôt. C’est triste de voir comment des pays apparemment attachés à la démocratie, à la primauté du droit et aux droits de la personne trahissent tous ces principes sous la pression et l’intimidation constantes des États-Unis. Il est également triste que les médias grand public poursuivent leur campagne de désinformation. Souvenons-nous de l’Irak et de 2003. Fausses nouvelles, lois fantaisistes, simulacre de diplomatie.
Interview réalisée par Alessandro BIanchi et Fabrizio Verde
Source : l’antidiplomatico / Traduction : Venesol