Le Venezuela face aux créateurs du chaos

Le Venezuela est soumis à une intense thérapie du chaos. Campagnes médiatiques systématiques, lobbying permanent, tendance à commettre des actes violents contre des secteurs de la classe moyenne, le tout dans le cadre d’un plan bien établi.
Le peuple vénézuélien a démontré sa capacité de résistance face aux tentatives déstabilisatrices du gouvernement des États-Unis.
Le Venezuela est soumis à une intense thérapie du chaos. Campagnes médiatiques systématiques, lobbying permanent, tendance à commettre des actes violents contre des secteurs de la classe moyenne, le tout dans le cadre d’un plan bien établi.
La guerre économique provoque la pénurie. Les habitudes de consommation enracinées dans la culture bourgeoise sont affectées. Les attaques constantes génèrent des sentiments d’insécurité, de peur et d’anxiété ; elles maintiennent les gens dans un climat de haine, les amènent à la limite de la résistance, les inondent de mensonges, les mobilisent et tirent habilement les ficelles de cette haine et transforment la population en une bombe à retardement, prête à exploser à tout moment.
On « prépare » le terrain dans le but de provoquer une grande confusion mentale, face à une avalanche de faits, de messages, de fausses nouvelles, de pénuries, de manque d’eau, de pannes de courant, d’attentats, etc. « Les citoyens sombrent dans un tel état de régression tel qu’ils ne peuvent ni penser rationnellement ni protéger leurs intérêts », précisent les manuels de la CIA. Une fois dans cet état, de nombreuses personnes sont facilement manipulables et, selon l’Agence, elles peuvent renoncer à leurs croyances.
C’est ainsi que fonctionne la stratégie : une attaque terroriste, l’effondrement du marché, la guerre, un ouragan, de grandes coupures d’électricité, sont capables de réduire la population d’un pays à un état de chaos collectif, de briser la volonté des sociétés, d’avoir raison de leur capacité de mobilisation et de réponse.
Lors du coup d’État au Chili en 1973, alors que les forces armées déployaient un contingent impressionnant contre le Palais de la Moneda, sauvagement bombardé dans le but de terroriser, de paralyser la population, les forces répressives investirent les usines et les localités, arrêtant et assassinant des centaines de personnes dès les premières heures.
Des blindés, des avions, des canons et des centaines de soldats furent lancés contre une poignée de fidèles restés auprès du président Salvador Allende.
Le pays vivait depuis des mois dans une tension permanente et la rumeur d’un coup d’État grandissait. Les militaires déclenchèrent une répression féroce contre les partisans de l’Unité populaire (UP), qui se solda par des milliers d’arrestations et des centaines de morts.
Le plan avait été élaboré à l’avance. Ils connaissaient les noms et les lieux, ils portèrent leurs coups sur des endroits bien précis pour paralyser la résistance. Selon les témoins, plus qu’à obtenir des renseignements, les tortures infligées visaient à briser l’individu.
Avant le putsch, de grandes coupures de courant avaient également eu lieu au Chili, afin de semer le désespoir, la peur et l’anxiété.
En Argentine, le scénario du coup d’État fut aussi élaboré au préalable dans les moindres détails. Ils sont allés directement là où se trouvaient les dirigeants syndicaux, les collectifs ouvriers qui pouvaient résister à la politique néolibérale, qui servait de plateforme aux militaires et à leurs chefs. La machinerie de la terreur avait pour but d’éliminer physiquement et psychologiquement une génération entière. L’expérience de la CIA en matière de torture, visant à déshumaniser les prisonniers, à les priver de leur identité, à « les effacer en toute sécurité », servit de modèle à la thérapie de choc.
Électrochocs, suffocations par immersion, privation du sommeil, induction de sommeil prolongé, isolement sensoriel furent autant de méthodes employées et qui sont utilisées aujourd’hui contre les prisonniers du camp de détention illégal situé à Guantanamo, dans l’est de Cuba.
LES MÊMES OBJECTIFS
Dans tous les pays d’Amérique du Sud, les grandes transnationales ont non seulement offert leurs locaux pour créer des centres de torture, comme ce fut le cas avec Ford, mais elles ont aussi collaboré avec les militaires, en leur livrant les noms des dirigeants syndicaux, des travailleurs « mécontents », et elles ont pris part au projet de construction de l’État néolibéral.
L’enlèvement des enfants de prisonniers nés en captivité, pour les confier à de nouvelles familles de droite (militaires, fonctionnaires, politiciens) s’inscrivait dans le projet de destruction d’une génération.
Le Cône Sud fut le terrain du chaos pour parvenir à implanter la domination économique des sociétés transnationales ; les coups d’État furent suivis du chômage, de la précarité des salaires, de la mise sous contrôle des syndicats survivants et des politiques d’austérité.
L’ÉTAT DE CHOC
« À cet égard, l’exemple le plus probant est le choc du 11 septembre [2001], qui, pour des millions de personnes, fit voler en éclats le « monde familier ». Il déclencha du même coup une période de désorientation et de régression que l’administration Bush exploita de main de maître. Soudain, nous nous retrouvions en quelque sorte en l’an zéro. Tout ce que nous savions du monde relevait d’ »avant » la catastrophe [1]
La doctrine du choc reproduit ce processus pas à pas, dans sa tentative de réaliser à grande échelle ce que la torture individuelle accomplit en salle d’interrogatoire : détruire la capacité de réponse d’une société, annihiler les sentiments de solidarité et de soutien collectif, faire de l’individu un être craintif et individuel, dont le seul but est la survie.
Une armée de spécialistes fut rapidement mobilisée pour créer des expressions nouvelles et suggestives à propos de notre conscience post-traumatique : « choc des civilisations », « axe du mal », « fascisme islamique », « sécurité nationale »…
Dans un monde préoccupé et absorbé par de nouvelles guerres culturelles meurtrières, l’administration Bush est parvenue à réaliser ce dont elle rêvait à peine avant le 11 septembre : mener des guerres privées à l’étranger et construire un conglomérat d’entreprises de sécurité sur le sol nord-américain.
LE VENEZUELA RÉSISTE
Contre toute logique impériale, le Venezuela résiste. Washington s’est heurté à un obstacle que les superordinateurs et les super-agents et professionnels du chaos ne peuvent expliquer : l’insubordination, la conviction qu’il faut résister.
Des millions d’hommes et de femmes brandissent cette bannière : la solidarité pour résister aux maîtres de la terreur, au chaos et à la menace de l’ingouvernabilité.
Après l’acte de sabotage perpétré contre le système de la Centrale hydroélectrique Simon Bolivar, le président de la République bolivarienne du Venezuela, Nicolas Maduro, a exhorté à reprendre les activités scolaires dans la résistance.
Les activités scolaires, qui avaient été suspendues après les attaques contre le Système électrique national (SEN), ont repris le 3 avril : « Au milieu de la bataille, le mieux c’est de retourner en classe, faisons un effort, car nous sortirons victorieux », a déclaré le chef de l’État, en réponse à la guerre planifiée et menée par les États-Unis pour aggraver les difficultés du pays.
Le gouvernement a chargé le ministère du Pouvoir populaire pour l’Éducation de reprogrammer l’année scolaire et de rattraper les journées perdues.
Le dimanche 31 mars, un plan de 30 jours pour passer à un régime de gestion et d’équilibre de la charge, avec l’objectif de restaurer progressivement le service national d’électricité au peuple vénézuélien, est entré en vigueur.
Le peuple vénézuélien répond à chaque attaque, à chaque tentative de déstabilisation, une réponse qui ne cesse d’étonner le monde et qui devrait constituer un signal d’alarme pour les maîtres du chaos. Les valeurs ancrées par la Révolution bolivarienne et chaviste constituent sont le principal antidote contre la stratégie du choc. •
Raul Antonio Capote, 9 avril 2019
[1] Naomi Klein. « La Stratégie du choc : la montée d’un capitalisme du désastre ».
Granma