Chronologie des mesures coercitives contre le peuple vénézuélien

Ce rapport a été produit par la professeur Pasqualina Curcio à la demande de la Fondation latino-américaine des Droits humains FUNDALATIN, dans le cadre de la 40e session du Conseil des Droits humains de l’ONU et de la visite de la Commission technique envoyée au Venezuela par la hautcommissaire des Droits humains Michelle Bachelet. Ce document est de grande valeur parce qu’il fait une évaluation systématique et rigoureuse de l’impact réel des mesures coercitives et de la guerre économique imposées au Venezuela.
En plus de l’impact signalé, la professeure Curcio insiste : le gouvernement national ne doit pas seulement dénoncer ces mesures et la guerre économique, mais il doit aussi utiliser les mécanismes des instances internationales respectives pour passer de la dénonciation formelle à la lutte au plan légal.
« Les États-Unis préparent de nouvelles et importantes sanctions contre le Venezuela.» Voilà le titre de plusieurs journaux du monde, le 12 mars. Cette information a été transmise par Elliot Abrams, envoyé spécial du gouvernement de Donald Trump au Venezuela.
D’autres porte-paroles de la Maison Blanche ont fait des déclarations semblables. Récemment et dans le même style que le « faire grincer l’économie » de Richard Nixon alors qu’il parlait du Chili au début des années 1970, l’ancien ambassadeur des É.-U. au Venezuela William Brownfield a dit; « En sanctionnant Petróleos de Venezuela SA  (PDVSA) cela aura un impact sur tout le peuple, sur le citoyen. Le raisonnement est que le peuple va tellement souffrir par manque de nourriture, sécurité, médicaments, santé publique, que la meilleure solution sera d’accélérer la chute avec une période de souffrances qui durera des mois ou peut-être des années ».
Depuis 1999, le peuple vénézuélien est victime d’agressions systématiques de la part des gouvernements des É.-U. Rappelons-nous du sabotage en novembre 2002 de la principale industrie du pays, Petróleos de Venezuela. L’entreprise génère 98% des revenus en devises pour la nation, et sa paralysie a fait perdre 16 milliards $US à l’économie du Venezuela.
Depuis 2013, suite au décès de président Hugo Chávez et au début du premier exercice de Nicolás Maduro, le gouvernement des É.-U. a repris ses attaques contre le peuple du Venezuela. En le faisant sous le manteau au début, mais, avec le temps, non seulement elles sont devenues plus ouvertes et formelles mais aussi plus intenses.
Il s’agit d’attaques économiques qui ne se sont pas limitées à des mesures coercitives unilatérales comme le blocus financier et commercial, sinon aussi à des attaques contre notre monnaie, le bolivar, produisant une hyperinflation et une déstabilisation de tous les secteurs de l’économie qui ont conduit à un repli de la production nationale, affectant ainsi toute la population du Venezuela. Il s’agit là d’une guerre économique.
Les attaques économiques font partie d’un plan dont l’objectif est de renverser le gouvernement constitutionnel, légitime et démocratiquement élu au Venezuela, en provoquant la déstabilisation économique et politique, tout en voulant en rendre responsable le gouvernement bolivarien et son modèle, pour ainsi miner l’appui populaire et diviser les Forces armées nationales bolivariennes et provoquer une coup d’État.
Ce plan est décrit dans deux documents du commandant du Southern Command des É.-U., Kurt Tidd. Le premier : Opération Venezuela Liberté-2 et le deuxième Coup de maître pour en finir avec la dictature du Venezuela.
Dans ces documents ont peut lire: « Intensifier le renversement définitif du chavisme avec l’expulsion de son représentant, miner l’appui populaire…   – Continuer à compliquer la vie dans les forces armées pour en arriver à un coup d’État…   – Augmenter l’insatisfaction  populaire en déstabilisant et en invoquant la pénurie…pour rendre encore plus critique la vie du peuple… – Amener l’instabilité interne à un niveau critique, intensifier la décapitalisation du pays, la fuite du capital étranger et l’affaiblissement de la monnaie nationale, en appliquant de nouvelles mesures inflationnistes qui provoquent davantage de détérioration …- Bloquer toutes les importations et en même temps décourager les investissements étrangers.»
Dans ces plans, qui ont besoin de l’appui de la communauté internationale pour une éventuelle entrée sur le territoire vénézuélien, le gouvernement des É.-U. a comme stratégie de provoquer une crise humanitaire, qui justifie l’intervention d’une aide humanitaire. On peut lire dans les documents : « Dans les circonstances actuelles, il est important d’insister sur le fait que le Venezuela entre dans une étape de crise humanitaire par manque d’aliments, d’eau, de médicaments; il faut continuer à présenter le scénario du Venezuela ‘tout près de tomber et d’imploser’ » tout en demandant à la communauté internationale de faire une intervention humanitaire pour maintenir la paix et sauver des vies…Il faut rendre l’État et sa politique de contrôle comme responsable de la stagnation économique, de l’inflation et de la pénurie».
Il ne faut pas oublier de mentionner que l’attaque terroriste et criminelle au système d’électricité  national du 7 mars faisait partie des plans pour créer le chaos et la déstabilisation. En est résulté une coupure d’électricité, d’eau et des communications dans tout le pays pendant presque trois jours, mettant en danger la vie des Vénézuéliens et portant ainsi atteinte à leurs droits humains.
Dans ce rapport, nous aborderons surtout l’impact des attaques économiques sur le peuple vénézuélien. Nous soulignerons les mesures coercitives unilatérales, c’est-à-dire, les sanctions et le blocus financier et économique, comme l’attaque contre la monnaie. Nous indiquerons la méthodologie utilisée pour évaluer les pertes dues aux attaques ainsi que la source de l’information.
Chronologie des mesures coercitives contre le peuple vénézuélien
Décembre 2014. Le Congrès des É.-U. approuve la Loi 113-278 «Loi publique de défense des Droits humains et de la Société civile du Venezuela»  qui trace la route de la politique des É.-U. envers le Venezuela et pour que d’autres pays sous son influence prennent des mesures coercitives unilatérales contre le Venezuela.
Mars 2015. Barack Obama émet le Décret-loi 13692 qui déclare le Venezuela comme étant «une menace inhabituelle et extraordinaire à la sécurité nationale et à la politique extérieure des É.-U.»
Mai 2016. La banque Commerzbank (Allemagne) ferme les comptes détenus par plusieurs institutions et banques publiques vénézuéliennes et par Petróleos de Venezuela SA (PDVSA).
Juillet 2016. La banque états-unienne Citibank coupe unilatéralement le service des comptes correspondants en monnaie étrangère des institutions vénézuéliennes aux E.-U., dont ceux du Banco Central de Venezuela (BCV).  – Les agences de notation mettent le Venezuela au sommet des risques financiers (2640 points), encore plus que pour les pays en guerre, même si le pays a honoré ses engagements de dette extérieure. Depuis 2013, le Venezuela a payé 63,566 milliards $US, même si l’indice a augmenté de 202% durant cette période, passant de 768 en 2012 à 2323 en 2016. Chaque tranche de100 points de risque équivaut pour le pays à une hausse de 1% du taux d’intérêt.
Août 2016. Novo Banco (Portugal) se déclare incapable de faire des opérations en dollars avec les banques vénézuéliennes à cause des pressions exercées par les banques correspondantes de cette institution.
Septembre 2016. Le gouvernement du Venezuela offre d’échanger 7,1 milliards $US en bons PDVSA afin d’alléger l’amortissement et refinancer ses obligations. Les trois grandes agences de notation des É.-U. font peur aux investisseurs en menaçant de les déclarer en défaut de paiement, s’ils acceptent la proposition vénézuélienne.
Novembre 2016. La banque JP Morgan émet une fausse alerte sur un supposé défaut de paiement de 404 millions $US.   – La pétrolière états-unienne Conoco Phillips poursuit PDVSA devant une cour du Delaware, É.-U. pour une opération d’échange de bons, dans l’intention de faire peur aux participants et contrecarrer l’opération.
Décembre 2016. L’entreprise Crane Currency, retarde l’émission de nouveaux billets, alors qu’elle est fournisseuse de billets du Département du Trésor et qu’elle est sous contrat avec l’État du Venezuela pour le faire.
Juillet 2017. L’entreprise Delaware Trust, agent de paiement des bons de PDVSA, dit que la banque correspondante (PNC Bank) aux É.-U. refuse de recevoir les fonds en provenance de la pétrolière vénézuélienne.   – Citibank (É.-U.) refuse de recevoir l’argent du Venezuela pour l’importation de 300 000 doses d’insuline.  – Le Département du Trésor des É.-U., par le biais du Bureau de contrôle des actifs à l’étranger  (OFAC), émet des sanctions contre un groupe de fonctionnaires vénézuéliens, incluant le Président de la République, Nicolás Maduro Moros, le lendemain de la célébration de l’élection de l’Assemblée nationale constituante.
Août 2017. La banque suisse Crédit Suisse défend à ses clients de faire affaire avec le Venezuela.
Octobre 2017. Le blocus financier des É.-U. fait en sorte que le Venezuela ne peut pas déposer à la banque suisse UBS les fonds pour des vaccins et des médicaments achetés par le Fondo Rotario y Estratégico de la Organización Panamericana de la Salud, ce qui provoque un retard de 4 mois pour obtenir les vaccins, nuisant ainsi aux programmes de vaccination du pays.
Août 2017. Bank of China (BOC-Panamá) informe que, suite aux instructions du Département du Trésor des É.-U. et à des pressions du gouvernement du Panama, elle ne pourra plus réaliser aucune transaction en devises pour le Venezuela. Des banques russes se déclarent dans l’impossibilité de faire des transactions avec des banques vénézuéliennes à cause des restrictions imposées par les banques correspondantes aux É.-U. et en Europe. – BDC Shandong, évoquant des raisons administratives, paralyse une transaction de 200 millions $US pour le Venezuela, même si les fonds avaient été versés par la République Populaire de Chine. – Donald Trump émet le Décret-loi 13808: «Imposition de sanctions sur la situation au Venezuela » qui stipule les interdictions suivantes :
Que le gouvernement vénézuélien acquière des nouvelles dettes à échéance supérieure à 30 jours.
Que PDVSA acquiert une nouvelle dette à échéance supérieure à 90 jours.
L’obtention d’actions par le gouvernement du Venezuela.
Le paiement de dividendes ou la distribution de profits au gouvernement du Venezuela provenant d’entreprises aux É.-U., ce qui affecte particulièrement la raffinerie CITGO.
-L’entreprise Euroclear, chargée d’une partie des bons souverains du Venezuela, gèle les opérations de liquidation des titres, alléguant des raisons de « révision ». À date, Euroclear retient 1,600 milliards $US qui ne peuvent plus bouger.
Septembre 2017. Le Département du Trésor, par le biais du Réseau du contrôle des crimes financiers (FINCEN), émet l’alerte «drapeaux rouges» pour imposer un système de vigilance et de contrôle sur les transactions financières du Venezuela pour empêcher le paiement de nourriture et de médicaments.
Une commande de 300.000 doses d’insuline, payée par le Venezuela, ne peut arriver au pays parce que Citibank boycott l’achat de cet important produit.  – Le déchargement de 18 millions de caisses de nourriture pour le programme Comité locaux de fourniture et de contrôle des prix est interrompu suite à des complications imposées par le système financier des É.-U. – Le Venezuela est ajouté à la liste des pays dont les ressortissants ne peuvent voyager aux É.-U. Cette interdiction s’applique seulement aux fonctionnaires du gouvernement du Venezuela.
Octobre 2017. La raffinerie PBF Energy, cinquième grande importatrice états-unienne de pétrole du Venezuela suspend ses achats à PDVSA.Le Canada approuve le projet de loi S-226 qui l’autorise à imposer des restrictions en matière de transactions de biens et de gels d’actifs de fonctionnaires étrangers.  – La pétrolière états-unienne NuStar Energy interdit à PDVSA d’utiliser un terminal d’entreposage des Caraïbes.  – La Deutsche Bank informe Citic Bank de la République Populaire de Chine de la fermeture des ses comptes et correspondants, pour faire les paiements à PDVSA.
Novembre 2017. La Colombie bloque l’envoi de médicaments antipaludiques (primaquine et chloroquine) demandés au laboratoire BSN Medical de ce pays.  – Les transnationales pharmaceutiques Baster, Abbott et Pfizer refusent d’émettre des certificats d’exportation de médicaments d’oncologie, ce qui empêche le Venezuela d’en acheter.  – Les É.-U. sanctionnent et bloquent les fonctionnaires vénézuéliens qui administrent les programmes d’achat de nourriture, en les empêchant de signer des accords commerciaux ou des ententes internationales qui favoriseraient la politique alimentaire du Venezuela.   – L’Union Européenne interdit la vente d’armes et d’équipements de sécurité au Venezuela.   – La Deutsche Bank , principal correspondant du Banco Central de Venezuela (BCV) ferme définitivement les comptes de ce dernier.  – Des banques internationales refusent 23 opérations financières du Venezuela destinées à acheter des aliments, des produits de base et des médicaments pour 39 millions $US.   -L’agence de notation Standard and Poor’s déclare que le Venezuela est en défaut de paiement sélectif.
Décembre 2017.  Les paiements vénézuéliens pour service de cabotage du transport de combustible sont bloqués, ce qui entraine une rareté de ce produit dans plusieurs États.  Dix-neuf comptes bancaires du Venezuela à l’étranger sont fermés arbitrairement par les banques états-uniennes, ce qui empêche de payer les créanciers.  – Une cargaison de 471 000 pneus pour véhicules achetés à l’étranger est retenue même si les paiements avaient été faits.
Janvier 2018. Onze bons de dette vénézuélienne et de PDVSA, pour une valeur de 1,241 milliards de  dollars n’ont pas pu être payés aux créanciers à cause des sanctions.
Février 2018. Le Département du Trésor des É.-U. augmente les sanctions financières contre le Venezuela et les entreprises vénézuéliennes suite au Décret-loi 13808 d’août 2017. Cela empêche la renégociation ou la restructuration de la dette vénézuélienne et de PDVSA émise avant le 25 août 2017.
Mars 2018.  L’administration Trump renouvelle pour un an le Décret-loi 13692. – Renouvelle le Décret-loi 13808 et impose 6 nouvelles mesures coercitives qui affectent la stabilité financière du Venezuela, car elles empêchent la restructuration de la dette ainsi que le rapatriement des dividendes de l’entreprise vénézuélienne Citgo Petroleum.  – Applique le Décret-loi 13827, qui défend à tout citoyen ou institution de faire des transactions financières avec la cryptomonnaie vénézuélienne «Petro».
Le gouvernement du Panama publie une liste de 55 citoyens vénézuéliens sanctionnés (dont le président Nicolás Maduro) et 16 entreprises vénézuéliennes considérées à «haut risque».
Avril 2018. Dans le cadre du Sommet des Amériques et au nom du Groupe de Lima, le chancelier du Pérou annonce la création d’un groupe pour étudier les sanctions politiques et économiques à prendre contre le Venezuela. Lors du même sommet, les É.-U. et la Colombie décident d’accélérer les procédures pour contrôler les transactions financières du Venezuela et bloquer l’approvisionnement en produits de base dont le pays a besoin.
Mai 2018. La pétrolière états-unienne Conoco Phillips annonce un embargo sur les actifs internationaux de PDVSA. Elle justifie sa position en invoquant une décision arbitrale favorable de la Chambre de Commerce Internationale portant sur 2,4 milliards $US.
– Un paiement de 9 millions $US destinés à l’acquisition de matériel pour la dialyse et le traitement de 15 000 patients en hémodialyse est bloqué.
 – Le gouvernement colombien bloque l’envoi au Venezuela de 400 000 kilos d’aliments du programme d’aide alimentaire des Comités locaux d’approvisionnement et de production, CLAP.  – Donald Trump émet le Décret-loi 13835, qui renforce les sanctions économiques contre le Venezuela et qui interdit le rachat de la dette et des comptes à payer par des entreprises du gouvernement du Venezuela; cela en représailles à l’élection présidentielle 2019-2025 alors que 9 millions de citoyens ont voté et que Nicolás Maduro a gagné avec 67% des votes.  – Les É.-U. sanctionnent 20 entreprises du Venezuela pour de supposés liens avec le narcotrafic.
Août 2018. Les É.U. autorisent Crystallex à confisquer des actifs de Citgo Petroleum, propriété de PDVSA.  – Le gouvernement du Brésil a cessé de payer une dette de 40 millions $US contractée auprès de la Corporación Eléctrica de Venezuela pour l’énergie fournie à l’État de Roraima. Le chancelier du Brésil, Aloysio Nunez, a déclaré que la dette électrique «n’a pas été payée à cause du blocus économique et financier imposé par les É.-U. et l’Union européenne contre le Venezuela».
Novembre 2018. Donald Trump interdit aux citoyens états-uniens de faire du commerce avec de l’or exporté à partir du pays sud-américain.
Janvier 2019. L’administration de Donald Trump approuve de nouvelles sanctions contre Petróleos de Venezuela S.A.(PDVSA)  comprenant le gel de 7 milliards $US d’actifs de l’entreprise filiale CITGO, en plus de la perte estimée de 11 milliards $US de ses exportations durant les prochaines années.
COMMENT ILS ONT ATTAQUÉ LA MONNAIE
En plus des mesures coercitives, blocus, sanctions et réquisition d’actifs, l’impérialisme a attaqué la monnaie nationale, le bolivar, dans le but de provoquer l’inflation et de perturber le niveau de la production nationale. Il l’a fait en manipulant quotidiennement le taux de change en utilisant des portails web dont les domaines sont en territoire états-unien, surtout à Miami.
En manipulant le taux de change et en le fixant à une valeur supérieure au taux officiel ils ont affecté les prix de tous les biens importés, y compris les biens nécessaires à la production. La hausse des prix des produits importés a entrainé une hausse des coûts de production et par le fait même des prix des biens. On appelle ce phénomène choc de l’offre. Il se manifeste par la stagflation, c’est-à-dire une augmentation des prix (inflation), provoquant une stagnation ou une récession économique.
Historiquement, les augmentations des taux de change au Venezuela font augmenter les prix internes de l’économie, mais, depuis 2013, ce type de taux de change a été manipulé politiquement à travers des portails web hébergés aux É.-U.
Cette agression contre l’économie vénézuélienne et, par conséquent, contre tout le peuple, a trois conséquences : 1) détériore le salaire réel; 2) diminue les niveaux de production; 3) rend insuffisants  les investissements publics.
En 2013, le taux était de 8,69 bolivars pour un dollar US et aujourd’hui, il est à 350 000 000 bolivars pour un dollar US.
Rien ne s’est produit dans l’économie vénézuélienne qui permette d’expliquer cette supposée dévaluation de la monnaie d’une telle ampleur. C’est en fait une conséquence d’une manipulation du taux de change qui découle d’un modèle de comportement politique associé à des moments de grand conflit ou de processus électoraux.
Les estimations que nous avons faites des pertes occasionnées par l’attaque à la monnaie sur les niveaux de production nationale, additionnées à celles causées par le blocus, les sanctions et l’appropriation illégale de nos actifs, indiquent l’ampleur criminelle des moyens de coercition unilatéraux de la part de l’impérialisme contre le peuple vénézuélien.
Impact de la guerre économique contre le peuple du Venezuela.
Les pertes dues aux moyens unilatéraux de coercition, de 2013 à aujourd’hui, s’élèvent à 114,302 milliards $US.
De ces 114,302 milliards, 21,450 milliards sont dues aux moyens unilatéraux de coercition, les blocus financiers, les embargos commerciaux, le vol des actifs de CITGO, l’argent qu’on cesse de percevoir à cause de cet acte de pillage, l’or retenu en Angleterre et les euros bloqués par Euroclear.
La différence, soit 92,852 milliards $US, correspond à ce que nous avons dû cesser de produire suite à l’attaque à la monnaie qui, en plus de jouer sur l’inflation, réduit aussi les niveaux de production nationale.
Impact des moyens unilatéraux de coercition
Une estimation très conservatrice évalue les pertes occasionnées par les mesures unilatérales de coercition à 21,450 milliards $US jusqu’à aujourd’hui. Cela comprend :
  1. 11 milliards $US en pertes dues à l’appropriation illégale de l’entreprise pétrolière vénézuélienne CITGO par les É.-U.
  2. 7 milliards $US dus à l’appropriation illégale des actifs de CITGO.
  3. 1,6 milliards $US retenus par Euroclear.
  4. 1,2 milliards $US dus à l’or retenu par la Banque d’Angleterre (15)
  5. 467 millions $US pour la perte de valeur des titres gardés chez Euroclear, passant de USD 1 093 941 000,96 $US à 625,90 MM $US, soit une baisse de 57,24% , conséquence du blocus financier.
  6. 37 millions $US dus aux entraves administratives qu’imposent les navires et les ports internationaux, comme c’est le cas du traitement des marchandises qui sont destinées au Venezuela, ce qui augmentent les temps d’attente et les tarifs.
  7. 655 millions $US pour les transferts, les paiements, les ajustements dans les transferts qui gonflent les coûts d’opération. Avant l’application des sanctions américaines, les ordres de paiement étaient envoyés aux banques et étaient exécutés en 48 heures. Maintenant un paiement prend entre 10 et 20 jours.
  8. 20 millions $US attribués à la différence des taux de change, car la République doit adopter d’autres devises, parfois jusqu’à trois, distinctes du dollar américain, pour réaliser les transactions financières et commerciales.
  9. 264 millions $US pour la perte d’une obligation acquise du Crédit Suisse correspondant à la dette publique externe.
Il s’agit d’estimations conservatrices car elles n’incluent pas, par exemple, les pertes dues à la  péremption des aliments ou des médicaments retenus sur les bateaux plus longtemps que prévu, le coût additionnel du transport et des démarches administratives dues à la nécessité de recourir à plusieurs pays pour les achats afin d’éviter des sanctions à des entreprises ou des pays de la part des États-Unis.
Impact de l’attaque à la monnaie
Parmi les agressions économiques, on doit considérer l’attaque à la monnaie pour ses effets sur le peuple vénézuélien, effets qui ne se limitent pas à la diminution du salaire réel, conséquence de  l’hyperinflation programmée, mais qui se traduisent aussi par la diminution de la production nationale qui affecte la consommation nationale. Cette attaque origine de pages web dont le domaine est hébergé aux É.-U., spécialement le portail web dolartoday.
La chute du produit intérieur brut que nous connaissons depuis 2016, est donc due à hauteur de 60% à la baisse des revenus provenant des exportations de pétrole et de 40% à l’attaque à la monnaie.
C’est pour cette raison que, malgré la remontée des exportations pétrolières en 2017 et 2018, due principalement à l’augmentation du prix de cet hydrocarbure, le produit intérieur brut maintient sa tendance vers la baisse.
Dans des conditions normales, c’est à dire sans manipulation politique des taux de change, une récupération du PIB aurait pu être possible avec l’augmentation des exportations. Cela n’a pas été le cas en 2017 et 2018.
Dans un cadre conservateur, en supposant des conditions normales, sans guerre économique, sans attaque au bolivar, avec un prix moyen du baril de pétrole de 45$US, et des niveaux d’exportation de pétrole de l’ordre de 37 milliards $US comme celui de 2015, cela aurait signifié cette année, avec une production de 2,9  millions de barils par jour, sans sabotage de l’industrie pétrolière, un produit intérieur brut de plus ou moins 131 milliards $US, équivalent à celui de 2015.
En calculant la différence entre le produit intérieur brut annuel attendu, celui de 2015, et les PIB de 2016, 2017 et 2018, nous obtenons au total, au cours de ces trois années, un manque à produire de 92 milliards $US. De cette perte estimée qui tient compte des attaques contre la monnaie nationale et au boycott silencieux de l’industrie pétrolière, 42 milliards correspondent aux attaques contre la monnaie.
En additionnant les pertes causées par les mesures coercitives unilatérales à celles résultant de la production nationale affectée par les attaques contre la monnaie et le boycott de la production pétrolière, on arrive à une perte totale de 113 milliards $US.
Considérant la taille de l’économie vénézuélienne, ce chiffre représente un peu moins que la production nationale de toute une année avec un prix du baril de pétrole à 45 $US. Le PIB de 2015 a atteint 131 milliards $US.
Ces 114,3 milliards de pertes depuis 2013 pourraient payer pour l’importation des aliments et médicaments nécessaires aux 30 millions de Vénézuéliens pendant 26 ans. Par exemple, en 2004, où il n’y a pas eu de manque de nourriture, l’importation, en incluant les matières premières pour la production, a été de 2,1 milliards $US (chiffres de l’Institut national de statistiques).  L’importation des médicaments a coûté 2,2 milliards $US. En somme, 4,3 milliards $US  par année suffisent pour payer les importations et pour fournir les intrants nécessaires, les matières premières et les produits transformés pour produire les aliments et les médicaments pour toute la population.
Les sanctions, le blocus et les attaques contre la monnaie ont causé à ce jour des pertes équivalentes au budget de la santé pour dix ans, sachant que celui-ci compte pour 10% du PIB annuel. Le résultat de ces sanctions correspond donc à la capacité de fournir des services hospitaliers, ambulatoires, préventifs, dans les secteurs public et privé pour tous les Vénézuéliens pendant 10 ans.
La valeur de ces pertes équivaut à la capacité ou non de garantir le droit à l’éducation pendant dix ans, tant des réseaux public que privé, du préscolaire à l’université.
Ces pertes représentent la totalité des importations annuelles pour sept ans et demi : de la machinerie, des pièces de rechange, des équipements de transport, des matières premières, aliments et médicaments, textile, produits de l’industrie chimique, etc.  Par exemple en 2004, année où il n’y a pas eu de pénurie, les importations annuelles ont été de 15,1 milliards $US. Ce qui correspond à la totalité de la dette extérieure de la République que nous devons rembourser en 20 ans.
D’autres références pour réaliser l’ampleur de l’attaque criminelle et génocidaire subit par le peuple vénézuélien :
  • Avec les 1,2 milliard $US en or que l’Angleterre retient, on pourrait acheter les aliments pour subvenir aux besoins de 6 millions de foyers pendant six mois.
  • Avec seulement 20 millions, ont peut assurer tous les frais liés au traitement et au suivi de tous les Vénézuéliens touchés par la malaria.
  • Avec 40 millions, les personnes touchées par le Sida et le VIH recevraient le traitement antirétroviral pendant 2 ans.
  • Avec 18 millions, nous aurions les 9 millions de doses nécessaires au plan de vaccination national.
  • Avec les 11 milliards que représentent les pertes dues au pillage contre CITGO, nous importerions tous les médicaments, matériel chirurgical incluant les intrants pour la production interne pendant cinq ans.
À chacun des exemples présentés correspond le visage d’une femme, d’un homme, d’une fillette, d’un  garçon vénézuéliens. Il n’est pas seulement question de l’impact économique sur les importations ou la production mais aussi de l’impact que ces agressions économiques ont sur les droits humains garantis de chaque vénézuélien. Ces  agressions affectent massivement et systématiquement toute la population, civile et militaire.
Cependant, nous devons préciser que le Venezuela n’est pas en situation de crise humanitaire. Tout en reconnaissant les difficultés pour acquérir les aliments et les médicaments que ces agressions ont créées, les activités routinières liées au travail, à l’école et aux loisirs se poursuivent normalement.
Malgré l’attaque criminelle des six dernières années contre le peuple du Venezuela, il s’est construit plus de 2,5 millions de logements, aucun hôpital, aucune école n’ont été fermés, les entreprises des secteurs de l’alimentation et pharmaceutique ont continué leurs activités.
Selon les données de la CEPAL, le Venezuela occupe le premier rang des pays les moins inégalitaires d’Amérique latine.
Malgré les difficultés causées par la guerre économique, ces indicateurs montrent que le Venezuela ne se trouve pas en situation de crise humanitaire, et que par conséquent, il n’a pas besoin d’aide humanitaire.
Ce dont les Vénézuéliens ont besoin, et ce qu’ils demandent, c’est que cessent les agressions, que soient levés les sanctions et le blocus et qu’on mette fin aux attaques contre notre monnaie.
Guerre économique : un crime de lèse-humanité
Le fait d’imposer un blocus financier et économique contre un pays, de patronner un embargo commercial, de retenir ses devises, de s’approprier ses actifs et d’attaquer sa monnaie, non seulement viole toutes les règles internationales, mais constitue un crime de lèse-humanité selon la définition donnée par le Statut de Rome.
Alfred de Zayas, expert indépendant  pour la promotion d’un ordre international démocratique et juste de l’ONU, a visité le Venezuela en novembre 2017.  À la suite des ses rencontres avec tous les secteurs de la société, il a rédigé un rapport (1) dans lequel il affirme que «  la solution de la «crise» vénézuélienne passe par des négociations de bonne foi entre le gouvernement et l’opposition, la fin de la guerre économique et la levée des sanctions».
De Zayas suggère aux États membres du Statut de Rome  de «reconnaître parmi les crimes géopolitiques les mesures coercitives unilatérales et les manipulations monétaires qui conduisent à l’hyperinflation comme crimes de lèse-humanité». Il affirme que «la guerre économique, les embargos, les blocus financiers et les régimes de sanctions équivalent à des crimes géopolitiques et de lèse-humanité en vertu de l’article 7 des Statuts de la Cour Pénale Internationale» parce qu’ils font partie intégrante d’une attaque généralisée et systématique contre une population civile et ce en toute connaissance de l’attaque.
Ces agressions économiques qui ont été mises en œuvre chaque fois que l’impérialisme s’est senti menacé par la possibilité que se mette en place un modèle de justice sociale, d’égalité qui garantisse les droits humains de toute la population, transcendent en temps et en espace les frontières vénézuéliennes. C’est ce qui est arrivé avec le projet socialiste de Salvador Allende au Chili entre 1970 et 1973, avec celui de la révolution sandiniste au Nicaragua dans les années 80 ou avec celui de Cuba des années 60 jusqu’à aujourd’hui.
Salvador Allende l’a dit dans son discours à l’Assemblée de l’ONU le 4 novembre 1972  en dénonçant  l’agression contre son pays, discours que plusieurs n’ont pas pris au sérieux:
« Le porte-parole du Groupe Africain a déclaré que son Groupe se solidarisait pleinement avec le Chili parce qu’il ne s’agissait pas d’une question qui affectait seulement une nation, mais qui potentiellement pouvait toucher tous les pays en développement. Ces paroles ont une grande valeur parce qu’elles signifient la reconnaissance, par tout un Continent, qu’à travers le cas chilien c’est la mise en marche d’une nouvelle étape de la bataille entre l’impérialisme et les pays faibles du Tiers monde.»
Il est temps que ces actions coercitives de l’impérialisme soient non seulement dévoilées et dénoncées au monde mais qu’elles soient aussi reconnues comme un crime contre l’humanité.
Nous, Vénézuéliens, ne demandons pas d’aide humanitaire. Ce que nous réclamons c’est la justice, pour que des déclarations, comme celles faites par le porte-parole du Département d’État des É.-U. ne restent pas impunies. En parlant de l’efficacité des mesures coercitives unilatérales prises contre le Venezuela, il a dit : « La campagne de pressions contre le Venezuela fonctionne. Les sanctions financières que nous avons imposées (…) ont obligé le gouvernement à commencer à tomber en défaut de paiement, tant en ce qui concerne sa dette souveraine que la dette de PDVSA, sa compagnie pétrolière. Et ce que nous voyons (…), c’est un effondrement économique total au Venezuela. Donc, notre politique fonctionne, notre stratégie fonctionne et nous la maintiendrons ».
Reconnaître les mesures coercitives unilatérales et l’attaque contre la monnaie comme des crimes de lèse-humanité serait un pas important pour la stabilité et la paix mondiale.
Sur cette question, l’ONU a une grosse dette depuis des décennies.
2019/04/16 | Par Pasqualina Curcio
Notes :
1. Organisation des Nations-Unies. Conseil des droits de l’homme, Rapport indépendant sur la promotion d’un ordre international, démocratique et justede sa visite la République Bolivarienne du Venezuela et la République d’Équateur, Alfred-Maurice de Zayas. 2018.
L’autjournal / Traduit de l’espagnol par : Yves La Neuville, Jacques Boivin, Michel Brodeur et Louis Bourgea.