Le Congrès des États-Unis demande au Pentagone de se préparer à intervenir au Venezuela

L’importance du Congrès des Etats-Unis dans les affaires de politique étrangère du pays dans lesquelles des actions concernant les finances et le commerce, le monde des corporations en général et l’industrie militaire en particulier se mêlent, est bien connue. Des acteurs de poids, hors de la politique bureaucratique, jouent un rôle central dans des cabales et bougent des pièces en faveur de leurs intérêts. Nous avons expliqué antérieurement comment ExxonMobil n’a pas lésiné sur les ressources pour faire bouger certaines lignes directrices de la politique envers le Venezuela.
Le mouvement à l’intérieur du Congrès des Etats-Unis qui s’organise pour proposer une loi pour étendre les agressions grâce aux sanctions contre notre pays a plusieurs faces qui complètent le dernier ordre exécutif signé par le président Donald Trump, les sanctions promulguées par le Département du Trésor et l’envoi de matériel et de financement à l’opposition vénézuélienne.
Le Congrès ajuste son tir
Tandis que s’accumulent les ressources qui composent l’offensive yankee contre le Venezuela, l’establishment politique planifie aussi le budget de l’Etat pour l’année prochaine qui comprend une partie intitulée « Situation du Venezuela » du point de vue militaire. Sur le site du Congrès des Etats-Unis, on trouve le projet de loi de Défense pour l’année fiscale 2018 (National Defense Authorization Act for Fiscal Year 2018).
Ce projet de loi a été introduit à la chambre basse du Congrès, la Chambre des Représentants (House of Representatives), le 7 juin dernier et approuvé le 14 juillet à une large majorité. Le 18 septembre, il a été voté par le Sénat. Il ne manque plus que le passage du projet à la Maison Blanche pour qu’il soit autorisé et puisse devenir une loi.
Ceux qui ont présenté ce projet sont le républicain Mac Thornberry, patronné par BAE Systems, Northrop Grumman Corporation et Lockheed Martin, selon Open Secrets, parmi les plus importants entrepreneurs du monde et pionniers du montage du complexe industriel et militaire états-unien.
Pour la discussion de ce projet de loi budgétaire, 2 rapports ont été présentés qui justifieraient l’approbation de ce texte. Le premier, qui est passé par la Chambre des Représentants le 6 juillet, a un paragraphe particulier intitulé « Sécurité et stabilité du Venezuela. »
CE rapport a été présenté par le Comité des Services Armés et à propos du Venezuela, il déclare ce qui suit :
« Le comité est préoccupé par le mal-être économique et politique croissant qui existe en République Bolivarienne du Venezuela sous le Gouvernement du président Nicolás Maduro. Face aux rapports sur la famine, l’incertitude politique et la corruption, une économie en désintégration et une action indubitablement violente du Gouvernement contre les citoyens, le comité est préoccupé parce que l’instabilité au Venezuela pourrait amener à un effondrement de la gouvernabilité et à un Etat en situation d’échec. De plus, cette instabilité pourrait faire émigrer une partie de la population dans les pays voisins, y compris en République de Colombie, la République Coopérative du Guyana, la République du Pérou et la République Fédérative du Brésil pour chercher une aide humanitaire. Les effets d’une crise humanitaire à grande échelle dans la région pourraient être catastrophiques.
Le comité est préoccupé par les plans d’urgence du Gouvernement des Etats-Unis en cas d’effondrement du Gouvernement et de l’économie vénézuéliens. Par conséquent, le comité désigne le Secrétaire à la Défense en coordination avec les autres agences et départements du gouvernement Fédéral que le Secrétaire considère comme appropriés pour fournir des informations, qui peuvent être classées secret-défense, au Comité des Services Armés de la Chambre au plus tard le 30 septembre 2017 sur les plans d’urgence du Gouvernement des Etats-Unis pour une éventuelle crise humanitaire et migratoire au Venezuela en cas d’effondrement du Gouvernement et de l’économie vénézuéliens pour y inclure le rôle et les responsabilités du Département de la Défense et les actifs qui pourraient contribuer à ces plans. »
3 choses à noter :
L’association du Venezuela à des termes que la médiocratie vénézuélienne et internationale comme le secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro utilisent habituellement ( « effondrement du Gouvernement », «Etat en situation d’échec », « aide humanitaire ») est un discours permanent dans l’establishment politique intérieur et qui, par conséquent, continuera à être la sémantique de base des Etats-Unis pour parler de notre pays en faveur de l’intervention.
Le fait qu’on considère une éventuelle crise migratoire qui provoquerait une « catastrophe » pour la région est en accord avec ce que dit Luis Almagro dans son dernier rapport et avec ce qui a été déclaré par l’amiral Kurt Tidd, chef du Commandement Sud, dans son rapport devant le Sénat états-unien cette année. Cette hypothèse a des relents de « faux positifs » faits pour gonfler le dossier contre le Venezuela dans la mesure où les pays limitrophes nommés et aussi le Pérou ont été des hauts-parleurs contre le Gouvernement Bolivarien et sont soumis à la politique étrangère des Etats-Unis.
Que le rôle du Pentagone soit considéré comme central concernant la « catastrophe » régionale provoquée par la « situation vénézuélienne » attire l’attention, surtout en ce qui concerne les précédents qui ont impliqué l’armée des Etats-Unis et de l’OTAN dans les tristement célèbres « interventions humanitaires » au Moyen Orient et en ex-Yougoslavie pendant ces dernières décennies.
Considérations sur le moment.
Dans le « sous-titre C. Questions concernant la Syrie, l’Irak et l’Iran, » (Subtitle C—Matters Relating To Syria, Iraq, And Iran) du « titre XII Questions concernant les pays étrangers » (Title XII—Matters Relating To Foreign Nations), le texte du projet de loi budgétaire cite le Venezuela comme un pays qui coopère avec l’Iran dans le domaine militaire. Pour cela,il demande que le Venezuela soit évalué en termes militaires par le Secrétaire à la Défense, James Mattis et qu’il prenne en compte que l’Iran, avec la Russie, la Chine et le Venezuela , font partie du bloc de pays émergents qui remettent en question l’hégémonie états-unienne sur le monde.
L’étude du Venezuela du point de vue militaire et l’évaluation d’un éventuel envoi « d’aide humanitaire » de l’armée états-unienne dont nous avons déjà parlé prendraient en compte l’inefficacité des opérateurs locaux dans la mission d’imposer une situation de violence armée bien organisée et avec des mercenaires qu’on a essayé de mettre en place pendant les 120 jours de manifestations guerrières organisées par l’anti-chavisme dans diverses zones du territoire vénézuélien.
Faute des ressources nécessaires pour imposer ce scénario et malgré tout le soutien que l’opposition a obtenu de la part des Etats-Unis et d’autres acteurs de la région, le Congrès des Etats-Unis et la direction militaire qui gouverne aujourd’hui le pays depuis la Maison Blanche envisagent expressément une intervention au Venezuela, au moins du point de vue du budget et en termes d’opérations. Les sanctions et le blocus financier contre le Venezuela, justement, cherchent à fabriquer cette situation « d’effondrement économique, » de paralysie du système de paiement et de limitation des importations pour justifier « l’urgence » de l’intervention.
Le profil de ce rapport correspond aux actions qui ont contribué aux interventions en Libye et en Irak, toutes 2 précédées par des actions de blocus financier et des sanctions envers la direction nationale comme prétexte pour, à force de bombardements, « protéger » les populations assiégées.
« L’option militaire » envisagée par Trump n’est pas une folie ou une absurdité du discours mais un plan politique qui continue à être tissé, à prendre forme et qui brûle les étapes.
Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos / Source en espagnol : mision verdad