De Daktari à Oscar Pérez, l’utilisation du para-militarisme contre le Venezuela

La capture de plus de 100 paramilitaires dans la propriété Daktari en 2004 est le fait  qui permet de penser le conflit vénézuélien à partir de l’infiltration de cellules armées comme instrument politique. Si dans une bonne mesure ses contours ont changé de forme depuis, le plus grand degré de risque d’un scénario politique d’ingérence a également changé.

Le Plan Colombie, un phénomène importé et la frontière

Sous le Gouvernement d’ Álvaro Uribe Vélez, la Colombie a vécu un processus de reconfiguration de son territoire dû au déplacement forcé de plus de 2 millions de personnes (en majorité des paysans) qui a provoqué l’occupation et l’offensive militaire du Plan Colombie et le para-militarisme.

Loin de résoudre quelque chose, bien que ce soit le but initial, le négoce de la guerre, ses mécanismes et ses canaux de financement se sont élargis, ce qui a donné naissance au trafic de drogues, au commerce des armes, à la criminalité économique, etc…

La frontière vénézuélienne reçoit les premiers impacts d’un phénomène transnational et transfrontalier soutenu par un Etat qui a échoué et qui a remis sa sécurité intérieure aux Etats-Unis et déterminé principalement par l’importance pour ces derniers de la cocaïne produite là et exportée, une balance qui penche, à son tour, e faveur de l’augmentation de la demande en armes. La trafic de drogues aussi a sa géopolitique.

Ce processus de conquête a débouche sur la déprédation progressive de la vie économique et sociale sur lafrontière qui a amené avec elle le renforcement de groupes armés qui en sont venus à contrôler les routes de la contrebande, la vente d’armes et le trafic de drogues. L’entreprise de la guerre étasunienne en Colombie a énormément augmenté et a cherché à installer sa filiale au Venezuela, une expansion qui a donné un nouveau caractère à la délinquance organisée classique au Venezuela avec une économie illégale à partir du trafic de drogues, de la contrebande, des meurtres commandités… et ensuite, de la violence politique.

S’agissant d’une entreprise, il était naturel que le besoin d’un appareil de sécurité privé, dans ce cas le para-militarisme, ait pris la forme de bras exécutant du néolibéralisme étant donné qu’il dispute à l’Etat le contrôle social du territoire. Et cela vaut aussi bien pour la Colombie que pour la Syrie.

Cette pénétration a provoqué l’importation progressive de cette armée privée sur le sol local mais aussi sa façon de modeler une culture de vilence particulière au Venezuela en s’implantant comme entreprise au-delà de ce qui est vraiment délictueux. Parce que c’est une entreprise privée, de grands intérêts politiques peuvent y mettre la main et l’utilsier. Il est question de prendre le risque de cet investissement.

Le para-militarisme n’est pas un phénomène vénézuélien, les bandes et ce qui concerne le crime organisé ne sont pas nés spontanément, leur façon de châtier et leur contrôle social sur certains territoires, ils l’ont appris sur internet. C’est la conséquence de al géopolitique de la guerre des Etats-Unis en Colombie dont sont aussi victimes les Colombiens. Etre à côté du principal producteur de cocaïne du monde et du principal marché d’armes de la région, c’est la raison pour laquelle le parmilitarisme est utilisé comme outil politique au Venezuela et c’est aussi la raison pour laquelle il a les implications qu’il a.

Ce n’est pas le hasard si un chef politique du para-militarisme colombien, dans un récent échange avec des journalistes, s’est solidarisé avec les actions de Pérez et a appelé l’armée à se soulever contre le Gouvernement.

Daktari, la façon d’opérer et la voie des armes

Ce qui s’est passé à la plantation Daktari, à l’époque, donne une idée de jusqu’où on était prêt à aller pour chasser le chavisme du pouvoir, de jusqu’où on avait repoussé les limites. Cette année-là, le pays était mobilisé par le referendum révocatoire organisé par l’anti-chavisme destiné à renforcer une victoire politique après le coup d’Etat, la grève et le sabotage des mois précédents.

Les faits et leurs liens politiques et patronaux sont très connus : plus de 100 paramilitaires engagés et liés à des agents infiltrés dans les forces de sécurité et dans des entreprises donnaient la mesure d’une façon d’opérer qui s’est répétée de façon habituelle ces dernières années : chaque fois qu’ils perdent une bataille politique, ils ont recourt aux balles, aux crimes commandités et aux assassinats politiques. Il ne manque que celui qui met l’argent sur la table et tire les ficelles (on pense que c’est la CIA) et ceux qui sont complices en discréditant, en niant ou en légitimant ce qui en résulte, de la tribune politique et médiatique.

Le moment auquel on fait appel à des cellules armées (germe des armées privées) pour intensifier la violence de rue ou on l’emploie à des fins sélectives comme les assassinats politiques, qui dépend de cette situation générale, devient visible. Après l’histoire symbolique de la plantation Daktari, les multiples façons dont cet instrument est appliqué ont été mises en évidence, les périodes de guarimba étant mises en avant comme écoles ou centres d’entraînement dans lesquels on cherche aussi à placer des groupes armés (déguisés en « manifestants, évidemment) pour faire augmenter l’affrontement.

Dans les guarimbas de 2017, les cocktails Molotov et les boucliers de métal étaient des outils de marketing qui estompaient pour la presse mondiale la prise en otage et le contrôle des quartiers, l’utilisation de franc-tireurs et d’armes à feu dans les affrontements et l’intention prouvée de mener à bien des assassinats de personnes pour être chavistes ou avoir l’air de Chavistes.

Il y a une intention manifeste dans le choix de la voie des armes par des agents intérieurs ou étrangers : la reconnaissance internationale du scénario d’affrontement des guarimbas qui a donné naissance à des cellules comme celle d’Oscar Pérez et de Juan Caguaripano, par les Etats-Unis et l’Europe en particulier.

Les cellules armées et la Libye

A la fin du cycle de violence politique et armée au Venezuela, 3 attaques armées ont eu lieu. Une dirigée contre le siège du Tribunal Suprême de Justice (TSJ, pendant que des enfants qui étudiaient dans cette institution s’y trouvaient) et contre le Ministère de l’Intérieur, de la Justice et de la Paix, à partir d’un hélicoptère d’où ont été lancées des grenades et tirées des rafales de balles de gros calibre et 2 autres contre des locaux des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) dans l’état de Carabobo (le Fort de Paramacay) et dans l’état de Miranda (le Commandement de la Garde Nationale Bolivarienne, GNB). Leur but était d’obtenir des armes pour préparer un coup d’Etat dans l’avenir et avoir plus de capacités mais aussi d’imposer dans l’opinion publique l’idée d’une soi-disant supériorité tactique et militaire en plus d’un climat de terreur.

Avec ces attaques, deux cellules armées (celle d’ Oscar Pérez et celle de l’ex-militaire arrêté Juan Caguaripano) sont devenues le nouveau pari.

Une cellule n’est pas une fin en soi, elle sert de groupe initial pour une stratégie supérieure destinée à former une armée parallèle. Après un processus d’infiltration des forces régulières pour provoquer des désertions, on cherche à lui donner uenf orme et un but politique. C’est ce qui s’est passé pendant le « printemps arabe » qui a troublé la Libye où les services de renseignement de l’OTAN ont réussi à extraire des officiers de l’Armée pour nourrir les « rebelles » dans le cadre d’un récit global qui montrait les armes comme la seule voie pour chasser Khaddafi. Ca vous rappelle quelque chose ?

Pérez et Caguaripano sont des preuves de cette intention (mondiale mais adaptée au terrain) de « résoudre » les cofnlits par les balles et d’infiltrer les forces de sécurité pour créer le germe d’uen armée privée. Au Venezuela la visibilité de cette intention est encore plus forte quand on regarde l’attaque psychologique que subissent les FANB, les appels récurrents de l’opposition à « se mettre du côté de la Constitution » (euphémisme pour « insurrection ») et les infiltrations détectées à temps.

En ce sens, le démantèlement de ces cellules hautement dangereuses n’est pas seulement destiné à empêcher les actes de sabotage ou de terrorisme à l’avenir (selon le député à la Constituante Diosdado Cabello, ils se préparaient à faire exploser uenvoiture piégée à l’ambassade de Cuba) mais aussi à neutraliser d’eventuelles opérations à l’intérieur des forces de sécurité. Ce dernier point est important en ce qui concerne l’anticipation des services de renseignement étrangers qui auriaent pu opérer pour reproduire un Pérez ou un Caguaripano qu’à nouveau, ils chercheraien tà envoyer dans le pays pour la guerre.

Les médias, les politiques étasuniennes et la légitimation du para-militarisme avec un autre nom

Les médias de propagande privés sont l’une des choses qui rendent possible la légitimation et l’empathie avec des groupes armés. Sous un alias mondialement connu (les « rebelles »), les médias des grandes entreprises de la communication ont justifié le chaos et la mercenarisation des cofnlits comme au Moyen Orient après le « printemps arabe. » et les « rebelles », ce sont justement, toutes les cellules terroristes ou les groupes armés qui « émergent » dans des territoires avec des Gouvernements qui ne sont pas alignés sur les Etats-Unis.

Le Venezuela n’échappe pas à ce traitement puisque durent les dernières guarimbas, les médias avaient mis en place un récit pour représenter comme « des affrontements entre des manifestants pacifiques et des militaires armés » ce qui était réellement de l’extrême violence, des barrages de rues, des tirs de franc-tireurs et des pillages de commerces.

Cependant, l’alias « rebelle, » un terme qui a une connotation militaire, a été vu clairement après qu’Óscar Pérez et son groupe aient été abattus dans l’affrontement. Les médias internationaux et vénézuéliens ont tous employé le même ton, glorifié Óscar Pérez comme « le pilote qui s’est rebellé contre Maduro, » en faisant appel aux brèches de désinformation qu’a laissées cette opération et surtout aux voix les plus extrêmes du spectre politique (María Corina Machado, Diego Arria, Antonio Ledezma, etc…) qui ont apporté un soutien frontal à Pérez.

Même si cet alias dénote en lui-même l’intention de pousser les limites du récit pour légitimer les cellules armées en plaçant Pérez dans la même symbolique coordonnée que les organisations terroristes du Moyen Orient, une autre donnée annonce les soutiens extérieurs de l’option de la guerre : Marco Rubio, Otto Reich, Roger Noriega et Ileana Ros ont défendu Óscar Pérez et soutenu ses actions.

Il ne s’agit pas de simples congressistes ou porte-paroles politiques des Etats-Unis mais d’un secteur qui, à l’arrivée du Gouvernement Trump, a atteint de hauts niveaux d’influence pour fixer le cadre des relations es Etats-Unis avec le Venezuela. Otto Reich et Roger Noriega sont 2 agents de al guerre sale en Amérique Centrale étroitement liés aux services de renseignement étasuniens que Marco Rubio, dans sa position de sénateur, pousse pour que sa voix limitée soit écoutée. C’est aussi le cas de Luis Almagro qui, profitant de la vague, sur son compte Twitter, a partagé le soutien exprimé par des ONG financées par le Département d’Etat comme Human Rights Watch.

Sur ce point, il faut souligner ce qui est évident : le prochain attentat que la cellule de Pérez ou celle de Caguaripano envisageaient d’exécuter avant leur démantèlement serait légitimé par des acteurs politiques du Congrès étasunien qui ont démontré leur influence pour délimiter la politiaue étrangère envers le Venezuela. Marco Rubio et Ileana Ros ont même accès à des caisses noires budgétaires avec lesquelles ils pourraient même accorder un financement pour perpétuer l’enthousiasme, une donnée déjà assez dangereuse en elle-même.

Cette preuve est plus que suffisante pour contextualiser l’opération contre la cellule de Pérez mais surtout pour montrer que le para-militarisme est sur la table de ceux qui ont acquis une l’influence relative à la Maison Blanche pour décider de ce qu’il faut faire avec le Venezuela.

Ces jours-ci, on a cherché à montrer Óscar Pérez comme un cas isolé alors qu’en réalité, il représente une cotinuité (encore non atteinte) dans le cadre de l’ordre du jour paramilitaire contre le Venezuela.

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol : mision verdad / en FR : Bolivar infos