Assassinat de deux paysans enlevés vendredi

Samedi matin, les paysans enlevés par des paramilitaires colombiens dans la soirée d’hier ont été retrouvés assassinés. Jesús León et Guillermo Toledo faisaient partie du groupe de familles paysannes qui réclamaient 336 hectares de la ferme Palo Quemao, soi-disant propriété du propriétaire terrien Carlos Pardi, dans la municipalité d’Arismendi de l’état de Barinas, a annoncé le Courant Révolutionnaire Bolívar Zamora (CRBZ) sur son site.

Les 2 paysans étaient membres du « Conseil Communal Robert Serra » composé de 56 familles qui, le 23 novembre 2017, avaient été délogées illégalement et par la violence des terres qu’elles cultivaient depuis 5 ans avec une diversité de cultures dans une zone de 200 hectares restituée au propriétaire terrien qui laissait ses terres en friche.

Ce jour-là, une commission mixte composée de membres de la police de l’état de Barinas et de la Garde Nationale Bolivarienne (GNB) de la Municipalité d’Arismendi, « sans prononcer un mot et en violant tous les droits de l’homme, ont menacé les paysans, » selon ce que raconte la communauté. Sans montrer d’ordre d’expulsion et sans donner d’explications, « ils sont entrés dans nos logements, les ont démolies et détruites, ont brûlé nos affaires et nos outils, les moteurs pour le travail agricole et les motos. 52 familles ont été expulsées. »

En même temps, 9 membres de la communauté ont été arrêtés après avoir été accusés de « troubles à l’ordre public et d’état d’ébriété » et sont encore en attente de présentation à la Justice.

Le cas de cette communauté s’inscrit dans l’escalade de violence, de criminalisation, de judiciarisation et d’expulsions contre les paysans qui a augmenté pendant cette dernière année et demie, une situation qui, par sa gravité, a provoqué le soutien ferme du président Nicolás Maduro envers le mouvement paysan : « Cette Révolution n’est pas une Révolution complice des propriétaires terriens ! C’est une Révolution des paysans, des paysannes, de la justice ! »

Ce même jour, le Président a exigé que l’Assemblée Nationale Constituante fasse une enquête (ANC): « Une enquête sérieuse pour punir sévèrement ceux qui s’allient aux propriétaires terriens ! Il est interdit d’expulser les communautés paysannes ! » a assuré le président.

Jesús León et Guillermo Toledo avaient fait partie des délégations paysannes qui, du 23 au 25 avril, se sont rendues à Caracas pour résoudre ces affaires et pour être reçues par l’ANC, le Parquet, le Ministère du Pouvoir Populaire pour l’Agriculture de Production et des Terres et l’Institut National des Terres (INTi).

Quelques données sur la plantation Palo Quemao 

Selon les communautés paysannes de cette zone, la lutte pour la récupération de cette plantation remonte aux années 70. Le propriétaire présumé est actuellement Carlos Eduardo Pardi Moncada, représentant de l’entreprise commerciale Agropecuaria Mañongo C.A. 

Bien que les données concernant sa taille réelle ne concordent pas toutes, selon ce que le patron présumé a déclaré devant le Tribunal Agricole, la ferme Palo Quemao engloberait presque 4 800 hectares de terre.

Le 22 mars 2017, après des dénonciations répétées disant que ces terres étaient en friche et la mobilisation des paysans pour faire valoir le droit à la terre grâce à une session du Directoire, le président de l’INTi de l’époque, José Ávila, a clôturé une procédure de récupération partielle concernant la ferme Palo Quemao. Ce jour-là, 336 hectares ont été récupérés pour être assignés à 7 coopératives agricoles. Mais en même temps, on a remis à Agropecuaria Mañongo C.A. un Certificat de Plantation Améliorable sur plus de 1 806 hectares.

Les terres en production et celles des membres du « Conseil Communal Robert Serra » à qui on parlait de « déplacement » n’étaient pas concernées par cette mesure. Il faut souligner qu’on n’a même pas pris en considération les autres hectares de terre de la plantation.

Le 20 octobre 2017, l’entreprise commerciale Agropecuaria Mañongo C.A. Carlos Eduardo Pardi Moncada dépose devant le Tribunal Agricole une plainte pour obtenir une « mesure de protection agro-alimentaire et de l’environnement » sur la ferme.

Le 23 novembre, sans aucun mandat de la justice, a lieu l’expulsion violente des familles du « Conseil Communal Robert Serra. »

Le 12 décembre 2017, une première inspection de la justice a lieu pour déterminer le bien-fondé de la mesure de protection. Face à l’évidence que la propriété était sous-exploitée, Pardi Moncada explique qu’à cause des « envahisseurs » il n’a pas pu faire les améliorations et augmenter, par exemple, le troupeau de buffles. Cette information concernant l’extension du troupeau donnée par Pardi Moncada ne coïncide pas avec les calculs réalisés par l’Arc GIS-ArcMapversión 10.1, un programme officiel de l’Institut National des Terres. Il y est évident que la soi-disant propriété est composée par 6 lots de terrains. En même temps, on ne peut pas classer les sols pour définir leur utilisation.

Le 19 janvier 2018, le Premier Tribunal de Première Instance Agricole de la Circonscription Judiciaire de l’état d’Apure et de la Municipalité d’Arismendi de l’État de Barinas accorde « une mesure de protection anticipée sur la production agro-alimentaire et l’activité agricole et sur l’environnement » pour les 1 806 hectares et pour une durée de 24 mois.

Sur l’autre moitié de la plantation, on ne dit rien. Les membres du « Conseil Communal Robert Serra » attendent une inspection de l’INTi pour pouvoir mettre en place le processus de récupération. Le harcèlement de la communauté paysanne continue jusqu’à en arriver à l’enlèvement des 2 camarades, hier.

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos