Une révolution qui n’attend pas le gouvernement

La révolution se fait loin des caméras

Comme aujourd’hui, il était sept heures du soir, dans une ruelle au sommet de la colline, une soixantaine de personnes se sont rassemblées. C’est la deuxième assemblée de la nouvelle commune socialiste « Altos de Lídice », située dans la Pastora (Caracas).

À la réunion, ouverte à tout le monde, il y a des jeunes, des personnes âgées, des voisins, des militants, des chavistes, des gens de la communauté, des gens organisés et des gens qui ne le sont pas. À cette heure-là, sur ce site, la ville ressemble à un nombre infini d’ampoules qui s’étendent sur les collines.

La constitution de la « commune » a été votée par la communauté début juin.

Une urne a été installée dans chacun des cinq conseils communaux qui se sont réunis pour constituer la commue. Dans chaque urne, on répondait si oui ou non, on voulait qu’une commune soit établie sur le territoire.

Le « oui » a gagné avec une écrasante majorité. Il a gagné parce que le processus de construction de la commune était en développement depuis un certain temps.

Une plantation urbaine avait déjà commencé ainsi qu’un travail pour résoudre le problème du transport (les coopératives ne voulant pas grimper au sommet de la colline), un projet sportif pour les jeunes, une organisation pour la santé avec les personnes âgées entre autres choses.

Il y avait déjà en développement un travail communal, la légitimité de convoquer des élections et de présenter ce qu’on appelle la Charte de la Commune, une sorte de constitution, une feuille de route commune.

C’est pourquoi un tiers de la communauté a voté (nécessaire pour l’approbation de la création d’une commune) dans un contexte difficile, non seulement matériel mais aussi politique, où il y a un recul dans de nombreux secteurs de la société.

L’assemblée d’aujourd’hui va commencer à façonner la commune, c’est-à-dire que dans un premier temps, elle va mettre en place des groupes de travail selon ce qui est énoncé dans la Charte.

Les tables des services de santé, d’économie communale, de l’infrastructure, de l’habitat et du logement, de l’alimentation, des sports, de la culture et des loisirs, de la communication et de la milice bolivarienne sont formées. Les gens s’inscrivent à chaque tables qui commenceront à travailler dans quelques jours.

« C’est l’affaire de tous, nous devons nous battre, nous avons besoin de la participation de tous, de vos efforts mon frère », explique un voisin pour motiver les gens à s’inscrire pour donner vie aux tables.

« Nous n’allons pas attendre que le gouvernement vienne résoudre ce que nous devons faire nous-mêmes », affirme un voisin.

Le gouvernement, les institutions, prennent souvent du temps à se rendre au sommet des collines de Caracas. Rappelons-nous d’un récent incendie et de la façon dont la communauté a sorti les gens de leurs foyers précaires pour les abriter.

Il existe un besoin d’être organisé face aux prochaines pluies qui viendront et, comme toujours, menaceront les maisons moins solides sur les terres fragiles. Ils s’organisent en l’absence de gaz, d’eau, face aux problèmes communs.

C’est un exercice de démocratie et d’organisation qui a commencé dès le début de la révolution, et qui a aussi une genèse antérieure.

Chavez a appelé à plusieurs reprises les communautés à s’organiser pour résoudre leurs problèmes autant par rapport aux exigences matérielles que pour établir de nouvelles relations sociales, des formes de solidarité, un travail commun, volontaire, égalitaire, ce qu’il a appelé « l’esprit de la commune »  »

Un voisin se souvient de ses paroles lors d’une assemblée: « Eh bien, disait Chávez, si nous sommes unis, rien ne nous arrivera ».

Près de vingt ans après le début de la révolution, cet appel de Chávez continue de trouver des réponses. Généralement, dans les secteurs les plus populaires.

Ces expériences, ces avancées, sont réalisées grâce à plusieurs facteurs: le processus d’organisation, la formation permanente que Chávez a dirigée, l’enracinement du Chavisme et de sa culture politique, la décision des mouvements sociaux d’accompagner les communautés dans ce processus, comme , dans ce cas, le courant révolutionnaire Bolivar et Zamora, et les besoins concrets qui existent.

La démarche entreprise à Altos de Lídice se déroule dans un contexte d’incertitude au Venezuela.

Si en termes politiques, il est clair que le Chavisme a consolidé sa victoire présidentielle et maintient l’initiative politique, la grande question est dans l’économie, dans les mesures à prendre, les corrections nécessaires. Face à cela certains secteurs ne se paralysent pas. Ils vont de l’avant, cherchent des pistes de solutions ou créent, dans ce cas, une commune.

Le pari est grand, l’objectif de la commune est de construire un gouvernement du peuple organisé sur son territoire, un gouvernement autonome en co-gouvernement avec les institutions, de mettre en place un tissu économique avec des entreprises sociales dépendant de la commune pour exercer un pouvoir collectif qui doit être déployé pour être le nouvel État à venir.

Pour l’instant, les premières étapes sont de construire les instances d’organisation interne de la commune, les réponses aux demandes concrètes, et toujours avoir en tête l’objectif à moyen et long terme. C’est la révolution qui fait la révolution sans attendre le gouvernement.

Marco Teruggi

Source en espagnol : albainformazione

traduction: VeneSol