Le socialisme communal de Chavez

Entretien avec Robert Longa. Dans un contexte marqué par la guerre économique, le harcèlement diplomatique et médiatique permanent contre la souveraineté du pays, la Révolution Bolivarienne résiste. Dans ce cadre signé par les urgences, on court le risque de perdre l’horizon stratégique, qui dans le cas du Venezuela est la construction du socialisme. ALBA TV TV s’est entretenu avec Robert Longa, une référence de La Commune El Panal 2021 à Caracas, une expérience qui assume le défi de construire le socialisme dans son intégralité depuis le territoire. Longa répond aux questions-clé pour la Révolution : comment la guerre économique est-elle affrontée depuis la commune ? Quel est le rôle du parti et des mouvements populaires ? Quelle portée ont les communes ? Des dollars pour les entrepreneurs ou production sous contrôle communal?

Le socialisme de Hugo Chavez

Pour Robert Longa, les communes ne doivent pas être vues comme une « appendice de la politicaillerie, ni de la bureaucratie ».
Conformément aux propositions faites par le commandant Hugo Chávez, il considère que La Commune ne doit pas seulement être une légalité, « mais une légitimation conquise dans la rue et dans le territoire avec les communards, en donnant le pouvoir au peuple à travers des Assemblées Patriotique permanentes qui définissent réellement la construction du concept de ce que nous voulons, nous les communards, avec l’économie, le politique, le social, le culturel, la santé, depuis toutes les dimensions de l’auto-gouvernement dont parlait le Commandant Chavez.
Chavez, se base sur l’ouvrage Base pour la Démocratie Participative et Populaire de Heinz Dieterich, depuis le Forum de Porto Alegre il donne une définition, une catégorisation de ce que c’est la Révolution Bolivarienne.
Le Commandant Hugo Chavez a dit : « Je cherchais un Capitalisme plus humanisé dans un moment déterminé et donc je me suis approché de la Troisième Voie, celle proposé par Anthony Giddens et le Parti travailliste britannique, mais j’ai découvert qu’il n’existe pas de capitalisme avec un visage humain ; c’est soit le capitalisme ou soit le Socialisme, et nous… nous allons le définir comme Socialisme du XXIe siècle ». Je crois qu’indubitablement le discours de Chavez connaît là un vrai tournant. Et cette Démocratie Participative et Populaire n’est rien d’autre que le peuple au pouvoir. Au-delà de la logique représentative, protectionniste, il disait : « si nous voulons sortir le peuple de la pauvreté, il faut lui donner du pouvoir », et le pouvoir est assumé d’une forme conçue depuis La Commune.
Si nous ne voyons pas La Commune comme un élément de développement stratégique à l’intérieur du projet révolutionnaire, et les partis du mouvement social comme des éléments tactiques à l’intérieur de cette stratégie, alors nous serions en contradiction. Que personne ne nous sorte du chavisme ! « La Commune c’est l’esprit, l’âme du projet Socialiste », disait Chavez. Celui qui ne souscrit pas à cette construction politico-idéologique, est tout, sauf Chaviste. Il est peut être un révisionniste, en contradiction… celui qui ne se trouve pas à l’intérieur de cette énonciation tactique et stratégique du commandant Chavez, entre en contradiction. Je crois que nous sommes dans une étape où le Venezuela est imprégné suffisamment de contradictions, et il nous incombe, avec les outils, avec tout le bagage théorique, avec toute la praxis révolutionnaire que le commandant Chavez nous a laissé, de lutter et de conquérir le concept de La Commune pour notre territoire.

Ce qui est tactique et stratégique

« La Commune est stratégique », dit le porte-parole de Panal 2021. Pour lui, l’utilisation du Carnet de la Patrie, fait partie des mécanismes tactiques, des programmes sociaux, qui permettent une contre-hégémonie sur le domaine de l’Empire, sur le domaine du Capital. Pourtant, il assure que « le parti, les mouvements, sont tactiques, ce qui est stratégique c’est le peuple et le peuple c’est La commune », citant le cubain Orlando Borrego.
Nous croyons que, pour être une Commune, nous devons être le pouvoir, et le pouvoir ça passe à travers la production, c’est à travers la politisation dans les territoires et dans la participation populaire. Dans ce sens, la Commune El Panal 2021, a commencé à utiliser une monnaie qui s’appelle « El Panal », qui permet son échange pour l’achat de biens et services à l’intérieur de la communauté.
Ce n’est un secret pour personne, et cette monnaie existe et surgit, ainsi que Banpanal, c’est le produit d’une même dynamique des mode de production que nous stimulons depuis les communes avec les brigades de travail socialiste, la Brigade Ricaurte, la Brigade Antonio José du Sucre, que nous déployons vers les champs. C’est quoi Banpanal ? C’est une entité de planification, d’administration financière de La Commune. C’est quoi la monnaie ? Un contrat social, mais ce contrat social est relié à la production. Le travail communal en matière d’économie, consiste à avoir une incidence sur la production à travers le travail, pour générer des richesses et des excédents, afin de déterminer un enchainement productif qui n’entre pas dans une logique de marché, mais bien dans la logique de l’humain, et l’humain prévaut sur la logique du marché. Ainsi commence l’autonomisation du peuple tout en changeant la logique des modes de production.

Le mode communal

Parmi les avancées de La Commune El Panal 2021, deux brigades ont été activés, celle de José Antonio de Sucre qui est actif à l’est et la brigade Ricaurte active dans le centre-ouest du pays. Les deux groupes travaillent dans la production agricole et animale. Dernièrement ils réalisent des recherches scientifiques dans le domaine de bovins, de caprins, des porcins, et autre protéine animale. Il y a les champs et les brigades à tâches, nous avons également des brigades de science et de technique, des camarades qui étudient l’agro-technique pour avoir de la main d’œuvre qualifiée afin de travailler la question de la protéine animale, et de la même manière toute la question productive de la partie agricole des terres.
Nous travaillons, en compagnie de quelques camarades de La Via Campesina, avec la méthode de peuple à peuple, du producteur au consommateur. Là nous travaillons à Cojedes, avec l’Institut National de Terres (Inti) qui nous a donné 600 hectares dans le Guárico. Nous sommes aussi dans toute la partie de Miranda, dans l’Aragua, dans l’État de Sucre, et avons conçu cette expérience avec la logique du Commandant Chavez, celle du point et du cercle (Ces bastions, ces tranchées, des entreprises ou moyens de production de propriété publique étatique sont le ‘Point’ dont il faut étendre son rayon d’influence et de construction de la nouvelle logique, ce rayon nécessaire d’agrandissement est le ‘Cercle’). Nous avons décrété 2018 comme « Année de la Production Communale », et par cette voie nous sommes en concordance avec les camarades de El Maizal. Je crois que la clé est là.

Plan de la Patrie, assumer les engagements

Pour Robert Longa, l’appel à concevoir le Plan de la Patrie 2019-2025, doit être approfondi car il a été impulsé par le Commandant Chavez, et le peuple producteur, doit reprendre son rôle prépondérant. L’appel à discuter le deuxième Plan de la Patrie, dans une logique de programme de gouvernement, dans un cadre théorique inachevé, non germé du Plan de Chavez, doit être approfondi. La désignation des protecteurs du peuple est un engagement stoïque qu’assume le président Nicolas Maduro en défense du Peuple Bolivarien-Chaviste, cependant il est nécessaire d’assumer des instances de pouvoir et de responsabilités.
Nous sommes en opposition avec la logique représentative de ce qu’a été la démocratie de la quatrième république. Nous hissons le drapeau de la participation populaire tel que le Commandant Chavez l’a présenté et personne ne va nous écarter de ce chemin. En tout cas, nous croyons que nous devons avancer vers la prolétarisation des quartiers, vers l’industrialisation des quartiers et assurer que les centres d’approvisionnement soient dans les quartiers… Casser avec la logique des marchés, afin de donner une identité de classe à la Révolution Bolivarienne et avancer, en définitive, vers ce que le Commandant Chavez a appelé le Socialisme du XXIe siècle, et de là, développer le concept communal, comme l’un des outils les plus efficaces pour soutenir la stratégie du Peuple au pouvoir.

Les limites de La Commune

Il y a bien-sûr une limite. La seule limite est de passer à une Confédération Communale et à l’État Commun, c’est l’unique limite que nous entendons. Il y a des personnes, qui avec beaucoup de respect, mais avec quelques asymétries temporelles et un certain anachronisme, veulent voir les Conseils Communaux et les Communes comme des associations de voisins ou conseil de copropriétés de la Quatrième République… Ils ne le voient pas comme le Pouvoir Populaire, mais plutôt comme une entité, pour eux, nous sommes juste là pour recevoir des dons.

Intégration du Mouvement Communal

Il est important que le Mouvement Communal au Venezuela et dans le monde se rencontre, afin de consolider le projet communal du Commandant Chavez de construction du Socialisme du XXIe Siècle. C’est-à-dire que nous devons, non seulement échanger nos savoirs, apprendre et désapprendre, mais aussi nous consolider nécessairement derrière une tranchée.
Si nous ne circonscrivons pas la Commune à un espace, à un territoire, nous serions en contradiction avec ce que disait le Commandant Chavez, à propos de l’établissement des Villes Communales, et serions dans une contradiction avec l’idée de passer vers un État Communal. Nous devons répondre à un plan stratégique, cela passe par le regroupement de l’ensemble des expériences communales, l’ensemble d’expériences productives qui nous permettent d’avancer et de fortifier le discours du peuple communard dans la construction de ce modèle.

Bourgeoisie versus Commune

Il y a une bourgeoisie parasitaire qui ne produit rien, il vit de la commercialisation et de la distribution mais n’a aucun type d’investissement social au Venezuela. Ils planifient dans une logique d’exportation, sous la logique de la devise, et non sous la logique du Peuple.
Derrière la logique productive du Peuple il y a du travail et, ce n’est pas que ce soit vu comme une lutte des classes, c’est que c’est réellement une contradiction de classes, c’est la lutte du peuple ouvrier, du peuple paysan contre le patron, et c’est là où les Communes sont en rupture avec ce schéma de subordination, de commandement / obéissance. Qu’est-ce qu’implique Lorenzo Mendoza ? C’est l’expériment appliquée aux sandinistes avec Violeta Chamorro. Le blocus, la guerre, blocus, la guerre qui vient, vient le blocus… et les Sandinistes chantaient « La guerre viendra, mon amour, dans le combat ensemble nous fondons dans les barricades »… Cette intimidation, ce coup cognitif, martyrisant le Peuple avec ce blocus, a fait que ce Peuple dans un moment déterminé, même en étant sandiniste, votait pour Violeta Chamorro, parce qu’ils l’ont attaqué là où Napoléon Bonaparte disait : « Les armées marchent sur leurs estomacs », ils l’ont attaqué depuis le biologique, nos grand-mères disent « un amour avec famine ne dure jamais », et c’est là que l’ennemi attaque.
C’est pour cela que la clef réside dans la production, il consiste en ce que nous allons entrer en contradiction avec ce secteur de la bourgeoisie qui ne produit rien, qui demande des subsides et qui est parasitaire. Le peuple doit savoir que l’organisation de Mendoza au Venezuela n’a jamais semé un seul hectare de maïs.
A l’intérieur de ce scénario de contradictions, il nous incombe de passer à une offensive d’émancipation populaire, et là nous ne pouvons pas avoir des doutes, parce qu’ici se joue l’histoire de l’Amérique latine, l’histoire du Monde, ici ce joue le projet Chaviste, et nous savons qu’avec un Lorenzo Mendoza au pouvoir, ce sera très mauvais pour le mouvement communal et révolutionnaire.
Source en Espagnol : ALBA TV / Traduction : Venesol
L’entretien de Robert Longa est du 12 février 2018 et est visible ici, en vidéo :