La page noire du Parlement Européen

Le Parlement Européen a écrit le 31 janvier dernier une autre page noire dans son ensemble de décisions en s’alignant sur les positions nord-américaines contre le Venezuela. Par 439 voix pour, 104 contre et 88 abstentions, il a reconnu le député du Parlement dans l’illégalité Juan Guaidó qui s’est auto-proclamé « président par interim. » Une motion non contraignante pour toute l’Union Européenne mais qui envoie un message clair de soutien aux putschistes et aux faucons du Pentagone.

En effet, le commentaire emphatique de la diplomate étasunienne a été immédiat : « Nous sommes très encouragés par la résolution du Parlement Européen. Nous appelons instamment et vivement tous les Gouvernements européens et vénézuéliens à reconnaître Guaidó comme président par interim comme l’ont déjà fait 20 pays, » a dit Kimberly Breier, assistante du Secrétaire d’Etat pour les Amériques dans une téléconférence de presse internationale.
Le Parlement Européen est la première institution importante à suivre la voie de l’intervention contre un pays souverain. Les Gouvernements les plus agressifs comme ceux de l’ Allemagne, de la France, de l’Espagne et de la Grande Bretagne auraient voulu approuver un document encore plus définitif contre le Gouvernement légitime du Venezuela mais la position plus nuancée ou opposée d’autres partenaires comme la Grèce, la Suède et l’Italie ont amené à la résolution approuvée. Le document demande à la Haute Représentante pour les Affaires Etrangères, Federica Mogherini, de reconnaître l’usurpateur jusqu’à ce que de nouvelles élections soient organisées à condition – pourrions-nous ajouter – que le résultat soit conforme aux désirs de Washington …
Mogherini a annoncé que l’Union Européenne cherche à coordonner un groupe de contact composé des pays les plus agressifs mais aussi de l’Italie et du Portugal auxquels s’ajouteraient d’autres pays d’Amérique Latine: le Mexique, l’Uruguay, le Costa Rica, l’Equateur et la Bolivie. « Ce groupe, a dit Mogherini, ne représente ni une médiation ni un dialogue officiel mais doit servir à accompagner le processus grâce à la pression internationale pour permettre aux Vénézuéliens de s’exprimer de façon démocratique et pacifique par de nouvelles élections présidentielles. S’il n’a pas une dynamique constructive et utile sur le terrain dans les 90 jours, il sera dissout. » 
Mogherini a également dit qu’elle avait déjà parlé avec le Gouvernement des Etats-Unis. Pendant ce temps, une première réunion a été fixée au 7 février à Montevideo.
L’euphorique Antonio Tajani, président du Parlement Européen a déclaré à la presse qu’il avait appelé Guaidó tout de suite après le vote pour l’assurer qu’il fait tout son possible pour que les 28 pays le reconnaissent en suivant les indications du Parlement Européen. Tajani, membre du parti de centre-droite Forza Italia, a résumé les étapes de l’agression contre le Venezuela: « Une longue bataille politique avec 8 résolutions parlementaires contre le régime communiste de Nicolás Maduro, le prix Sakharov attribué à l’opposition vénézuélienne en 2017 et un important soutien de Bruxelles aux partis de Caracas engagés dans le rétablissement de la démocratie et de conditions de vie dignes. »
Qui a « soutenu » Bruxelles et en quels termes ? Peut-être ces partis qui, comme volonté Populaire (la formation de Guaidó) ont organisé les protestations violentes de 2014 et de 2017. Peut-être ceux qui, comme l’ont prouvé plusieurs enquêtes indépendantes, ont utilisé l’argent pour payer les “guarimberos”.
Comme toujours, les médias sont entachés à des niveaux grotesques par la « crainte du socialisme » qui implique la diabolisation de l’adversaire. Comme pendant les protestations de 2017 quand madame Lilian Tintori accaparait l’espace d’information des grands conglomérats médiatiques, aujourd’hui, ils publient des photos sur lesquelles on voit le président auto-proclamé Guaidó entouré d’une forêt de micros hurlant qu’au Venezuela il y a une dictature et qu’il n’y a pas de liberté d’opinion… Nous avons également lu une description détaillée d’une tentative de remise du « décret d’amnistie » par le « Gouvernement de transition » fantôme aux militaires vénézuéliens.
Un petit groupe d’opposants « audacieux » est allé à la Casona, a frappé à la porte, parlé à un soldat qui, en réponse, a brûlé le papier. Mécontente, une dame est allé lui parler à travers le guichet. Vraiment une dictature extraordinaire. Dans quel pays du monde et encore moins en Italie, pouvons-nous nous approcher d’une garnison militaire sans qu’il y ait de graves conséquences ? Imaginez la résidence officielle du Président de la République… Et que se passe-t-il avec une Italienne, apparemment arrêtée avec des armes et des explosifs au Venezuela et ensuite libérée, qu’on appelle « activiste contre la dictature ? » S’il s’était agi de commettre des délits similaires, dans n’importe quel pays du monde, cela aurait fini en prison pendant des années comme « terroriste. »
En ce qui concerne l’attitude qu’il doit prendre à propos du Venezuela, le Gouvernement italien est divisé entre la partie du Mouvement 5 Etoiles qui, motivé par les déclarations d’Alessandro Di Battista, ne veut pas suivre la voie de l’agression prise par le Parlement Européen et la droite xénophobe représentée par la Ligue. Entre les eurodéputés qui se sont abstenus, il y avait des représentants du Mouvement 5 Etoiles et de la Ligue mais dans le pays, les positions sont différentes.
Le sous-secrétaire aux Affaires Etrangères, Manlio Di Stefano, a déclaré que l’Italie ne reconnaît pas Guaidó et, pour prévenir des conséquences désastreuses que pourrait avoir une attitude d’ingérence,a rappelé la guerre en Libye. Pendant le vote du Parlement Européen, certains membres du Parti Démocrate ses ont aussi abstenus tandis que ceux de Forza Italia ont voté pour. Le Parti Démocrate a toujours été en première ligne pour diriger les batailles interventionnistes contre le Venezuela qui, en ce moment, redevient un sujet de bataille électorale à l’approche des prochaines élections européennes au mois de mai.
Mais pendant ce temps, la connaissance publique de la participation de Trump et des États-Unis au coup d’Etat pose certains problèmes aux pions de la gauche italienne la plus modérée. Les mouvements populaires ses ont mobilisés clairement au niveau européen. Le jeudi 31 janvier dernier, à l’Université La Sapienza, une assistance très attentive de jeunes étudiants et de professeurs a participé pendant des heures à un débat dans lequel on a parlé de l’Amérique Latine et de l’agression contre le Venezuela. Il est important de faire entendre d’autres voix qui brisent le mur du mensonge des médias.
Pendant ce temps, l’agression contre le Venezuela cherche à prendre la forme d’une infiltration sur la frontière, selon le Protecteur de l’état de Táchira, Freddy Bernal. Le « président » auto-proclamé Guaidó a déclaré explicitement à la presse qu’on enverrait de l’aide humanitaire » à partir de différents points de la frontière et que ce sera une nouvelle « épreuve » pour les militaires au Venezuela. « L’aide humanitaire » arrivera là après avoir été chargée dans des bateaux de pays amis. Et nous en pensons pas seulement aux Etats-Unis » Evidemment, ils pensent à la Colombie où les groupes paramilitaires dirigés par l’Empire sont prêts. Ils pensent aussi probablement à l’Europe.

Geraldina Colotti

Source en espagnol : http://www.resumenlatinoamericano.org/

Traduction : Françoise Lopez pour http://bolivarinfos