Pourquoi le Venezuela de 2019 n’est pas le Panamá de 1989

30 ans ont passé depuis l’Opération Cause Juste, l’invasion du Panamá par les États-Unis. 30 ans plus tard, le Gouvernement de Donald Trump « n’écarte pas » une intervention militaire au Venezuela ? Ce ne sera pas une prise aussi facile que le Panamá.

Le 20 décembre 1989, les États-Unis ont envahi le Panamá pour capturer le général Manuel Antonio Noriega qui avait réalisé un coup d’État et était recherché par la justice étasunienne pour trafic de drogues… Mais, il peut y avoir eu aussi d’autres raisons :

Les États-Unis contrôlaient la zone du Canal de Panamá depuis 1903 – quand ils ont entrepris la construction qui relie l’Océan Atlantique au Pacifique et qui a fait connaître le Panamá dans le monde entier – jusqu’en 1999 quand on a commencé à l’appeler zone du Canal et qu’il est passé dans les mains du Panamá. Cela s’est déroulé après l’entrée en vigueur du traité signé par le chef de l’Etat panaméen Omar Torrijos (1968-1981) et le président étasunien James Carter (1977-1981) en 1977 par lequel la restitution de la Zone du Canal au Panamá était établie.

Quand, en 1989, les États-Unis menèrent à bien l’Opération Cause Juste (OCJ), l’une de leurs premières actions fut de dissoudre les forces de Défense du Panamá, montrant au grand jour la véritable cause du déploiement militaire : imposer un Gouvernement qui leur serait loyal pour, ainsi, garder le contrôle de la Zone du Canal.

L’opération, condamnée par l’Assemblée Générale de l’ONU et l’Organisation des Etats Américains, fit environ 3 000 morts et s’est achevée le 31 janvier 1990 par l’investiture de Guillermo Endara comme président du Panamá sur la base militaire étasunienne de Fort Clayton.

Depuis 1999, année où Hugo Chávez a commencé à gouverner le Venezuela, la possibilité d’utiliser la force militaire étrangère pour « sauver » le pays a été un thème récurrent des discussions internationales. En août 2017, Trump en a fini avec les spéculations et a dit qu’il « n’écartait pas » une « option militaire. »

Après que les États-Unis aient reconnu le président autoproclamé Juan Guaidó, le conseiller à la Sécurité Nationale, John Bolton, a été filmé avec un carnet sur lequel on pouvait lire : « 5 000 soldats en Colombie. » Le 2 février 2019, Trump a à nouveau évoqué ce sujet et prévenu que « l’option militaire » était toujours envisagée.

Ces faits s’ajoutent aux déclarations du secrétaire d’Etat Mike Pence qui appelle instamment à en finir avec le « dialogue » et à « agir.» 

Si les États-Unis préparent une intervention militaire au Venezuela, sera-t-elle aussi facile qu’au Panamá?

Le directeur du Bureau de Renseignement et d’Analyse du Département de la Sécurité Nationale des États-Unis, José L. Delgado, a écrit un article dans le numéro de janvier-février 2019 de la revue Military Review de l’Armée étasunienne dans lequel il se demande « Est-ce que c’est une opération comparable à l’Opération Cause Juste au Panamá ? »

Delgado se demande si les forces étasuniennes sont prêtes à faire les opérations militaires nécessaires pour renverser Maduro. Pour lui, « bien que de nombreux parallèles aient été faits entre la situation du Venezuela en 2018 et l’Opération Cause Juste (…) les situations sont très différentes.

Les raisons données par Delgado :

En 1989, le Panamá avait 15.000 troupes, sur lesquelles seulement 3.500 étaient des soldats. Par contre, les États-Unis avaient des bases militaires dans toute la capitale du Panamá et ont employé une force de plus de 26.000 soldats. 

Le Venezuela a 115.000 soldats, des chars et des avions de combat.

Le Panamá avait moins de 3.000.000 d’habitants et un président légitimement élu prêt à prendre les rênes du pouvoir après la destitution de Noriega.

Au Venezuela vivent 30.000.000 de personnes.

« Environ 20% soutient le Gouvernement Maduro. Ces partisans ont une idéologie : le socialisme anti-impérialiste qui sert à unir les efforts dans des réponses coordonnées aux défi de sécurité et explique la résistance politique de Maduro aux pressions extérieures, » indique Delgado.

Les militaires vénézuéliens, la géographie, la doctrine et les capacités du pays sont en grande partie inconnues des forces des États-Unis.

« Si les forces étasuniennes engagent une opération dans les zones fortement construites à Caracas, ou dans certaines zones périphériques, en plus de devoir affronter les forces conventionnelles du Venezuela, il est probable qu’elles affrontent une résistance ferme et armée de la part de forces irrégulières et d’opposition de formes multiples, de la foule qui sympathise avec Maduro et son idéologie politique à des soulèvements armés et à une résistance passive du peuple, » écrit Delgado.

En 1989, il y avait déjà des bases militaires au Panamá. Au Venezuela, il faudrait mobiliser une quantité importante de forces sans avoir aucun point de chute sur le territoire ni aucune logistique fiable ce qui « aurait également un effet important sur la logistique, le temps et l’exécution de l’opération. »

Bien que les forces des États-Unis aient mené à bien de multiples invasions dans d’autres pays de l’OCJ —Bosnie, Irak, Bangladesh, Rwanda et Haïti— si une invasion du Venezuela venait à se produire, pour Delgado, il y a des aspects que l’Armée des Etats-Unis « devrait améliorer » pour surmonter les obstacles :

La nature hybride (urbaine, montagneuse, maritime) du Venezuela « serait certainement un défi pour une force expéditionnaire chargée des opérations militaires. »

Les Etats-Unis n’ont pas l’expérience des guérillas urbaines et le Venezuela « demanderait une longue expérience de la guerre urbaine avec une orientation très particulière sur l’utilisation minimale de la force, du feu direct et des bombardements aériens. » En particulier, on doit mettre l’accent sur « la préservation des infrastructures et des services publics » puisqu’ils « seront importants pour les opérations de stabilisation postérieures, » signale l’expert.

Les forces militaires étasuniennes ne doivent pas opérer de façon indépendante mais « dans le cadre d’un effort conjoint, inter-institutions et avec le soutien multinational le plus large. »

Source en espagnol : RL / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos