CNN, le New York Times et la colonisation médiatique de nos cerveaux

Il y a quelques jours, le New York Times publiait des preuves visuelles irréfutables montrant que les camions « d’aide humanitaire » avaient été incendiés, le 23 février 2019, par les groupes de choc payés par l’opposition vénézuélienne.

Hier, CNN publiait une série de preuves démontrant la planification et l’exécution de l’attentat au drône chargé d’explosif survenu le 4 aout 2018, et qui visait à éliminer le président Maduro et tous les responsables des pouvoirs publics du Venezuela.
Autrement dit, une information venant du cœur du système médiatique faisait exploser la narrative des responsables étatsuniens de la guerre contre le Venezuela, ainsi que leurs portes paroles au sein des rédactions des médias internationaux. Tout ceux qui ont accusé le président Maduro d’avoir brulé les convois « humanitaires » ou qui ont mis en doute l’attentat du 4 août 2018 auraient du publier un démenti, ou du moins présenter leurs excuses pour avoir sciemment dupé les populations de leurs pays. Evidemment, il n’en a rien été et la désinformation quotidienne sur le Venezuela suit son cours.
Les réactions aux révélations de ces grands médias étasuniens nous éclairent surtout sur notre propre colonisation mentale. Elles montrent aussi à quel point les Etats-Unis conservent encore une longueur d’avance dans la bataille médiatique.
Le 23 février 2019, du coté vénézuélien de la frontière, était présent Telesur, Xinhua, HispanTV et Rutply. En d’autres termes, la fake news de l’incendie des convois provoqué par les chavistes avait déjà été dénoncé par les latino-américains, les chinois, les iraniens et les russes. Le jour de l’attentat, la plupart des images disponibles ont été filmé par HispanTV et Telesur. Aucun des journalistes, qui ont risqué leur vie ce jour là, n’ont mis de guillemets autour du mot attentat. Pas besoin de mettre en doute son existence, ils l’ont vu et vécu, huit mois avant les « révélations » de CNN. Ce qui d’ailleurs n’est pas trés professionel de la part de la chaine états-unienne. Imagine-t-on les « révélations » d’un journaliste sportif annonçant en mars 2019 que la France a gagné la dernière coupe du monde de football ?
Mais pour beaucoup en Occident, ces sources –pourtant présentes sur place à chaque fois- restent suspectes car elles proviennent de pays alliés au gouvernement du président Maduro. Pour nombre d’européens et de nord-américains, l’honnêteté et la déontologie professionnelle restent le privilège unique du journalisme occidental.
« Si CNN ou le NYT le dit, alors c’est vrai », devient le nouveau leitmotiv. La vérité ne semble pouvoir s’imposer que lorsque celle-ci émane des médias dominants, car d’autres sources étasuniennes comme Democracy Now ou The Grey Zone, avaient déjà dénoncé ces fakes news.
Pourquoi attendre que ces médias entrent dans une bataille politique pré-electorale interne aux Etats-Unis, et que leurs rédactions veuillent commencer à démonter Trump et son administration avant que celui-ci ne remette son mandat en jeu, pour croire une information déjà diffusée par de nombreux autres médias ?
Il est urgent de déconstruire ce que beaucoup trop de citoyens considère encore comme un canal objectif de la vérité. Il nous faut décentraliser nos sources d’information, et multiplier les sons de cloche pour pouvoir comparer les informations et se forger notre propre opinion. Si l’on doit attendre que des luttes internes aux USA fassent surgir un autre point de vue depuis ce pays, nous sommes condamnés à nous morfondre dans un état de colonisation médiatique. Émancipons nous une bonne fois pour toute!
Romain Migus