Le coût du blocus contre le Venezuela

Lorsqu’on entend dire que des milliards de dollars ou d’euros ont été confisqués au gouvernement vénézuélien, le commun des mortels n’est pas capable de quantifier ou de mesurer ce que cela signifie et quelles sont les conséquences de ce type de sanctions contre l’ensemble du peuple vénézuélien…
Un nouveau rapport du Center for Economic and Policy Research (CEPR), rédigé par les économistes Mark Weisbrot et Jeffrey Sachs, a été publié le 3 mai.
La publication (qui peut être téléchargée intégralement sur http://cepr.net/images/stories/reports/venezuela-sanctions-2019-05-spn.pdf) transforme le blocus et la guerre économique en vies humaines et constate que « les sanctions économiques appliquées par le gouvernement Trump depuis août 2017 ont fait des dizaines de milliers de morts et aggravent rapidement la crise humanitaire ».
« C’est illégal en vertu du droit américain, du droit international et des traités que les États-Unis ont signés. Le Congrès devrait faire quelque chose pour y mettre fin », a déclaré Mark Weisbrot, codirecteur du CMIU et co-auteur du rapport.
« Le gouvernement vénézuélien est généralement rendu resonsable de l’ensemble de la crise économique du pays (…) Mais c’est bien pire que cela. Les sanctions étasuniennes visent délibérément à détruire l’économie vénézuélienne et donc à entraîner un changement de régime. C’est une politique inefficace, inhumaine, illégale et en échec qui cause de graves dommages au peuple vénézuélien « , a déclaré Jeffrey Sachs, coauteur du document.
Les vies perdues suite au blocus sont estimées par le CEPR à plus de 40.000 entre 2017 et 2018 et on estime que la situation pourrait s’aggraver si elle perdure en 2019.
Le rapport du CEPR indique qu’ « environ 80 000 personnes vivant avec le VIH n’ont pas reçu de traitement antirétroviral depuis 2017, 16 000 patients ont besoin de dialyse, 16 000 sont atteints de cancer et 4 millions souffrent de diabète et d’hypertension (dont beaucoup ne peuvent pas obtenir d’insuline ou des médicaments pour le traitement cardiovasculaire) ».
Entre décembre 2014 et avril 2019, le gouvernement américain a adopté une loi et sept décrets exécutifs qui punissent et pénalisent l’économie vénézuélienne en appliquant le blocus et la confiscation des actifs financiers, l’interdiction de négocier la dette de Petróleos de Venezuela SA. (PDVSA), l’augmentation du risque pays et des coûts financiers, l’interdiction des opérations sur or, la confiscation d’actifs (actifs CITGO et PDVSA), les sanctions contre le commerce du pétrole vénézuélien, les sanctions contre la Banque centrale du Venezuela, ainsi que des amendes et des sanctions administratives pour les opérations de commerce extérieur.
Nous avons déjà souligné que le gouvernement américain s’est vanté et a présenté l’application de ces sanctions et leurs conséquences comme des réussites de la gestion de son Département d’État.
Personne ne peut donc prétendre ignorer les conséquences du blocus sur le peuple vénézuélien, puisque les Etats-Unis, et les « faucons » de Washington, non seulement sont effectivement conscients des effets de ces actes, mais ils ont concrètement recherché ces résultats pour forcer le Président Nicolás Maduro à abandonner le poste auquel il a été élu le 20 mai 2018 et à faire capituler le peuple vénézuélien par la faim et les privations.
Dans différentes banques, il y a des « represados » (des retenues) — euphémisme pour désigner l’argent qu’elles ont volé — d’énormes sommes d’argent qui sont en fait la propriété du peuple bolivarien.
Au 30 avril 2019, la Novo Banco de Portugal s’était indûment appropriée 1 547 322 175,89 $ US ; la Banque d’Angleterre a volé de l’or pour 1 323 228 162,57 $ US ; et Clearstream (également d’Angleterre) séquestre des titres de la dette publique pour 517 088 580,00 $ US.
De leur côté, les banques américaines Sumitomo, Citibank et Union Bank ont pris respectivement 507.506.853,37, 458.415.178,178,49 et 230.024.462,00 ; Euroclear et la Banque Eni (toutes deux de Belgique) ont également « retenu » 140.519.752,26 dollars en obligations et 53.084.499,92 dollars en espèces.
La banque française Delubac a également bloqué 38 698 931,70 $ et 41 autres banques et institutions financières de 17 pays ont conservé 654 142 049,10 $ de plus.
Le total des ressources dont ces prestigieuses institutions financières ont privé le Venezuela s’élève à 5 470 030 645,30 USD. Ni vous ni moi n’avons fait confiance à ces banques, mais on sait à qui ne pas confier notre argent. Ne nous le laissons pas « retenir ».
Ce ne sont cependant, pas seulement ces voleurs en costumes-cravates qui se sont appropriés les ressources vénézuéliennes en suivant les indications du gouvernement américain. Le total des pertes et des coûts pour l’économie vénézuélienne causés par le blocus économique imposé par les États-Unis entre 2015 et 2018 est estimé à plus de 130 milliards de dollars.
Ces mesures coercitives unilatérales (appelées par euphémisme sanctions) constituent une stratégie systématique et consciente de violation massive des droits de l’homme du peuple vénézuélien et ont été cataloguées par l’ONU comme crimes contre l’humanité.
À vous comme à moi, cette quantité de zéros donne le tournis, mais je peux vous assurer que ces données sont vérifiées, puisque les sources sont multiples et coïncident : l’organisation de défense des droits humains Sures, l’équipe de recherche Misión Verdad, la professeure Pascualina Curcio, le ministère des Affaires étrangères du Venezuela et le ministère des Finances du Venezuela.
Cette quantité d’argent est difficilement imaginable. Je ne sais pas vous, mais après le premier million, je n’ai pas pu tenir le compte de « ce que je ferais avec ça… ». Mais nous pouvons faire quelques comparaisons pour illustrer ces chiffres.
Selon diverses sources disponibles sur le web, la construction d’un hôpital coûte par lit et tous les services annexes compris entre 1.300.000 et 1.500.000 dollars. En prenant le chiffre le plus bas, avec les sommes que les États-Unis ont volées au Venezuela, deux mille hôpitaux de 50 lits auraient pu être construits, dotés de la technologie la plus récente.
Les coûts de construction d’une école peuvent être vérifiés sur https://webspm.com/Articles/2015/07/01/School-Costs.aspx, où il est indiqué qu’une école pour environ 600 élèves coûte aux alentours de 16 millions de dollars. Avec la dette que les États-Unis et leurs alliés ont envers le Venezuela, 8 125 écoles comptant plus de 600 élèves auraient pu être construites.
Le site Web http://www.globalemergencyvehicles.com/company/blog/ambulance-for-sale-that-will-work-for-your-budget indique qu’une ambulance peut coûter entre 100 000 et 200 000 USD. Supposons un prix moyen de 150 000 et nous voyons qu’avec l’argent volé au Venezuela 866 667 ambulances entièrement équipées auraient pu être achetées.
Selon diverses sources consultées, le coût d’une patrouille de police avec l’équipement correspondant est d’environ 30 000 USD, de sorte qu’on aurait pu payer 4 333 333 patrouilles.
Sans compter qu’avec 130 milliards de dollars on peut payer près de 380 000 traitements à vie pour les malades du VIH, acheter près de 644 millions de tonnes de viande bovine, près de 38 millions de tonnes de lait en poudre ou plus de 320 millions de tonnes de riz.
La prochaine fois que quelqu’un nous parlera de la crise vénézuélienne, traduisons en données concrètes ces chiffres qui pour nous, — gens simples et ordinaires — ne signifient rien.
Parlons de morts parce que le blocus ne nous a pas permis de soigner, des hôpitaux et des écoles non construites, des patrouilles et des ambulances qui ne circulent pas dans les rues, de la nourriture et des médicaments qu’on ne peut acheter, mais qu’on ne nous raconte pas des bobards.
Pablo Siris
Source : America XXI / Traduction : Françoise Lopez & Venesol