La mort d’un capitaine secoue le Venezuela

La mort du capitaine de corvette Rafael Acosta Arévalo a eu des répercussions au Venezuela. Retraité de la Force armée nationale bolivarienne (Fanb) il y a dix ans, Arévalo était détenu à la Direction générale du contre-espionnage militaire (Dgcim) pour une enquête pénale militaire suite à sa participation présumée à l’opération « Vuelvan caras » (volte-face) dévoilée par Jorge Rodríguez, ministre des Communications. Arrêté le 21 juin, sa mort est survenue « lors de sa présentation devant le tribunal compétent », selon un communiqué officiel du gouvernement national du 29 juin.

Les raisons exactes du décès d’Arévalo n’ont pas encore été élucidées. Selon les allégations de sa femme et de son avocat, il aurait été torturé à l’intérieur des installations de la Dgcim, ce qui aurait entraîné sa mort. Le procureur général, Tareck William Saab, a déclaré avoir demandé la détention préventive d’un lieutenant et d’un second sergent rattachés au Dgcim, présumés responsables des faits, accusés d’homicide volontaire avec préméditation.

Arévalo, alias « Gonzalo » au sein de l’Opération, avait pour mission de s’emparer de quinze véhicules blindés de la Banque centrale du Venezuela pour les utiliser lors de l’assaut contre le Service bolivarien de renseignement et le Palais de Miraflores. C’est ce que révèlent les vidéos présentées par Rodríguez, dans lesquelles Arévalo lui-même, avec d’autres personnes impliquées, explique étape par étape les actions du coup d’État qui devait avoir lieu les 23, 24 et 25 juin. Rodriguez a rapporté que le complot avait été infiltré pendant quatorze mois par les services de contre-espionnage du gouvernement vénézuélien. Avec Arévalo, trois autres officiers militaires à la retraite et deux anciens commissaires du Corps des Enquêtes Scientifiques, Pénales et criminalistiques ont été arrêtés.

Le cas du lieutenant-commandant a suscité des réactions publiques dans un contexte marqué par deux enjeux politiques majeurs : les tentatives de dialogue et le rapport qui sera présenté par la Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits Humains, Michelle Bachelet.

En ce qui concerne les dialogues, Juan Guaidó a affirmé que la délégation de l’opposition, qui s’était réunie quelques jours auparavant avec l’envoyé spécial américain pour le cas vénézuélien, Elliot Abrams, ne sera pas présente à la réunion. « L’autoproclamé » a déclaré que la suspension est due à la mort d’Arévalo, et n’a pas annoncé un nouveau rapprochement possible dans la tentative de résolution convenue qui a déjà connu deux sessions publiques à Oslo et a obtenu le consensus de la plupart des pays impliqués, avec l’exception notoire des États-Unis.

Par ailleurs, Nicolás Maduro a annoncé mardi qu’il y aura « de bonnes nouvelles dans les semaines à venir sur le bon déroulement des processus de contacts, de négociations et de pré-accords avec différents secteurs de l’opposition vénézuélienne ». Il l’avait déjà annoncé quelques jours auparavant, indiquant ainsi que les rapprochements ont continué leur processus en dehors des caméras.

En ce qui concerne Bachelet, elle s’est dite « profondément préoccupée » par l’affaire Arévalo et a déclaré : « Je suis choquée par les tortures présumées qui auraient été infligées au capitaine Acosta Arévalo, et parce que le traitement qu’il a subi en détention pourrait être la cause de sa mort (…) J’exhorte les autorités de mener une enquête approfondie, notamment une autopsie conforme aux normes internationales. »

La Haut-Commissaire s’est rendue au Venezuela la semaine précédente, invitée par le Gouvernement, pour rencontrer différents interlocuteurs dont des ministres, des représentants des pouvoirs publics – Bureau du Procureur général, la Cour suprême de justice, l’Assemblée nationale constituante, le Bureau du Médiateur et le Président Maduro. Elle a aussi rencontré des représentants de l’Assemblée nationale, Guaidó, et des organisations de la société civile.

Son rapport final sera lu ce vendredi 5 juillet. L’opposition a appelé à une mobilisation pour cette journée – date anniversaire de la signature de l’acte d’indépendance – depuis le siège des bureaux du Programme des Nations Unies pour le développement jusqu’au Dgcim. La droite sera confrontée à sa perte de capacité de mobilisation. Le dernier appel de Guaidó à Caracas a eu lieu le 11 mai et a réuni environ deux mille personnes. La dernière manifestation a eu lieu lors de la visite de Bachelet et n’a pas atteint ce nombre.

Le pari de l’opposition est de profiter de la mort d’Arévalo pour appeler sa base sociale désabusée à retourner dans la rue. Ce n’est pas le seul cas qui a suscité de l’agitation : lundi après-midi, un jeune homme, Rufo Antonio Chacón, a perdu les deux yeux suite à un tir d’un membre de la police de l’État de Táchira dont le gouvernement fait partie de l’opposition, bien que cette police soit interpellée par le gouvernement national suite à des plaintes pour mauvais traitement de citoyens. Le procureur général a annoncé l’arrestation de deux fonctionnaires dans cette affaire et a déclaré qu’ils seraient « sévèrement punis ».

Aux cas d’Arévalo et de Chacón se joignent des événements tels que l’explosion d’une sous-station électrique dans la ville de Maracaibo, la fausse annonce d’une émeute au sein de la Dgcim, qui ont donné lieu à un panorama troublé. Ces événements se produisent dans le contexte d’une tentative de coup d’État menée depuis les États-Unis avec la mascarade de Guaidó, qui a eu sa dernière opération le 30 juin, et plusieurs opérations violentes démantelées par les services de renseignement. Selon le ministre Rodriguez, la récente opération « Vuelvan caras » comprenait, entre autres, trois cents mercenaires israéliens organisés pour assassiner le président et les principaux dirigeants du Chavisme.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a appelé M. Guaidó pour lui confirmer son soutien « indéfectible » et lui présenter ses vœux pour ce 5 juillet, jour de l’indépendance. Le temps s’accélère à nouveau au Venezuela.

Marco Teruggi

Source : Pagina 12 / Traduction : Venesol