Apportez les preuves, Mme Bachelet!

La politisation et l’instrumentalisation des droits humains utilisés comme prétexte par les États-Unis pour envahir des territoires et violer des souverainetés est devenue pratique courante. De son côté, le « Système » des Nations Unies, avec des discours ambigus, sans fixer de positions et sans exiger le respect des normes internationales, a fait preuve de complaisance envers la puissance impériale et les intérêts du grand capital. Il s’est prêté à la politique de la guerre. D’une manière honteuse et ignominieuse, il a contribué au mensonge et à la manipulation. Il a été complice.

L’humanité attend toujours les preuves de l’existence d’armes de destruction massive en Irak, un mensonge qui a servi à justifier l’invasion de ce pays par les États-Unis en 2003, causant la mort de plus d’un million de personnes.

En tant qu’humanité, nous continuons également d’attendre les preuves des affirmations du Haut Commissaire des Nations Unies aux droits humains, Navy Pally, qui le 25 février 2011 a présenté un rapport ouvrant la voie à l’invasion militaire en Libye sous prétexte d’une intervention humanitaire.

De manière irresponsable, le Haut Commissaire Pally déclara alors : « Bien que les rapports soient encore irréguliers et difficiles à vérifier, une chose est malheureusement claire : dans la violation flagrante et continue du droit international, la répression des manifestations pacifiques par la Libye s’intensifie de manière alarmante avec des massacres, des arrestations arbitraires, la détention et la torture des manifestants. Selon certaines sources, des milliers de personnes auraient été tuées ou blessées (…) Selon plusieurs rapports, des combattants étrangers auraient également commis des meurtres qui, selon certaines informations, continuent d’être introduits dans le pays et équipés d’armes légères et de petit calibre par le gouvernement pour réprimer les manifestations ».

Sans la moindre preuve, au contraire, conscients de la non vérification et de la non conformité de l’information, les propos de Navy Pally ont donné lieu à la résolution A/HRC/RES/S-15/1 du 3 mars 2011, qui stipule : « Le Conseil des droits humains se déclare profondément préoccupé par la situation en Jamahiriya arabe libyenne et condamne fermement les violations flagrantes et systématiques des droits de l’homme commises récemment dans ce pays, notamment les attaques armées aveugles contre des civils, les exécutions extrajudiciaires, les arrestations arbitraires et la détention et la torture de manifestants pacifiques, qui dans certains cas peuvent également constituer des crimes contre l’humanité. »

Nous nous demandons À quel moment les rapports ont-ils été vérifiés ? Des milliers de personnes ont-elles été effectivement tuées et blessées ? Combien exactement ? Les exécutions extrajudiciaires, les détentions arbitraires et les cas de torture ont-ils été vérifiés? Où sont les preuves d’accusations aussi graves qui ont conduit à une guerre toujours en cours et a mis la Libye en ruine ?

Ils ont en outre décidé au Conseil des droits humains, en violation de la souveraineté libyenne : « d’envoyer d’urgence une commission d’enquête internationale indépendante, nommée par le Président du Conseil, chargée d’enquêter sur toutes les violations présumées du droit international des droits humains dans la Jamahiriya arabe libyenne ».

Les propos de Pally et la résolution A/HRC/RES/S-15/1 du Conseil des droits humains de l’ONU ont fait place à la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU de mars 2011 déclarant une zone d’exclusion aérienne en Libye et avec elle l’invasion militaire de l’OTAN. Pendant ce temps, en Libye, un gouvernement parallèle, appelé Conseil national de transition, a été mis en place par des acteurs politiques opposés au président Kadhafi.

La Haut-Commissaire Michelle Bachelet, dans le même style que son prédécesseur Navy Pally, vient de présenter le rapport sur la situation des droits humains au Venezuela. Rempli d’inexactitudes, d’informations non vérifiées et non vérifiables, d’erreurs, d’omissions et de faussetés, le rapport en question est dépourvu de la rigueur et du sérieux exigés par la présentation de ce type de document, dont les implications mettent en danger la paix, non seulement du Venezuela, mais de l’Amérique entière.

Nous n’occuperons pas ces lignes en soulignant la partialité du rapport présenté par Bachelet lorsqu’il fait référence à des informations provenant uniquement d’acteurs politiques de l’opposition, ignorant les données officielles et les rapports d’organisations telles que Fundalatin. Cette question a fait couler beaucoup d’encre. Nous montrerons encore moins le manque de rigueur méthodologique dans la collecte, le traitement et l’analyse de l’information. Sur ce sujet aussi, beaucoup a été écrit.

Nous ne nous attacherons pas non plus à systématiser les contradictions commises par la Haut-Commissaire en affirmant que les droits humains ne sont pas garantis au Venezuela alors que le Conseil des droits de l’homme lui-même a approuvé l’Examen Périodique Universel présenté pour le pays et que l’ONU elle-même vient, par le biais du PNUD, de doter le Venezuela d’un indice élevé de développement humain.

Nous n’avouerons pas notre déception devant le fait que Bachelet n’a pas exprimé son rejet catégorique des menaces d’intervention militaire américaine, ou parce qu’elle n’a pas demandé la fin immédiate du blocus économique, financier et commercial qui frappe le peuple vénézuélien, ou parce qu’elle n’a pas reproché les appels à la haine et la violence de la part des acteurs politiques de l’opposition, qui ont poussé les attaques fascistes au point de brûler des êtres humains vivants.

Nous exprimerons encore moins notre étonnement parce qu’elle n’a pas répudié la tentative d’assassinat du président Nicolas Maduro en août 2018, ni la tentative de coup d’État en avril 2019, ni la tentative d’invasion de la frontière avec la Colombie le 23 février de cette année, ni l’usurpation de la présidence de la République par Juan Guaidó, qui s’est auto-proclamé et qui a voulu former un gouvernement parallèle, ni le sabotage du système électrique qui avait privé tout le Venezuela de ce service public. Peut-être s’agit-il d’événements tellement évidents et notoires qu’elle n’a pas estimé nécessaire de les inclure dans le rapport.

Nous ne nous étonnerons même pas que la Haut-Commissaire n’ait pas cité le rapport de M. Alfred De Zayas, rapporteur indépendant des Nations Unies pour un ordre démocratique et équitable, qui, après s’être rendu au Venezuela en 2017, a présenté un rapport dans lequel il souligne de manière détaillée la nécessité de reconnaître la guerre économique, les mesures coercitives unilatérales et l’attaque monétaire comme causes déterminant ce qui, sur le plan économique et social, se produit dans le pays.

Nous nous bornerons à exiger de la Haut-Commissaire qu’elle présente les preuves et les détails de chacune des graves accusations qu’elle porte dans son rapport. Preuves que, par respect, nous, les Vénézuéliens et l’humanité tout entière, méritons.

Bachelet conclut « qu’il y a des motifs raisonnables de croire que de graves violations des droits économiques et sociaux, y compris les droits à l’alimentation et à la santé, ont été commises au Venezuela. Le Gouvernement a refusé de reconnaître l’ampleur de la crise jusqu’à une date récente et n’a pas pris les mesures qui s’imposaient. Avec l’aggravation de la crise économique, les autorités ont commencé à utiliser les programmes sociaux d’une manière discriminatoire, pour des raisons politiques et comme instrument de contrôle social. »

Nous vous demanderons de préciser quels sont les « motifs raisonnables » qui vous amènent à « croire » que les droits économiques et sociaux sont violés, avec quels éléments de preuve soutenez-vous l’affirmation selon laquelle aucune mesure appropriée n’a été prise, et comment prouvez-vous la discrimination alléguée dans l’octroi des programmes sociaux ? Par exemple, comment expliquez-vous que la distribution des caisses d’aliments (les CLAP) fasse l’objet d’une discrimination pour des raisons politiques, et qu’elle ne s’adresse qu’aux partisans du gouvernement ? Cela signifie-t-il que les 6 millions de familles qui reçoivent la boîte sont chavistes ?

Ou encore Bachelet insinue-t-elle que les 18 millions de personnes que compte la Plataforma Patria sont aussi toutes des chavistes et donc que 100% des personnes âgées qui reçoivent leur pension par ce système communient aussi avec la révolution Bolivarienne, ainsi que les 6 millions de familles qui reçoivent la prime « foyers de la Patrie » et 700 000 femmes enceintes qui reçoivent la prime à la naissance et à l’allaitement ?  Faut-il rappeler que le Venezuela compte 30 millions d’habitants ?

Elle conclu également dans son rapport que « depuis plus d’une décennie, le Venezuela a adopté et mis en œuvre une série de lois, de politiques et de pratiques qui ont restreint l’espace démocratique, affaibli les institutions publiques et miné l’indépendance de la justice ».

Où sont les preuves d’une accusation aussi délicate ? Il est important que vous précisiez à quelles lois et politiques vous faites référence et que vous démontriez comment l’espace démocratique a été restreint dans un pays où sept élections ont eu lieu depuis 2013 avec la participation de tous les acteurs politiques et la reconnaissance par le gouvernement du triomphe de l’opposition.

Il est important que vous expliquiez pourquoi vous dites que l’espace démocratique a été restreint dans un pays où, selon votre propre rapport, les manifestations anti-gouvernementales ont augmenté en nombre et en intensité à partir de 2014 : « il y a eu 9.787 manifestations en 2017, 12.715 en 2018 et 9.715 du 1er janvier au 31 mai 2019 ».

Ou bien la Haut Commissaire fait-elle référence aux pratiques des acteurs de l’opposition de moins en moins démocratiques, par exemple la tentative de coup d’État du 30 avril 2019, l’appel à l’abstention électorale lors des élections présidentielles du 20 mai 2018 ou la tentative d’assassinat récemment avortée par les forces de sécurité de l’Etat? Si c’est à cette attitude antidémocratique de l’opposition que vous faites référence, il convient de le préciser dans votre rapport.

Bachelet poursuit : « Tout cela a permis au gouvernement de commettre de nombreuses violations des droits de l’homme. Ces dernières années, des milliers de personnes, principalement des jeunes hommes, ont été tuées lors d’affrontements présumés avec les forces de l’État. Il y a des motifs raisonnables de croire que nombre de ces décès sont des exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces de sécurité, en particulier la FAES. Ces violations doivent faire l’objet d’une enquête plus approfondie pour déterminer la responsabilité de l’État et la responsabilité pénale individuelle ».

De nombreuses questions se posent à cet égard, en particulier lorsque le Gouvernement est accusé d’avoir commis « de nombreuses » violations des droits de l’homme. Des éclaircissements sont essentiels dans cette section, de même que des données probantes.

La Haut-Commissaire affirme que les autorités ont attaqué certaines personnes, que des milliers d’entre elles ont été tuées dans des affrontements avec les forces de l’État et que ces morts sont des exécutions extrajudiciaires. Présentez les preuves, Mme Bachelet. Énumérez les noms des milliers de personnes qui ont été « tuées » par les forces de l’État. Il s’agit là d’accusations très délicates qui ne devraient pas être formulées en termes vagues dans un rapport à ce niveau.

Mais nous nous interrogeons aussi sur la raison pour laquelle elle publie un procès a priori et accuse le gouvernement alors qu’elle reconnaît simultanément que des enquêtes sont nécessaires pour déterminer les responsabilités. Cela semble contradictoire et pour le moins irresponsable.

Bachelet affirme que : « Le détournement des ressources, la corruption et le manque d’entretien des infrastructures publiques, ainsi que le sous-investissement, ont entraîné des violations du droit à un niveau de vie adéquat, notamment en raison de la détérioration des services de base tels que les transports publics et l’accès à l’électricité, l’eau et au gaz naturel ».

Apportez les preuves, Madame Bachelet, que le détournement des ressources, la corruption et le manque d’entretien sont les causes de la violation du droit à un niveau de vie suffisant. Nous ne nions pas du tout qu’il y a de la corruption au Venezuela, mais démontrez que c’est ceci et non la guerre économique, l’attaque de plus de 9 milliards de pour cent de la monnaie depuis 2013, le blocus financier et le sabotage des services publics qui explique sa « détérioration ».

Bachelet a déclaré : « La mortalité maternelle évitable a augmenté, avec environ 20 pour cent des décès maternels apparemment liés à des avortements pratiqués dans des conditions dangereuses ». Elle a également déclaré : « L’enquête nationale sur les hôpitaux (2019) a révélé qu’entre novembre 2018 et février 2019, 1 557 personnes sont décédées par manque de fournitures dans les hôpitaux » et que les « violations du droit à la santé sont le résultat du non-respect par le gouvernement de ses obligations fondamentales, qui sont inaliénables, même pour des raisons économiques. Les violations des obligations fondamentales sont liées à un manque général de disponibilité et d’accès aux médicaments et aux traitements essentiels, à la détérioration des conditions dans les hôpitaux, les cliniques et les maternités ».

Il est important que la Haut-Commissaire le démontre car selon les informations fournies par le gouvernement, la mortalité maternelle a diminué de 13,76 points entre 2016 et 2018. D’autre part, il est nécessaire pour elle de présenter des preuves des 1557 personnes qui sont mortes dans les hôpitaux en raison du manque de fournitures. En tant que médecin, vous devez savoir que les décès ne sont pas estimés au moyen d’enquêtes, ce sont des faits. En outre, profitez-en et démontrez que la cause de la pénurie et de la disponibilité des médicaments est due à la non-conformité du gouvernement et non au blocus financier et à l’embargo commercial qui ont rendu difficile l’importation de médicaments et de fournitures médicales chirurgicales, ainsi que d’intrants pour leur production.

La Haut-Commissaire insiste : « Le nombre de personnes qui ont été forcées de quitter le Venezuela a augmenté de façon spectaculaire depuis 2018, pour atteindre plus de 4 millions le 6 juin 2019. La Colombie abrite le plus grand nombre de personnes, suivie du Pérou, du Chili, de l’Argentine, de l’Équateur et du Brésil ».

Mme Bachelet, montrez que plus de 4 millions de personnes ont quitté le Venezuela. Nous vous disons que ce sera difficile si vous ne voulez pas contredire les chiffres des Nations Unies qui indiquent qu’en Colombie, au Pérou, au Chili, en Argentine et au Brésil, le taux net de migration est négatif, c’est-à-dire que dans ces pays, il y a plus de personnes qui sont parties que d’entrées. Par conséquent, si plus de 4 millions de personnes sont allées du Venezuela vers ces pays, cela signifie que beaucoup plus de 4 millions ont quitté ces pays, montrez où se trouvent donc ces supposés plus de 4 millions de Vénézuéliens ?

Pour la paix au Venezuela et dans les Amériques, pour le respect de l’humanité tout entière, une attitude sérieuse et responsable s’impose. Il serait opportun de dire la vérité.

Dans l’attente de recevoir les preuves.

Sincèrement vôtre.

Pasqualina Curcio Curcio

Source : Red Angostura / Traduction : Venesol