Les empires ne souscrivent pas les traités des droits de l’homme…

Il n’y a pas de cause plus noble que celle des droits de l’homme, ni d’hypocrisie plus vile que de les utiliser à des fins contraires à celles pour lesquelles ils ont été reconnus.

Les empires ne signent jamais de traités qui les soumettent aux tribunaux des droits de l’homme compétents. Les tribunaux ou les institutions qui prétendent les défendre n’ont aucun scrupule à formuler des condamnations sans fondement pour blâmer les victimes des empires. Un rapport du Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), Navy Pali, dans lequel Muhammar Khadafi était accusé de violations des droits de l’homme, a servi de prétexte au lynchage du président, au bombardement systématique de la Libye par les forces de l’OTAN et au pillage et au démembrement de ce pays par des mercenaires qui, à partir de 2011, le ravagent et le mènent en guerre civile sans fin.

Un document acquiert de la valeur pour sa cohérence avec d’autres documents de la même entité. Le 16 mars 2017, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté, c’est-à-dire approuvé, le résultat de l’Examen périodique universel du Venezuela. Entre novembre et décembre 2017, Alfred de Zayas, expert indépendant des Nations Unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable, nous a rendu visite et a conclu que « la guerre économique n’a pas commencé avec les sanctions de 2015, mais avec l’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez il y a vingt ans ». Le rapport de Michelle Bachelet tente de saper ces deux documents en jetant toute la responsabilité de la crise sur le gouvernement bolivarien à partir de 2018 : « Le détournement des ressources, la corruption et le manque d’entretien des infrastructures publiques, ainsi que le sous-investissement, ont entraîné des violations du droit à un niveau de vie adéquat, notamment en raison de la détérioration des services essentiels comme le transport public, l’accès à l’électricité, l’eau et le gaz naturel ».

Un rapport a la même valeur que ses sources. Le rapport du HCDH sur le Venezuela indique que la Haut-Commissaire Bachelet a rencontré « de nombreux homologues, dont le Président Nicolás Maduro, le Vice-Président, le Ministre des affaires étrangères, de hauts fonctionnaires auprès des 17 ministères, le Président de l’Assemblée nationale et des députés de l’opposition. Elle a également rencontré le Président de l’Assemblée nationale constituante, le Procureur général, le Président de la Cour suprême de justice et le Médiateur. » Seuls 21 représentants du gouvernement légitime sont mentionnés dans ce décompte. Alors que parmi les opposants sont mentionnés plus d’un millier (la plupart du temps sans préciser les noms ou les numéros) : le président élu par personne, les députés de l’opposition, « les représentants de l’Eglise catholique, le secteur des affaires, les universités, les étudiants, les syndicats, les organisations des droits humains, environ 200 victimes, la communauté diplomatique et l’équipe des Nations Unies du pays. » En outre, la Commissaire aurait procédé à « 558 entretiens avec des victimes, des témoins et d’autres sources ».

Mme Bachelet, rampez tant que vous voulez, le Venezuela se respecte!

Un rapport a la même valeur que ses données. Sur les 558 témoignages, le rapport confesse discrètement dans une note de bas de page que « 460 entrevues ont été menées en Argentine, au Brésil, au Chili, en Colombie, en Équateur, en Espagne, au Mexique, au Pérou et 98 à distance ». C’est-à-dire que la majorité s’est déroulée à l’extérieur du pays, avec des gens qui, parce qu’ils sont absents, n’ont aucune connaissance réelle et actuelle de ce qui se passe dans le pays et s’opposent peut-être au gouvernement légitime. Cela montre que le rapport de Bachelet a été rédigé ou du moins documenté avant sa visite, par des sources tout aussi peu au fait de la réalité du pays qu’elle n’avait pas encore visité.

Un rapport vaut autant que son impartialité. Malgré l’omission volontaire de détails, de chiffres et de mesures, il ressort clairement de ses propres aveux que le rapport du HCDH a été rédigé, d’une part, en consultant 21 représentants du gouvernement légitime et, d’autre part, en consultant plus de mille personnes ou institutions qui lui sont opposées, la plupart sans contact direct avec la réalité du pays dont elles témoignent. Cette disproportion impressionnante de près d’une cinquantaine de sources, la plupart anonymes et absentes du pays, exclut toute prétention d’objectivité ou de véracité. Comme le souligne Alfred de Zayas : « Le principe fondamental qui guide tout chercheur honnête est l’audiatur et altera pars : « Toutes les parties doivent être entendues. » Mais pas dans un rapport de un sur vingt.

Une plainte vaut autant que son auteur. Il ajoute que le rapport « garantit la confidentialité » aux personnes interrogées, « pour protéger l’identité des sources, et observe que beaucoup d’entre elles ont exprimé leur crainte de représailles ». Cet argument n’est pas valable. Si la plupart des dénonciateurs étaient à l’extérieur du pays, ils étaient également hors de portée de leurs autorités. Contrairement aux États-Unis, le Venezuela n’a pas d’organes répressifs à l’extérieur de ses frontières. La mention du HCDH signifie seulement que « beaucoup de ces plaintes » (en fait, presque toutes) sont anonymes, et donc sans effet. C’est un principe universel que l’accusé a le droit de connaître les faits dont il est accusé, y compris l’identité de son accusateur. Aucune déposition de témoin ne peut être faite sans identification des noms, prénoms et domicile, sauf dans des cas très limités de procès spéciaux dans lesquels la législation dispense explicitement de telles exigences. Dénonciation anonyme, preuve nulle.

Le rapport examiné n’est rien de plus qu’un recueil d’opinions d’informateurs anonymes choisis de façon préjudiciable pour nuire au gouvernement légitime. Aucune de ses conclusions n’invalide le rapport de Zayas en 2018 : « Certains pays préfèrent prolonger les souffrances du peuple vénézuélien dans l’espoir qu’il plonge dans une crise humanitaire pour justifier une intervention militaire. »

Luis Britto García – 14 juillet 2019

Ultimas noticias / traduction : venesol