Pourquoi le gouvernement canadien combat Maduro et la Révolution ?

Le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, prend la parole lors d’une réunion du caucus du Parti libéral sur la colline du Parlement à Ottawa, Ontario, Canada, le 2 avril 2019. REUTERS / Chris Wattie / File Photo

Depuis la tentative de coup d’Etat des Etats-Unis au Venezuela le 23 janvier dernier, soutenue par le Groupe de Lima dont le gouvernement Justin Trudeau est un membre actif, les principaux médias corporatifs canadiens ont uni leurs voix dans une campagne de haine et de désinformation contre la Révolution bolivarienne, en insistant sur la critique du président constitutionnel élu, Nicolas Maduro.

En raison des nationalisations effectuées par le gouvernement Chavez, plusieurs entreprises canadiennes ont livré des batailles juridiques.

En même temps, il y a eu un débat entre les travailleurs, les syndicats et les militants sociaux et politiques. Il y a quelques semaines, les travailleurs ont fait état de la réaction des affiliés canadiens (plus de cinq millions par l’entremise de leurs syndicats) en faveur du droit du Venezuela à l’autodétermination et contre l’ingérence des Etats-Unis et du groupe de Lima dans les affaires intérieures de ce pays. Des actions et des déclarations au niveau local sont toujours en cours.

Dans ce contexte, certains articles parus dans la presse alternative et sur les réseaux sociaux canadiens, notamment celui qui représente les forces de gauche et progressistes, ou ceux qui s’opposent simplement à l’ingérence étrangère et nous amènent à nous demander: que fait le Canada et pourquoi?

Ces interlocuteurs interrogent courageusement les médias traditionnels, bien que dans ces derniers, il n’y ait de place que pour ceux qui abordent la question du Venezuela en incluant des mots clés tels que « élections douteuses » et « Maduro autoritaire », qui donnent de la crédibilité au récit de l’ingérence américaine et du groupe Lima sous le couvert d’aide « humanitaire ».

Les grands médias évitent de répondre sérieusement à la question: pourquoi le Canada? Ainsi, malgré la présomption du Canada comme modèle de liberté d’expression et de presse, la vérité est cachée au public.

Le Venezuela est-il l’Eldorado de notre temps du Canada?

Qu’écrivent les journalistes et les auteurs progressistes canadiens ?

Des manifestants interrompent la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland lors d’une conférence de presse de clôture avec des membres du Groupe de Lima à la suite de la 10e réunion ministérielle de l’organisation à Ottawa le lundi 4 février 2019. (Sean Kilpatrick/THE CANADIAN PRESS)

La recherche de l’or dans le site mythique de l’Eldorado en Amérique latine a attiré les armées conquérantes espagnoles du XVIe siècle et a causé la mort de nombreux peuples indigènes. Sous ce prétexte, l’Espagne colonisa la majeure partie de la région et exploita d’autres richesses, jusqu’à l’émergence des mouvements indépendantistes latino-américains du XIXe siècle. Mais cette quête de richesse n’a jamais vraiment pris fin, et le Venezuela regorge d’or noir (le pétrole brut) et d’or, comme l’explique le chercheur canadien Nino Pagliccia dans un article récemment publié sur le site « Web Global Research ».

Yves Engler, un autre analyste politique, affirme que les Etats-Unis se sont déclarés intéressés par les réserves d’hydrocarbures de l’Amérique du Sud. Et bien que le Canada ait été plus réservé au sujet de ses véritables ambitions, la vérité est qu’il a aussi des intérêts corporatifs dans le secteur minier, particulièrement dans celui de l’or.

Dans une tentative d’étendre les bénéfices de la rente pétrolière, le Venezuela a forcé, à partir de 2007, les compagnies pétrolières privées à devenir des partenaires minoritaires de la PDVSA appartenant à l’Etat. Cela a conduit, par exemple, à la vente d’une partie de la part de Petro-Canada, établie à Calgary, ce qui a amené certains de ses représentants à dire, en privé, qu’ils se sentaient  » éliminés  » par le gouvernement du Venezuela.

D’autres sociétés canadiennes ont également fait face au gouvernement d’Hugo Chavez pour l’extraction de l’or. Crystallex, Vanessa Ventures Ltd, Gold Reserve Inc. et Rusoro Mining ont livré des batailles juridiques.

En 2016, Rusoro Mining a obtenu 1 milliard de dollars en vertu du traité d’investissement entre le Canada et le Venezuela, tandis que Crystallex a obtenu 1,2 milliard de dollars la même année. Les deux sociétés continuent d’exiger des paiements et ont exigé de l’argent de Citgo, la filiale américaine de PDVSA qui a été dépossédée du contrôle de l’Etat vénézuélien.

En 2011, le Financial Post rapportait que  » des années après avoir stimulé les investissements étrangers en dehors de son secteur aurifère, le président vénézuélien Chavez passe à l’étape suivante: la nationalisation absolue. Soulignant son importance pour le capital canadien, le comité de rédaction du Globe and Mail a critiqué cette mesure dans un article intitulé Chavez nationalise toutes les mines d’or au Venezuela.

Peter Munk, fondateur de Barrick Gold, a écrit une lettre au Financial Times en 2007 intitulée Stop Chávez’ Demagoguery Before it is Too Late. Il est également propriétaire de l’éditorial « Chávez al mando », où il déclare:

« N’ignorons-nous pas les leçons de l’histoire et n’oublions-nous pas que des dictateurs comme Hitler, Mugabe, Pol Pot et d’autres sont devenus chefs d’Etat par un processus démocratique? Autocratique, démagogique, à la manière de Chavez, jusqu’à ce que leurs pays deviennent des régimes totalitaires comme l’Allemagne nazie, l’Union soviétique ou la Serbie de Slobodan Milošević…. Ne donnons pas au Président Chavez la possibilité de mettre en pratique cette démarche progressive pour la transformation du Venezuela.

Le Venezuela est-il l’Eldorado de notre temps du Canada?

Les syndicats canadiens manifestent contre l’intervention étrangère

Les investissements miniers canadiens en Amérique latine ont grimpé en flèche depuis les années 1990 et ont bénéficié de la privatisation des sociétés minières d’Etat et de la flexibilisation des investissements étrangers, explique M. Engler. Au départ, aucune société minière canadienne n’opérait au Pérou ou au Mexique, mais en 2010, on en comptait près de 600 dans ces deux pays.

À l’heure actuelle, les sociétés minières canadiennes ont investi des dizaines de milliards de dollars en Amérique. Tout gouvernement de la région qui renverse les réformes néolibérales qui ont permis cette croissance est une menace pour ses profits. Les banques ont également bénéficié de cette libéralisation.

Quelques jours après le décès de Chavez en 2013, le « Business Report du Globe and Mail » a publié en première page un article sur les intérêts que la Banque Scotia avait acquis au Venezuela avant l’arrivée au pouvoir du dirigeant bolivarien. Il a souligné que  » Banco de Nueva Escocia  (Banque Scotia) est souvent louée pour son expansion audacieuse en Amérique latine, ayant réalisé d’importantes acquisitions en Colombie et au Pérou. Mais au Venezuela, la banque n’a pas fait grand-chose au cours des 15 dernières années, principalement parce que le gouvernement du président Hugo Chavez était hostile aux investissements étrangers à grande échelle.

De tels arguments expliquent pourquoi le gouvernement Trudeau a été impliqué dans les tentatives de coup d’Etat contre le Venezuela, menées par Donald Trump. Le Canada est également à l’avant-garde des sanctions économiques qui, selon des études récentes, sont génocidaires. En fait, la politique du groupe US-Lima représente une déclaration de guerre, même s’il n’y a pas eu d’intervention militaire en tant que telle.

Est-ce la seule façon pour le Canada de défendre les intérêts de ses entreprises au Venezuela? Non, il y a sûrement beaucoup plus de chemins « canadiens « .

Traduction Bernard Tornare, http://b-tornare.overblog.com/2019/07/venezuela-pourquoi-le-gouvernement-canadien-combat-maduro-et-la-revolution.html

Source en espagnol