Nouveau black-out dans la capitale vénézuélienne

Caracas s’est réveillée le 23 juillet avec l’incertitude que provoquent les pannes de courant. La plupart des quartiers de la capitale avaient déjà récupéré le système électrique, et la matinée a été marquée par des coupures de quelques heures dans différents secteurs. La journée a été déclarée chômée par le gouvernement, le service de métro a été désactivé en raison de l’instabilité électrique, et les mouvements ont été ceux qui suivent des pannes : acheter de la nourriture et faire le plein d’essence.

À 14 heures, Freddy Brito, le ministre de l’Énergie électrique, annoncait le rétablissement à « cent pour cent du courant dans la plupart des États du pays ». Il aura fallu moins de 24 heures pour Caracas et le pays : le black-out avait eu lieu à 16h45 la veille. Encore que la réalité de la capitale contraste avec celle de nombreux États : dans la première, les pannes ont été recensées depuis le début de l’année, alors que dans des États comme Zulia, Lara ou Táchira, les coupures de courant sont quotidiennes.

Le ministre de la Communication, Jorge Rodríguez, a rapporté que : « Les premières indications reçues de l’enquête indiquent l’existence d’une attaque électromagnétique visant à affecter le système de production hydroélectrique du Guayana, le principal fournisseur dans le pays ».

Selon le ministre, il s’agirait d’une nouvelle attaque contre le réseau électrique national, comme l’avait déjà dénoncé le gouvernement national lors des coupures précédentes, notamment lors de la plus grande panne d’électricité qui a débuté le 7 mars dernier et qui a duré plusieurs jours. M. Rodríguez a annoncé que la reprise serait rapide car, après les attaques présumées, des « protocoles de protection et de sécurité » avaient été mis en œuvre.

De son côté, l’opposition a accusé le gouvernement d’être responsable de la panne. Le même message est venu des Etats-Unis, où, par exemple, le sénateur républicain Marco Rubio, un responsable de la stratégie contre le gouvernement de Nicolás Maduro, a déclaré que la cause du black-out était « le régime ».

Suite à la coupure généralisée, une certaine tension était visible dans les rues, tension due en particulier au moment où s’est produit le black-out — fin de la journée de travail et arrivée progressive de la nuit — à son impact sur les transports et aux inquiétudes propres à chacun et pour ses proches. En même temps, le calme, la résignation régnaient et les conversations se poursuivaient aux carrefours des quartiers populaires. Caracas montre une certaine habitude face à la difficulté : le gouvernement a activé les services de transport d’urgence et des embouteillages se sont formés dans les points de la ville où l’on sait qu’il y a un signal téléphonique quand des pannes surviennent.

Dans ce contexte, ce 23 juillet, Juan Guaidó a « célébré » ses six mois d’autoproclamation. Il a appelé à une session publique de l’Assemblée nationale à l’un des points de concentration habituels de l’anti-chavisme à Caracas. La participation à l’activité a été faible et représentative des secteurs traditionnels de la droite vénézuélienne et l’absence des secteurs populaires.

Là, Guaidó a annoncé l’approbation de l’entrée du Venezuela dans le Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque (TIAR), l’acte de défense mutuelle interaméricaine dont le Venezuela s’est retiré en 2012 avec la Bolivie, le Nicaragua et l’Équateur. Le TIAR ouvre parmi d’autres possibilités la demande de formation d’une coalition de forces interaméricaines pour mener à bien une intervention militaire.

Cette approbation est une demande constante depuis plusieurs semaines de la part des secteurs de l’opposition qui ne voient d’issue que par une action de forces militaires étrangères. Guaidó a alimenté son discours sur les implications du TIAR, le présentant à la fois comme un outil possible pour une action de force tout autant qu’un instrument aux seules fins diplomatiques et économiques.

L’approbation du TIAR par une puissance publique dans une logique de tentative de coup d’Etat a lieu dans le cadre des dialogues qui se tiennent à la Barbade. Le gouvernement et l’opposition ont déjà tenu quatre réunions publiques depuis mai, deux à Oslo et deux sur l’île des Caraïbes, avec la médiation centrale du gouvernement norvégien, qui a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de la discrétion quant au contenu.

On ne sait pas encore quels seraient les points de l’accord s’il était conclu. L’un des nœuds centraux du différend réside dans la présence de Nicolás Maduro à la tête de la présidence. Elliot Abrams, envoyé spécial des États-Unis pour le Venezuela, a déclaré dimanche dernier dans une interview que : « Il n’est pas possible qu’il y ait des élections libres et équitables avec Maduro à la présidence (…) accepter des élections et permettre à Maduro de se maintenir jusqu’à ce qu’elles aient lieu équivaut à renoncer au changement ».

Le discours d’Abrams non seulement ne se contente pas d’exiger que Maduro ne se présente pas à une éventuelle élection présidentielle, mais également qu’il se retire avant celle-ci. Pour sa part, le président a exhorté les instances du Parti socialiste unifié du Venezuela à préparer les élections qu’il annonçait depuis plusieurs mois déjà, à savoir l’élection d’un nouveau pouvoir législatif. Aucun dirigeant chaviste n’a vu la possibilité d’élections présidentielles jusqu’à présent, et Diosdado Cabello, président de l’Assemblée nationale constituante, a fait savoir qu’il était en désaccord avec cette possibilité.

Divers éléments se développent en même temps que les négociations à la Barbade : le black-out à la suite d’une nouvelle attaque dénoncée par le gouvernement, l’approbation du TIAR, l’avion de reconnaissance nord-américain entré dans la zone internationale de souveraineté vénézuélienne sans autorisation vendredi et a été intercepté par deux Sukhoi, la récente réunion du Mouvement des pays non-alignés où 120 gouvernements ont reconnu Maduro et se sont opposés au blocus nord-américain. Les discussions n’arrêtent pas les autres variables qui, à leur tour, servent à établir la corrélation des forces en vue d’un éventuel accord.

Marco Teruggi

Source : https://www.pagina12.com.ar/208013-nuevo-apagon-en-la-capital-venezolana

Traduction : Venesol