Cette gauche qui rejette Maduro vient de la maternelle, ils sont politiquement castrés

Atilio Alberto Borón (76 ans) est docteur en sciences politiques de l’Université de Harvard, à l’Université de Buenos Aires et l’une des voix les plus importantes en sciences sociales en Amérique latine. C’est précisément ce que l’on imagine : un intellectuel argentin de gauche, très cultivé, avec un accent de Buenos Aires et une voix usée par l’excès des cours. Cependant, sa connaissance du Chili et sa maîtrise de Twitter sont surprenantes. Son obsession la plus récente est l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, à qui il a consacré 224 pages dans « El hechicero de la tribu« , une sorte de réponse politique à l’autobiographie du péruvien. Cependant, il se lance rapidement dans la contingence et tire à boulets rouges contre l’indolence américaine, la fraude macriste en Argentine et la naïveté de la gauche progressiste. Au Chili, sa critique vise surtout Michelle Bachelet et Gabriel Boric.

D’où est venue l’idée d’écrire un livre sur Vargas Llosa ? Une provocation ?

Il est probablement l’un des écrivains les plus remarquables de la langue espagnole des 50 ou 60 dernières années. Mais je ne l’analyse pas de ce point de vue, mais plutôt comment Vargas Llosa joue son rôle d’intellectuel public et de grand propagateur d’idées néolibérales. C’est un personnage absolument unique, il n’y en a pas d’autre comme lui dans le monde, pas même aux États-Unis, vous n’avez un propagateur qui a un rayonnement internationale comme lui. C’est un propagateur du sens commun du libéralisme : « Arrangez-vous comme vous le pouvez, mettez de côté l’action collective, chacun progressera s’il est un travailleur, honnête, efficace, instruit, oubliez les syndicats, les associations, les partis, arrêtez de tout demander à l’Etat ». Toutes ces idées qui ont fait tant de dégâts. Et il l’exprime très bien, parce qu’il les met dans des mots très séduisants, c’est un grand écrivain. Pour moi, il a toujours été un objet d’étude permanente, avec plaisir. J’ai lu ses romans et je les ai appréciés. J’ai lu ses analyses politiques et j’étais très en colère.

Peut-on dire que Vargas Llosa fait partie d’une certaine intelligentsia latino-américaine de droite ou est-il plutôt un outsider ?

Vargas Llosa est le grand intellectuel organique de la droite latino-américaine et j’affirmerais presque du monde. C’est un type que le roi Juan Carlos « honore » en tant que marquis. Il s’agit d’un personnage unique. Il n’y en a pas d’autre. Un homme avec une solide expérience dans son domaine, mais pas dans la philosophie politique. Dans son livre, il explique pourquoi il s’est converti au libéralisme. Il présente les auteurs qui lui ont ouvert les yeux, car, jeune homme, il a été marxiste de la lignée de Jean Paul Sartre et soutien ensuite le champ du socialisme jusqu’en juin 1971, il se déclarait socialiste et disait que la Révolution cubaine est « un exemple pour l’Amérique ». Il ne s’agit pas d’une momie intellectuelle classique comme il y en a tellemnte ici au Chili, en Argentine ou au Brésil. Il s’agit d’un homme qui vient d’une pensée critique et de gauche, et qui soudain, après un certain temps, abandonne ses idées de départ, abandonne ses conceptions du monde et devient un apologiste de la droite.

Ici au Chili, nous avons les soi-disant « convertis », comme l’ancien ministre des Affaires étrangères Roberto Ampuero, qui a une trajectoire similaire liée à la littérature et qui finit comme ministre de Sebastian Piñera, ont aussi fait leur apparition… dans quelle mesure ce phénomène est-il courant ?

Pas tant que ça. Il se trouve que Vargas Llosa est absolument exceptionnel. Avec tout le respect que je dois à Ampuero, même au Chili, il n’a pas eu la gravitation que Vargas Llosa a. C’est un personnage universel. Son histoire est très douloureuse. Il était dans une cellule communiste à l’époque de la dictature d’Odría, qui a attrapé les communistes, leur a tranché la gorge et les a jetés à la mer. C’est un type de caractère, d’humeur, il n’est pas n’importe qui et il a une énorme influence. Cependant, il vend un produit défectueux qui est l’idée que si vous voulez la démocratie, la seule façon est de construire une société de libre marché et je vérifie la faiblesse de cet argument, désavoué non seulement sur le plan théorique. Le libéralisme et la démocratie sont deux courants de pensée complètement différents. La Constitution américaine, qui est le prototype de la Constitution libérale, ne parle jamais de démocratie. Elle n’est ni identifiée ni définie comme une démocratie.

En 2010, il est titré marquis de Vargas Llosa par le roi d’Espagne, Juan Carlos Ier

LA RÉGRESSION DES GOUVERNEMENTS PROGRESSISTES

Comment la pensée de Vargas Llosa s’inscrit-elle dans cette offensive de la droite latino-américaine au niveau continental ?

C’est le grand argumentateur. Quand tout ce processus des nouveaux gouvernements progressistes et de gauche en Amérique latine est arrivé, c’est lui qui était chargé de dire qu’ils étaient de mauvais gouvernements, étatistes, collectivistes, interventionnistes et qu’ils allaient tous échouer, et d’accuser injustement les principaux dirigeants, parfois de manière grossière, avec une manipulation maladroite des données les plus élémentaires. Cependant, après cinq ans, cela devient une question de bon sens.

Mais au-delà du plan des idées, comment expliquez-vous le recul des gouvernements progressistes et la montée de la droite ?

Dans certains cas, ces gouvernements ont duré longuement et, de toute évidence, il y a une usure. Deuxièmement, le climat économique international a été très défavorable. Ainsi, il devient de plus en plus difficile de se maintenir au gouvernement et de pouvoir gouverner sur la base d’un projet, si l’on veut, redistributeur et égalitariste. Regardez les préoccupations actuelles au Chili au sujet de la chute du prix du cuivre. Imaginez les pays qui ont une grande faiblesse du point de vue de leurs exportations, le Venezuela avec le pétrole, la Bolivie avec le lithium, le soja en Argentine et au Brésil, a manifestement perdu de l’élan. Troisièmement, parce que ce sont des gouvernements qui ont commis des erreurs comme tous les gouvernements du monde. J’ai un doctorat en sciences politiques, si vous me dites de mentionner un seul gouvernement qui n’a pas fait d’erreurs avec une certaine fréquence, j’en serais incapable. Les Norvégiens, les Suédois, les Suédois, les Suisses, les Finlandais, tous ont commis des erreurs. Mais de toute façon, ce sont des gouvernements qui sont attaqués en permanence. Je trouverais beaucoup plus convaincant de critiquer ces gouvernements s’ils étaient laissés tranquilles pour voir comment ils fonctionnent. A quoi ressemblerait Cuba s’il n’avait pas à supporter 60 ans de blocus ? Car ainsi il est difficile de bien gouverner. C’est comme si vous aviez un petit commerce ici à Plaza Italia, je vous met cinq voyous qui ne laissent entrer aucun client, qui ne vous laissent pas sortir non plus, qui volent votre voiture dehors, qui réalisent que vous avez un dépôt dans un compte bancaire, et qui vont le dévaliser. Vous aurez de plus en plus de difficultés à soutenir votre entreprise. Malgré tout, je ne dirais pas qu’un cycle de droite commence en Amérique latine. Il n’y a aucune preuve de cela. Du moins, pas encore. Macri a de très graves problèmes en Argentine, une économie dévastée, un PIB qui a diminué au cours des deux dernières années. Le Brésil est dans un processus accéléré de désindustrialisation, de chute du PIB, au milieu des explosions de l’autoritarisme et de l’oppression. Dans les favelas, la vie est devenue un enfer.

Et qu’en est-il de la situation vénézuélienne, qui était à l’époque la figure de proue du socialisme du XXIe siècle avec Hugo Chavez et qui est maintenant en difficulté ?

C’est très compliqué (met l’accent sur le « très »). Pour comprendre ce qui s’est passé au Venezuela, il faut comprendre la genèse de tout cela. Les États-Unis n’ont jamais accepté qu’un gouvernement comme celui de Chávez récupère le pétrole pour les Vénézuéliens. Puis, il a organisé le coup d’État du 11 avril 2002, qui a été reconnu par le gouvernement de Ricardo Lagos au Chili, dont Michelle Bachelet était déjà ministre. Chavez a rebondi parce que le peuple l’a rétabli au pouvoir et un cycle a commencé où il a été écarté du jeu. Dès lors, il y a une agression contre le Venezuela, un pays très dépendant, mono-exportateur du pétrole, rien de plus. De toute évidence, le gouvernement a de nombreux problèmes. Jimmy Carter dit que le système électoral vénézuélien est plus transparent, le plus pur et plus fiable que celui des États-Unis, en dépit de cela l’idée est installée qu’il n’y a pas eu d’élections libres, qu’il y a eu fraude, que ceci, que l’autre, que l’on n’a jamais réussi à prouver. Imaginez qu’apparaît un fou qui se rend sur la Plaza Italia et dit : « Je suis le nouveau président du Chili, je me proclame président du Chili ». Cinq minutes plus tard, il y a un tweet de Donald Trump en personne disant qu’il reconnaît ce fou. Juan Guaidó n’était connu de personne au Venezuela. Qui est ce type ? Dès lors, une offensive brutale s’intensifie et le Venezuela connaît de très graves problèmes humanitaires. De plus, vous avez une opposition qui n’a pas accepté le verdict des urnes en 2014 et 2017, qui a détruit une bonne partie des installations physiques du pays, qui s’acharne avec des gens dans la rue qui, pour avoir l’air de Chavistes, ont été aspergé d’essence, mis le feu et les ont tués. Que le rapport de Mme Bachelet ne les mentionne même pas, sera son éternel déshonneur. Vous pouvez bien-sûr mentionner la répression des manifestants par Maduro. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux étaient hyper-violents, ils ont lancé une bombe incendiaire dans une chambre d’enfant d’un hôpital, par exemple : que faites-vous de ces gens, vous-vous mettez à prier ou utilisez-vous le pouvoir de l’État pour rétablir l’ordre ?

GAUCHE LATINO-AMÉRICAIN

Dans ce contexte, quel est le rôle qui correspond au reste de la gauche latino-américaine, sachant que le Venezuela a suscité le débat et que récemment Pepe Mujica l’a qualifié de « dictature » ?

Eh bien, il doit gagner les élections et il a peur que l’électorat de la classe moyenne uruguayenne ne change d’avis. Comme l’idée a déjà été installée – soudain il ouvre son sac et sort une série d’images. Quand ils commencent à parler de la dictature, c’est un argument qui a un impact très fort. Je vais vous montrer cette photo – il montre l’image d’un homme en T-shirt qui dit « Maduro, Coño e’ tu madre » (Maduro, con de ta mère), vous savez qui est cet homme ?

Non, je ne sais pas.

C’est un maire au Venezuela habillé ainsi pour remplir ses fonctions. Puis il rentre chez lui, il sort avec ses enfants. Qu’est-ce que c’est que cette dictature ? Que se serait-il passé si au Chili, même pas maire, tu étais sorti avec un T-shirt qui disait « Pinochet Hijo de Puta » ? Combien de temps aurais-tu tenu ? Ou en Argentine avec Videla ? Cinq minutes et vous aurais disparu immédiatement. Ceux qui disent que le Venezuela est une dictature disent n’importe quoi ou font un calcul pour paraître bien avec les puissances dominantes, pourquoi la gauche se plie-t-elle à cette campagne ? Je voudrais que cette gauche confuse dans toute l’Amérique latine cesse de répéter le discours de la droite. Ils pensent qu’ainsi ils les laisseront gouverner. C’est naïf… c’est bien pour un gosse de maternelle. Ils tiennent le pouvoir fermement entre leurs mains, ils dominent le capital financier, les médias et ils ont la justice de leur côté. C’est si terriblement naïf.

Ici, au Chili, la gauche démocratique s’est articulée autour du Frente Amplio. L’un de ses députés, Gabriel Boric, a fait des déclarations au sujet du Venezuela. C’était un leader étudiant…

Oui, je le connais.

Je cite ce qu’il a dit : « Je suis convaincu que, tout comme nous condamnons les violations des droits de l’homme au Chili pendant la dictature, les coups d’État blancs au Brésil, au Honduras et au Paraguay, l’occupation israélienne de la Palestine ou l’interventionnisme des États-Unis, nous devons condamner avec la même force la restriction des libertés à Cuba, la répression du gouvernement Ortega au Nicaragua, la dictature en Chine et la dégradation des conditions démocratiques fondamentales au Venezuela. Qu’est-ce que t’en penses ?

Dites-lui que je lui recommande de faire des études sérieuses en sciences politiques avant de dire n’importe quoi. Ce qu’il me dit, c’est qu’il est un étudiant de première année, je l’envoie immédiatement en début de cycle pour recommencer. Ça n’a pas de sens. Le mélange de la Chine, du Venezuela et de Cuba dans ce paquet parle d’un manque absolu de professionnalisme. Je ne sais pas quelle est sa profession, il doit être vétérinaire….

Il a étudié le droit…

Les avocats parlent de tout et ne savent rien. Ce qu’il dit est une aberration. Je le mets au défi de participer à un débat sérieux avec des gens aguerris afin qu’il puisse répéter à nouveau cette connerie. S’il vous plaît ! C’est dommage, parce que Boric, jeune homme, était prometteur, voué d’être différent, malheureusement il a vieilli de 50 ans en disant cela.

L’AVENIR DE L’AMÉRIQUE ET DE L’EXTRÊME DROITE

Vos projections sur le Venezuela sont-elles optimistes ou pessimistes ?

Très pessimiste. En 2017, Rodríguez Zapatero était médiateur entre l’opposition et le gouvernement vénézuélien en République dominicaine. Elle a duré presque toute l’année et un accord a été conclu pour pacifier la situation, normaliser, institutionnaliser, un agenda d’élections, etc. Ils se sont mis d’accord. Cinq minutes avant sa signature, le président colombien Duque a appelé pour dire qu’il avait reçu des instructions de la Maison-Blanche et qu’aucun accord ne devait être signé. La question que je pose à Boric et à certaines personnes se disant de gauche au Chili : êtes-vous d’accord pour affirmer qu’un président en Amérique latine ne peut rester au pouvoir que s’il a l’aval et le soutien du gouvernement des États-Unis ? L’histoire du Chili ne vous dit rien ? N’avez-vous donc rien appris de l’histoire de l’unité populaire et du sinistre rôle des États-Unis ici ? Combien de gens sont morts à cause de l’intervention étasunienne ? Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont des rapports de la commission Church intitulée “Covert Action In Chile 1963-1973” qui montrent comment la CIA est intervenue dans le but de renverser le gouvernement d’Allende avant sa nomination par le Congrès. Ces critiques… ne font-ils pas des connections ? D’où viennent ces gens ? Ce sont des extraterrestres, ils ne vivent pas dans ce monde. Ils ne vivent pas au Chili pour commencer, ou ils n’ont aucune connaissance de l’histoire chilienne. Et si vous ne le savez pas, vous ne pouvez pas faire de la politique sérieuse au Chili. Faites autre chose, je le dis avec affection et respect.

Pour en venir à une autre question, qu’en est-il de Cuba, qui s’est retrouvée dans une position désavantageuse après l’élection de Donald Trump ?

Cuba est prête à résister à un durcissement du blocus, ce qui est déjà le cas. Le blocus en droit international est un crime contre l’humanité, car vous causez la mort, vous empêchez l’accès à la nourriture, les médicaments et à l’eau, et cela dans l’indifférence de la communauté internationale. En d’autres termes, vous pratiquez une sorte de génocide de « cols blanc », c’est une dictature mondiale ! C’est pourquoi je dis à ces amis, à tous ceux qui sont si durs dans leur critique de la dictature supposée de Maduro, pourquoi ne parlent-ils pas de la dictature de Trump, qui empêche les pays tiers de choisir leur destin ? Ici il y a un problème très sérieux de formation théorique d’une gauche qui semble parfois analphabète. Ou du moins, totalement amnésique, inconsciente de ce qui s’est passé dans son propre pays. Un homme comme Pepe Mujica, qui a passé 13 ans dans une cellule, comment peut-il ignorer le rôle que l’impérialisme a joué en Uruguay à l’époque et ne pas le relier à ce qui se passe dans le monde actuel ? Cela fait partie d’un problème de formation d’une gauche qui, en raison de son incapacité à atteindre le pouvoir, est entretenue par ce type de spéculation et de conjecture. Mais pour en revenir à Cuba, je pense qu’ils vont résister comme toujours. Ils les bloquent depuis 60 ans et ils n’ont pas réussi à les faire plier.

On a beaucoup parlé d’ouverture…

Oui, Cuba ouvre, mais les États-Unis ferment. Cuba est ouverte à l’investissement étranger, pour l’accueillir selon de nouvelles normes. Même la Constitution cubaine donne de nouvelles garanties pour qu’il y ait des investissements productifs générateurs d’emplois, d’activité économique et de production de biens. Mais Trump sanctionne les entreprises qui font du commerce et investissent à Cuba. C’est ce qu’il faut dénoncer. Trump est un tyran du monde et un génocidaire. Voyons si on peut le dire. Je ne peux pas comprendre qu’il y ait une gauche qui s’amuse à parler de Maduro et ils ne disent pas un mot sur les enfants réfugiés que Donald Trump met dans une cage et les sépare de leur famille. N’est-ce pas un problème de droits de l’homme, est-ce que la gauche ne devrait pas dire quelque chose sur les enfants enfermés à la frontière américaine, ne devrait-elle pas dire que tous les deux jours on tue un dirigeant indigène, noir, mulâtre ou supposé guérillero en Colombie, dans une opération brutale de nettoyage ethnique ? Mme Bachelet, HautCommissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies, ne pense-t-elle pas qu’elle devrait faire quelque chose ou est-ce que les droits de l’homme ce n’est valable qu’au Venezuela, et en Colombie il n’y a pas de problèmes, ni en Haïti, ni au Paraguay, ni au Brésil, ni au Honduras ?

Et en Argentine, de quoi a l’air le scénario, face aux élections présidentielles ?

Je pense qu’il y a une chance raisonnable que Macri soit défait lors des élections d’octobre au premier tour. Le gouvernement a été désastreux, avec toutes sortes de problèmes, méga-dette extérieure, dépression économique, chute des actifs des pensions et des retraités, hausse du chômage, PME qui ferment quotidiennement, un pays qui stagne vraiment économiquement avec une inflation deux fois supérieure à celle de Cristina Kirchner. Ils se présentent avec la folie de l’appui de Donald Trump, qui a forcé le Fonds monétaire international à verser la plus grande aide de l’histoire du FMI à un seul pays. C’est de la vrai folie et cela montre qu’il ne s’agit pas d’une entité économique indépendante. Zbigniew Brzezinski, qui était un grand stratège américain, l’a dit en disant que le fonds est un département du gouvernement américain, en effet, Trump a ordonné d’ « aider Macri » et ils lui ont donné une aide de l’ordre de 57 milliards de dollars. C’est dingue. Tu crois qu’ils ont fait beaucoup de travaux publics avec ça ? Non, les amis du roi s’en sont emparés. C’est un pillage à grande échelle. Des voleurs en col blanc comme je n’en ai jamais vu de ma vie. La corruption est universelle, encore plus dans le capitalisme renforcé par le rôle de l’argent et du profit. Mais en Argentine, la corruption de ce genre est sans précédent.

Qu’en est-il des élections aux États-Unis ?

Trump va gagner, malheureusement. Les démocrates sont très discrédités. Hillary Clinton ne vaut pas mieux que Trump, soyons clairs. Il y a neuf secondes qui la condamnent pour l’éternité. Vous avez sûrement vu qu’elle est assise et on lui dit que Kadhafi a été tué. « « Nous sommes venu, nous avons vu, il est mort, hahaha, » dit-elle. C’est une hyène au service des pires intérêts du complexe militaro-industriel américain. Trump, aussi, mais moins. Ce type s’intéresse à la construction de terrains de golf, à la construction… Mais Hillary Clinton est une lobbyiste. Il n’y a pas d’alternative. Bernie Sanders a un projet très intéressant, mais il est très vieux, il a 80 ans. Il parle du socialisme, il a toute la presse contre lui, ça va être très difficile. Joe Biden est un personnage anti-charismatique. Je pense que nous avons Trump pour un moment.

Quelle peur faut-il avoir de l’extrême droite au pouvoir, comme Trump ou Bolsonaro au Brésil, ou de ce que José Antonio Kast essaie de faire au Chili ?

Ce sont des personnages très sinistres. Des gens qui peuvent tout faire. Ce que fait Bolsonaro au Brésil n’a pas de nom. Une agression ouverte contre tout ce qui sent le populisme, la réduction des dépenses de l’éducation, le transfert à des entreprises étasuniennes de grands laboratoires fabriqués par Petrobras, avec des fonds publics par l’Université de Rio de Janeiro. Il le leur a apporté sur un plateau! De plus, il avance dans la déforestation de l’Amazonie, propose que chaque enfant ait une arme et apprenne à tirer, c’est-çà la proposition qu’ils nous font pour avoir une meilleure société ? C’est pour ça que je vous le dis, cette gauche qui rejette Maduro est une gauche de maternelle. Soit elle se vend totalement, soit elle se résigne à rester en permanence un élément décoratif des gouvernements de droite pour démontrer qu’il existe un pluralisme au Chili. Ils sont politiquement castrés de toute capacité à faire les changements qui s’imposent.

The Clinic / traduit par Venesol