Venezuela, le trésor rebelle de l’Amérique du Sud

L’histoire des Etats-Unis peut être brièvement décrite comme une succession d’actes de violence : invasions, agressions, vols, extorsions, intrusions, oppressions, racisme et génocide sur son propre territoire et en dehors, qui, par ailleurs, a l’ampleur que ce type de faits lui permet grâce aux actions mentionnées. Agitant des drapeaux de liberté, ils ont plongé l’Amérique (et le monde) dans la misère, comme l’avait prédit le Libérateur Simon Bolivar. Nous n’allons pas énumérer les cas ici, parce qu’au lieu d’un article, nous devrions écrire des livres, mais il est important de se rappeler de qui nous parlons lorsque nous parlons des Etats-Unis d’Amérique.

Nous savons clairement comment l’industrie culturelle américaine a réussi à pénétrer et à convaincre la moitié de la planète de son destin manifeste. Ses prétendus idéaux de liberté et de progrès déguisent une histoire sanglante et peignent en couleur un statut de pouvoir bâti sur les ressources des autres et les cadavres de millions de personnes, y compris ses propres citoyens. Le pays qui « gouverne » aujourd’hui le magnat Donald Trump, ne fait que donner des coups de tigre blessé, devant les « menaces » qui ont surgi dans le monde et qui contestent son titre de première puissance mondiale. La guerre avec la Chine, qui a déjà annoncé des mesures de réciprocité contre les Etats-Unis, les mouvements stratégiques sur la route commerciale du Moyen-Orient et les élections de l’année prochaine génèrent de nouvelles actions désespérées dans l’empire de l’oncle Sam.

Le Venezuela, pays de petite extension, mais avec de grandes ressources naturelles et une position géographique privilégiée, semble – sous les yeux peu attentif – ne pas avoir trop d’importance au conseil d’administration international, cependant, en temps de crise du modèle capitaliste, dont la principale source d’énergie est les hydrocarbures, le fait que le Venezuela occupe la première place des réserves prouvées de pétrole brut dans le monde, clarifie un peu le tableau. Rappelons en outre que le pays possède d’énormes gisements de fer, d’or, de coltan, de nickel et d’autres minéraux stratégiques, convoités par les grandes sociétés transnationales, qui voient dans le territoire de la République bolivarienne un trésor qu’elles doivent posséder à tout prix. De plus, il n’est qu’à quelques heures de navigation des États-Unis. L’arrière-cour complète.

Mais qu’est-ce qui différencie le Venezuela des autres pays riches de la région? Eh bien, la révolution bolivarienne. Vilipendée par la droite et profondément incomprise par la gauche, la révolution menée par Hugo Chavez représente la possibilité d’un nouveau modèle, d’un nouveau mode de vie. Le projet socialiste vénézuélien, comme sa propre création, fait état de nombreuses erreurs, mais au-delà de toutes, la vérité est qu’il pose les fondations et contribue de manière concrète à la construction d’une véritable alternative au capitalisme.

Chavez a expliqué, dans la présentation du Plan de la Patrie 2013-2019, que « pour avancer vers le socialisme, nous avons besoin d’un pouvoir populaire capable de démanteler les complots d’oppression, d’exploitation et de domination qui subsistent dans la société (…) Cela implique de pulvériser complètement la forme bourgeoise de l’État dont nous héritons, qui se reproduit encore par ses pratiques anciennes et néfastes, et de donner continuité à l’invention des nouveaux modes de gestion politique ». Le plan impliquait la transformation de toutes les structures sous la condition irremplaçable du « vivant, effectif et plein exercice du pouvoir de protagonisme populaire », qui au Venezuela a pris forme à travers les communes. Le peuple organisé appelé à créer le nouvel Etat Communal. Un peuple formé et conscient, en plein exercice du bon sens dont Gramsci a jadis parlé.

Le Venezuela a commis le péché impardonnable de commencer à construire ce qui pour la gauche a toujours été des rêves. Malgré le coup d’État qui a représenté la perte de Chavez en tant que promoteur de ces changements, en tant que formateur par excellence des gens du peuple et en tant que locomotive régionale, moteur de ce qu’il a appelé le monde multicentrique et pluripolaire, la vérité est que son travail a donné ses fruits. Le peuple vénézuélien a une conscience politique admirable et une résistance qui doit paraître infinie à ses détracteurs. Il a appris qu’en tant que sujet collectif, il a des devoirs et des droits, il a appris que tout ce qui se trouve au-dessus et au-dessous de son sol lui appartient, il a appris que l’autocritique est nécessaire, mais que la loyauté est aussi nécessaire et, surtout, il a appris qui est le véritable ennemi.

Cet ennemi, qui ne peut pas laisser les rebelles « chez lui », a mis en œuvre contre le Venezuela presque toutes les mesures possibles de guerre non conventionnelle, de 1999 à aujourd’hui. Coups d’État, paralysie de l’industrie pétrolière, encerclement international avec la complicité de gouvernements fantômes, menaces d’invasion militaire, blocus de fonds, vols de biens, coercition de pays tiers, financement de campagnes de déstabilisation et violence interne, proclamation d’un « président intérimaire » ayant le « pouvoir » de remettre les ressources du pays, la création de matrices médiatiques (crise humanitaire), la promotion des conditions de destruction de la monnaie et de l’économie, génératrices de migrations économiques pour la première fois de son histoire, le tout sous l’égide d' »ordres exécutifs » unilatéraux, qu’ils continuent à appliquer au XXIe siècle comme s’ils étaient la police du monde ; tandis que des organisations comme les Nations Unies prouvent une fois de plus leur futilité en tant que garants du droit international et de la paix mondiale.

Le silence ou la complicité face à une attaque impitoyable contre un pays de la région (il est naïf de croire que les sanctions américaines n’affectent que les gouvernements), est une honte, qui augmente exponentiellement quand elle vient des secteurs de gauche. Permettre à un pays qui a l’histoire du sang des Etats-Unis de continuer à fonctionner comme si nous n’étions pas en 2019, en célébrant ou en réduisant au silence les atrocités qui pourraient être commises demain contre ses propres nations, ne va pas coûter cher à l’humanité. Le droit du Venezuela de prendre ses propres décisions n’est pas transférable, de même que le droit de tout peuple sur terre. Être anti-impérialiste aujourd’hui et élever la voix représente un acte de dignité et de survie. Ce qui vous paraissait lointain (Palestine, Syrie, Iran…) se passe dans la maison de votre frère. Le frère rebelle qui, il y a 200 ans, a également confronté et expulsé des empires.

Mariel Carrillo García

revista crisis / Traduction Bernard Tornare pour son blog politique « Hugo Chavez »