Afrodescendants, néolibéralisme et la gauche

La semaine prochaine cela fera dix-huit anniversaires de la troisième Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination, la xénophobie et l’intolérance, tenue à Durban (Afrique du Sud) du 30 août au 7 septembre. Parmi les mouvements sociaux du Venezuela, le Réseau des organisations afro-vénézuéliennes (Nirva Camacho, Jorge Guerra et Jesus Chucho Garcia) était présent. Il s’agissait d’une conférence historique où l’accent a été mis sur deux aspects transcendantaux : La question des réparations pour les pays qui pratiquaient la traite négrière, le crime de lèse humanité, et la soumission de millions d’Africains subsahariens au système pervers des esclaves. La traite négrière a transféré en près de 500 ans plus de 20 millions d’Africains vers toute notre Amérique, étant les plus grands bénéficiaires, le Brésil, l’espace des Caraïbes, les Etats-Unis, la Colombie, le Venezuela, en plus grande proportion, mais aucun pays de ce continent n’a échappé à ce phénomène de l’esclavage qui a généré la discrimination, l’extermination raciale et ses conséquences jusqu’à nos jours étant les Etats-Unis, la Colombie, le Honduras et le Brésil qui avaient le taux le plus élevé d’extermination raciale.

Le deuxième thème était le concept des AFRODESCENDENTS, clairement définis comme les descendants des Africains issus de la traite négrière et du système esclavagiste dans les Amériques. Ce sont nos ancêtres qui, dans des conditions d’esclavage, ont élevé les économies et l’accumulation capitaliste pendant près de 400 ans. Plus de quatre cents organisations afro-américaines de notre Amérique ont réussi à soumettre ce concept, lors de la conférence des Amériques tenue en décembre 2000 à Santiago du Chili.

CAPITALISME, NÉOLIBÉRALISME ET EXCLUSION

Le capitalisme a accumulé sauvagement son capital sur le travail forcé et les intelligences des Africains et de leurs descendants dans deux modèles économiques : 1) le modèle minier extractif (Minéraux et plus tard, avec l’émergence du pétrole et du gaz, cette exploitation s’est accentuée. Deuxièmement, l’exploitation de monocultures telles que le cacao et le café (Venezuela).

Aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, malheureusement, dans la plupart de nos pays, le modèle minier extractif et la mono-production continuent de s’imposer, avec une circonstance aggravante dans ce dernier, c’est l’utilisation d’engrais chimiques, de semences transgéniques qui ont modifié nos systèmes agricoles traditionnels et produit des cancers des sols et de graves conséquences en matière de santé. La poursuite du capitalisme a pris plus d’agressivité avec le néolibéralisme contemporain parce que ces deux modèles accentuent la menace du changement climatique où il y a déjà une alerte rouge pour la production de gaz et de pétrole, l’extraction des minéraux, ainsi que l’utilisation intensive des produits agrochimiques et nous avons une date de mort pour les cinq prochaines décennies, mais pour la suprématie néolibérale c’est ce qui importe le moins pour elles.

LA GAUCHE ORTHODOXE NE COMPREND TOUJOURS PAS LA QUESTION AFRO

S’il y a une chose pleine de lumière en ce début de XXIe siècle, c’est bien les changements progressistes qui ont commencé à se produire dans notre Amérique. La gauche, en tant que proposition idéologique plus humaine, a tenté d’inclure les personnes d’ascendance africaine dans les politiques publiques et dans le cadre juridique en leur léguant le pouvoir. Sur le plan électoral, nous sommes une force décisive pour que le projet de gauche revienne au pouvoir, puisque nous sommes près de deux cents millions en Amérique latine. Les différents gouvernements progressistes face à un néolibéralisme sauvage se sont efforcés d’inclure la question afro dans leurs politiques publiques comme mandat du plan d’action de Durban, mais lorsqu’il s’est s’agit d’approfondir cette inclusion dans la construction du modèle social à construire, elle a été insuffisante. On exclue et on continue d’exclure les descendants d’Africains comme facteur décisif à bien des égards, d’autant qu’on nous a souvent collé l’appellation d’ « ethnopulisme« . Malheureusement le modèle minier extractif et la mono-production agricole se poursuivent et ont recours à des produits agrochimiques et semences transgéniques depuis plus d’une décennie. Ce n’est pas notre modèle, ni celui de nos ancêtres africains. Ce n’est pas le modèle que nous souhaitions construire. Nous avons essayé lors du dernier Forum de gauche de Sao Paulo, tenu à Caracas, de ré-alphabétiser cette gauche orthodoxe, mais ils ne l’ont pas comprise et nous avons dû faire une rébellion pour exiger compréhension et inclusion avec dignité et décision. C’est la première fois que cela se produit dans plus de vingt éditions du Forum de Sao Paulo, qui est entré dans l’histoire et dont on peut espérer que la gauche repensera dans ces moments d’incertitude… Qu’est-ce que la gauche et vers quel modèle de société allons-nous ?

Jesus Chucho Garcia

Afroideologia / traduction : Venesol