L’aide humanitaire, c’est l’apocalypse

« L’Italie ne reconnaît pas Guaidó parce que nous ne voulons pas refaire la même erreur qu’en Libye. Nous devons éviter que la même chose se passe au Venezuela. » La déclaration de l’Italie a donné un coup de pied dans la fourmilière avec un argument tellement solide que ses propres partenaires européens préfèrent l’éluder.

Vendre un guerre…

Tandis que la plupart des Gouvernements de l’Union Européenne cherchaient des arguments pour donner leur aval au putschisme et que la presse du même bord comptabilisait les soutiens et les condamnations comme s’il s’agissait d’une partie de football, l’Italie a mis à nu la véritable dimension de l’aventure impérialiste.

En février 2011, il y a 8 ans, la France et les autres pays de l’OTAN dirigés en silence par les Etats-Unis, ont décidé d’intervenir militairement en Libye touchée par un conflit interne entre le Gouvernement de Muammar el Kadhafi et l’opposition. Sous prétexte « d’aide humanitaire, » (un terme qui figure dans les chroniques de l’époque), l’OTAN a lancé des tonnes de bombes pour affaiblir la « dictature. »

Avant ça, les forces étrangères avaient soutenu la création d’un Gouvernement de transition (comme celui qui a ensuite été créé en Syrie et qu’ils veulent maintenant instaurer au Venezuela). Ce Gouvernement « rebelle » (un euphémisme qui représente les groupes violents armés mais du côté des « gentils ») s’est levé, en armes, contre la « dictature. »

Le confit dans le pays producteur de pétrole a débuté par des manifestations et des protestations. Les protestations « du peuple » contre «  régime dictatorial » sont devenus des groupes armés capables de prendre des villes et de commencer à former un Gouvernement parallèle.

La réaction de Kadhafi était prévisible : mobiliser ses militaires pour reprendre ces villes prises. Pour les pays de l’OTAN, le « dictateur » portait atteinte aux droits civiques et à la sécurité de la population civile. Pour protéger cette population civile et lui offrir de l’aide humanitaire (comme celle que demande Guaidó et qu’offre Trump), ils ont ordonné de la bombarder.

Le premier Gouvernement à reconnaître le Conseil National de Transition (CNT), créé fin février, a été celui de la France, qui disait que c’était « le seul représentant de la Libye. » ensuite, les 25 autres pays s’y sont joints.

Les 4 premiers mois de l’intervention militaire que l’Occident a intitulée « guerre civile » ont coûté la vie à 10 à 15.000 Libyens (entre morts et disparus) attribués comme prévu au « régime » de Kadhafi, assassiné quelques mois plus tard, selon les envahisseurs.

Après la chute de Kadhafi, ce qu’on appelle le Conseil National de Transition a été dissout pour que débute une « transition démocratique » vers la création d’une « nouvelle république » (remarquez les similitudes entre ce qui s’est passé en 2011 et les demandes qu’ont faites à Guaidó les Gouvernements de l’Union Européenne).

Mais quelque chose s’est mal passé dans les plans de l’Occident. Comme prévu, les différends du pouvoir, les tribus qui avaient contribué à la chute du « dictateur » ont commencé » leur propre querelle. En 2014 a éclaté un nouveau conflit interne qui a laissé la Libye divisée en différentes zones d’influence et soumise à une violence qui dure toujours aujourd’hui.

Actuellement, ce qu’on appelle le Gouvernement de Consensus National de la Libye, soutenu par l’ONU, n’est que le visage institutionnel d’un pays dévasté, démantelé et violent. Ni l’OTAN ni la France ni les Etats-Unis n’ont fait de travail humanitaire en Libye.

Le pays est toujours hors de contrôle et les puissances n’ont jamais accompli la tâche qu’elle promettaient d’accomplir bien qu’elles aient le contrôle du pétrole que ce soit grâce à des groupes alliés ou grâce au marché noir.

La Libye compte actuellement des milliers de déplacés intérieurs, de migrants et de réfugiés. La division du territoire, l’absence de l’Etat et l’ampleur de la guerre rendent impossible de faire des statistiques même approximatives.

Un rapport de la Mission de soutien des Nations Unies à la Libye (UNSMIL) et du Bureau de la Haute Commissaire aux Droits de l’Homme connu en décembre dernier révèle les violations et les abus auxquels sont soumis les migrants et les réfugiés dans ce pays aussi bien de la part des fonctionnaires de l’Etat que des groupes armés et des trafiquants.

Il montre comment des hommes, des femmes, des adolescents et des enfants en centre de détention officiels et extra-officiels subissent des viols, des assassinats, des tortures, des arrestations arbitraires, des abus sexuels en réunion, l’esclavage et l’extorsion.

Les conséquences de l’intervention de l’axe Washington-UE ont été la destruction partielle et presque totale des principales villes du pays, la grave crise humanitaire avec des milliers de déplacés et de réfugiés, le vol du patrimoine culturel et historique, la formation d’organisations terroristes et et la guerre qui a éclaté en 2014 et dure toujours.

Les dégâts que l’Union Européenne et Washington occultent

Les Nations Unies (ONU) et ce qu’on appelle le Gouvernement de Consensus National de la Libye viennent d’élaborer un rapport qui est le plus parlant pour comprendre l’avertissement qu’a donné le Gouvernement italien cette semaine à ceux qui soutiennent le putschisme au Venezuela.

Jusqu’en 2011, le pays africain avait des indices de développement social bien au-dessus de a moyenne de l’Afrique du nord et du Moyen Orient. Actuellement, quelques 550 000 Libyens (au moins 10% de la population), n’ont pas accès à la nourriture ni à l’eau ni aux articles de base, n’ont ni toit ni éducation.

Beaucoup d’entre eux résident dans es zones urbaines dont, curieusement, les forces humanitaires l’OTAN ne s’occupent pas. Mais beaucoup d’autres milliers vivent dans des villages inaccessibles entourés de groupes violents.

Selon les calculs de l’ONU, les secteurs les plus vulnérables sont des dizaines de milliers de mineurs, de jeunes et d’adultes victimes de violence de genre et de civils (ceux que l’OTAN avait juré de défendre contre la « dictature ») qui vivent dans des zones entourées d’explosifs de guerre comme les mines anti-personnelles et les obus qui n’ont pas explosé.

L’ONU ajoute : « Les personnes avec des besoins particuliers ont un accès limité aux centres sanitaires. 17,5% des hôpitaux, 20% des centres de soins primaires et 18% des centres spécialisés sont partiellement endommagés ou complètement détruits. »

On a besoin d’argent d’urgence pour « un paquet minimum de services intégrés de soins primaires et secondaires, le renforcement de la surveillance des maladies et de la formation du personnel sanitaire. »

« Le nombre de mineurs libyens, de migrants et de réfugiés d’âge scolaire (6-17 ans) affectés par le conflit est de 343 000. L’accès à l’éducation continue à être l’une des priorités, » dit un article publié mardi 6 février par l’agence ONU Noticias.

« La réponse aux urgences (par exemple le transport d’eau par la route) et la prestation de soutien technique pour l’accès à l’eau potable dans les communautés, les camps de déplacés intérieurs, les écoles et les centres sanitaires » n’a pas été organisée.

Le Programme Mondial pour les Aliments (PMA) a souligné que « l’insécurité alimentaire continue à être un problème étant donné les déplacements prolongés, les perturbations du marché et la moindre production d’aliments. A cette situation, il faut ajouter que les importations d’aliments ont diminué pendant l’année dernière à cause de l’accès limité aux ports et du blocage des routes » par les différents groupes qui se disputent le territoire.

« Le prix de nombreux aliments de base comme le riz et la farine de blé a augmenté de jusqu’à 200% en comparaison avec les niveaux antérieurs au conflit, » affirme l’ONU.

D’autres données importantes des agences des Nations Unies que reproduit ONU Noticias : Le PMA signale que la dénutrition chronique affecte 21% des enfants de 6 mois à 5 ans et la plupart des hôpitaux sont hors service. » L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) rappelle « qu’environ 75% des installations sanitaires sont fermées ou ne fonctionnent que partiellement et qu’il existe une grave pénurie de personnel sanitaire. »

De plus, l’OMS  a relevé plus de 41 attaques contre des travailleurs et des installations sanitaires en 2018-2019. Pendant cette phase, les attaques ont provoqué la mort de 6 travailleurs sanitaires et patients, 25 professionnels de la santé ont été blessés et 7 agressés.

L’Italie, avec un Gouvernement d’alliance droite-extrême-droite, aux antipodes de la gauche mondiale, a ouvert les yeux au monde. Personne ne pourra faire semblant de ne pas savoir de quoi parle Rome quand elle demande d’éviter que le Venezuela finisse comme la Libye.

Par Alberto Vargas

RL / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

*Redroja (avec des informations de l’ONU et de Noticias).