PSUV, un Parti des masses et de cadres

UN VÉNÉZUÉLIEN SUR SIX

Début 2018, le Parti socialiste unifié du Venezuela comptait 5,5 millions de membres. Un Vénézuélien sur six est officiellement enregistré. Si nous tenons compte du fait qu’il s’agit d’un parti de masse, c’est-à-dire d’une adhésion plutôt libre, qui n’implique pas de dévouement professionnel, il doit y en avoir beaucoup plus qui se considèrent inclus sans avoir formalisé leur adhésion, et beaucoup plus qui votent pour lui par simple sympathie. Le PSUV est la principale organisation politique du Venezuela contemporain. Cela implique des pouvoirs, mais aussi des responsabilités et des tâches.

ÉPURATION DÉFINITIVE

Le Parti socialiste unifié du Venezuela a un début assez original : il est né d’une tentative de d’épuration. Le Mouvement de la Ve République (MVR) avait apporté le bolivarisme au pouvoir en 1998, garanti le triomphe dans le référendum de sanction de la nouvelle Constitution et apporté un soutien majoritaire dans les administrations locales, mais il a présenté les imperfections qui affligent tout travail humain. Dans un effort suprême pour les corriger, Hugo Chávez Frías a choisi de le dissoudre afin de créer une nouvelle structure, le PSUV. Celui-ci n’est pas non plus à l’abri de carences : la formule pour éviter une dissolution par des facteurs externes ou internes consiste dans l’épuration permanente : la vigilance et la correction des erreurs sans lesquelles ni les organismes biologiques ni les organismes politiques ne survivent. Son absence a enterré les grands partis historiques qui ont dominé le Venezuela pendant des décennies.

CARACTÈRE SOCIALISTE

Que faut-il épurer pour durer ? Tout ce qui éloigne le PSUV de son esprit, de son but et de sa raison d’être, déclarés par ses fondateurs dans les statuts. La tâche du militantisme est de maintenir le caractère socialiste de l’organisation, présent dans ses documents fondateurs. Il ne suffit pas de garder l’adjectif « socialiste », terme invoqué en vain par les sociaux-démocrates, les sociaux-chrétiens et même les national-socialistes. Le PSUV est né pleinement et intégralement socialiste. L’article 2 de ses statuts proclame que : « L’objectif fondamental du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) est la construction du socialisme bolivarien, la lutte anti-impérialiste, anticapitaliste et la consolidation de la démocratie bolivarienne, participative et protagoniste, par la reconnaissance et la consolidation du pouvoir populaire. Dans son essence anti-impérialiste, elle a une vocation internationaliste et donc d’unité et d’alliance avec les peuples exploités du monde et leurs mouvements populaires et progressistes, afin de mettre un terme au capitalisme.

DEVOIR DE FORMATION IDÉOLOGIQUE

On ne peut pas faire une déclaration plus catégorique, mais dans la dernière phrase de l’article cité, on insiste encore : « En tant que parti de masses et de cadres, il a la responsabilité d’être formé et éduqué en histoire et en expériences humaines, d’affronter avec ses propres critères la tâche de la création et de l’invention permanente du socialisme. La formation idéologique n’est ni un ornement ni un salut au drapeau : c’est la raison même du militantisme. Le PSUV ne peut avoir pour devise « On verra bien sur le chemin ». Il doit voir à l’avance, pour savoir où aller.

SOCIALISME SCIENTIFIQUE

Comme s’il y avait des doutes sur sa véritable nature, l’article 3, intitulé « Valeurs et principes », le réaffirme : Le parti est constitué comme un parti socialiste, affirme que la société socialiste est la seule alternative pour surmonter le système capitaliste. Il assume comme sources créatives les pensées et les œuvres de Simón Bolívar, Simón Rodríguez et Ezequiel Zamora. De la même manière, il faut les principes du socialisme scientifique, du christianisme, de la théologie de la libération, de toute pensée universelle critique et humaniste, de l’équité et de l’égalité entre les sexes, et l’obligation éthique de construire un modèle de vie respectueux et une terre mère qui garantissent la survie de l’humanité. Il n’adopte pas le socialisme comme une conception nébuleuse ou indéterminée : il se réfère spécifiquement aux « principes du socialisme scientifique », comme Karl Marx et Friedrich Engels appellent leur doctrine.

PARTI DE CLASSE

Dites-moi quel classes sociales vous convoquez et je vous dirai qui vous êtes. Les populismes sont des mouvements qui utilisent les symboles de la tradition populaire nationale pour légitimer un projet de collaboration de classe. Ils prétendent être des poly-classicistes, en fait, ils finissent par devenir des instruments de la classe dirigeante. Mais l’article 4 des Statuts définit catégoriquement les classes qu’il défend : « Le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), en tant que parti révolutionnaire, représente les intérêts du prolétariat urbain et rural, de la paysannerie et des autres secteurs sociaux exploités, doit s’organiser et fonctionner selon les principes de la démocratie socialiste ( …). Par définition, elle n’est pas un parti de la bourgeoisie ou de toute autre classe exploitante, nationale ou étrangère.

L’ENGAGEMENT DANS L’ÉTUDE THÉORIQUE ET PRATIQUE

L’inscription au socialisme n’est ni une déclaration décorative ni un salut au drapeau : l’article 10 du texte statutaire réaffirme catégoriquement la nécessité d’une formation idéologique et d’une étude théorique et pratique des principes du parti : « Article 10 : L’engagement du militant dans l’étude théorique et pratique. Le parti déclare comme valeur fondamentale la formation et l’auto-formation socialiste, de telle sorte qu’un Système de Formation politique et idéologique sera constitué, le même devra être une des coordinations nationales au sein de la structure fonctionnelle et de la méthode organisationnelle, il devra répondre au principe d’organisation territoriale et sectorielle du parti. Par conséquent, la formation de tous les membres du parti sera encouragée dans sa doctrine, ses statuts, ses principes, son programme et ses documents officiels. Privilégier l’étude approfondie du bolivarisme, de notre histoire, de la pensée critique universelle et du marxisme comme base de l’analyse dialectique des expériences humaines, le tout couplé au travail bénévole, assurant la formation théorique et pratique de chacun des militants. Un militant du PSUV digne de son engagement doit donc dominer et appliquer les catégories du « marxisme comme base de l’analyse dialectique des expériences humaines ».

TÂCHES DU PSUV

L’objectif fondamental est de maintenir le processus socialiste bolivarien en vigueur. Comme aide à cette fin, servir de machine électorale pour obtenir des victoires dans le cadre des mécanismes de la démocratie protagoniste et participative. Mais une machine électorale n’est efficace que lorsqu’elle se déplace sur le terrain.

Le PSUV doit en quelque sorte fonctionner comme un mécanisme privilégié chargé de répondre aux aspirations et aux besoins populaires de l’appareil gouvernemental.

En ce qui concerne ces derniers, il doit exercer un supra-contrôle sur l’honnêteté et l’efficacité de la gestion administrative. Le Pouvoir moral est en partie chargé d’exercer cette vigilance ; le PSUV doit en être le principal collaborateur. Une partie importante des fonctionnaires de confiance exercent leurs fonctions grâce au soutien du PSUV. S’ils ne s’y conforment pas, ou s’ils en profitent indûment, le discrédit et la responsabilité incombent en partie à l’appareil du parti.

COLONNE VERTÉBRALE DE LA RÉSISTANCE

Le PSUV est également responsable d’être l’épine dorsale de la résistance populaire à une éventuelle intervention étrangère. Elle a été équipée d’armes sophistiquées à la pointe de la technologie, mais la base d’une défense réussie est la détermination et la préparation de la population. Le Venezuela est menacé de mort par la première puissance d’armement du monde et ses acolytes. Toute sa population devra recevoir au moins les rudiments les plus élémentaires de la défense militaire, sans exclure l’enregistrement ou la sympathie des organisations politiques du Pôle patriotique (large coalition autour du PSUV).

Luis Britto Garcia

Kaos en la red / traduction : Venesol