Interview du président Maduro par Rafael Correa

Dans la dernière émission « En discutant avec Correa » diffusée par RT, l’ex-président de l’Equateur interviewe le président du Venezuela sur la manipulation des médias, les sanctions économiques des Etats-Unis, les migrants qui quittent le pays et les interrogations concernant la qualité de la démocratie. 

En introduction, Rafael Correa explique que « le Venezuela est victime d’une campagne de désinformation » destinée à tirer profit de « certains problèmes » en disant que certains sont peut-être « le fruit des erreurs que nous commettons tous » tandis que d’autres sont « provoqués clairement par ce qu’on appelle les « sanctions » qui, en vérité, sont des agressions illégales contre des pays souverains. »

C’est pourquoi il affirme que beaucoup oublient comment était le pays avant l’arrivée de Chávez: « Ils ignorent que pendant des décennies, le Venezuela a été le principal producteur de pétrole du monde. Où est allé cet argent ? Dans les immeubles de Miami (USA), il n’est pas resté (dans le pays) pour le progrès du peuple vénézuélien. »

Mais le présentateur ajoute que les progrès sociaux qui y ont été faits pendant plusieurs années ont été gênés aussi par de « graves problèmes. »

Interrogé par Correa sur les conflits qu’affrontent le pays et sa population en général, Maduro évoque « le coup le plus important » qui a été la perte physique du commandant Hugo Chávez en mars 2013. Selon lui, dès l’apparition de sa maladie, « les ennemis intérieurs mais surtout le pouvoir de l’Empire ont commencé à créer un ensemble de formules pour remplacer le chavisme. »

A propos des sanctions économiques imposées par la Maison Blanche, il affirme que « la guerre avec Washington, surtout pendant les 2 années de Trump, a eu un effet dévastateur sur la stabilité sociale et la vie du peuple. »

Pour mieux comprendre le conflit et ses implications, le président vénézuélien rappelle que sous le mandat de de Chávez et jusqu’en 2015, le Venezuela avait des revenus pétroliers moyens de presque 50 000 000 000 de dollars par an. Par contre, l’année dernière, ce chiffre s’est effondré jusqu’à 4 000 000 000 de dollars.

« Il y a un Venezuela médiatique, il y a un Venezuela de la manipulation mondiale, et il y a un Venezuela de vérité, un Venezuela réel que tu peux parcourir, » conclut Maduro.

Sur la migration incessante des Vénézuéliens qui s’installent dans d’autres pays, en particulier en Amérique du Sud, à cause de la crise intérieure, Maduro se montre tranchant : « On a beaucoup menti. Il sont dit que 3 ou 4 000 000 étaient partis. Nous, nous avons nos chiffres et pendant les 3 dernières années, 300 000 à 700 000 Vénézuéliens sont partis. »

Selon lui, « on a exagéré ça » parce que c’est la première fois qu’un nombre important de compatriotes s’en vont travailler dans des villes comme Lima (Pérou), Quito (Equateur) ou Buenos Aires (Argentine). Sur les raisons de ce phénomène, Maduro affirme que son pays « est soumis à un niveau de tension et d’agression jamais vu dans la région » et qu’à cause de cela, « l’ »migration devient une option. »

« Nous vivons une économie de résistance »

Le Président insiste sur « la persécution de l’Empire étasunien » contre son gouvernement et dénonce le fait que la pression extérieure a coûté beaucoup d’argent à Caracas: « Ils nous ont confisqué, ils nous ont volé presque 30 000 000 000 de dollars. Le Venezuela ne peut ouvrir ou fermer de comptes bancaires dans le monde, ne peut payer aucune sorte de produit et maintenant, on nous menace d’un blocus naval complet. » Il explique que le Venezuela vit « une économie de résistance, » ce qui amène le Gouvernement à mettre l’accent sur la production d’aliments et de médicaments face aux difficultés pour approvisionner les citoyens.

« Le Venezuela n’est pas l’objet de sanctions, il est l’objet d’agressions, » affirme Maduro. « Donald Trump a une espèce d’obsession et de haine envers le peuple latino-américain en général, envers les réfugiés, envers les immigrants mais il a une haine particulière envers le peuple du Venezuela, envers notre histoire, » affirme-t-il et il souligne qu’avec « cette haine, » Trump agresse le peuple du Venezuela. » « Moi, je le compare à l’époque d’Hitler, avec la même haine, la même vision qu’Hitler a imposée contre les Juifs, contre le peuple juif d’Europe avant la guerre, avant 1939, » a-t-il ajouté.

La dépendance envers le pétrole et la valeur de l’essence

D’un point de vue plus critique, le présentateur interroge Maduro sur « l’incroyablement forte » dépendance envers le pétrole. « ne peut-on pas faire plus pour surmonter cette immense dépendance envers le pétrole ?, » demande-t-il, en tenant compte que la chute des prix en 2015 a eu un impact important sur l’économie vénézuélienne. « J’ai défini 16 moteurs de développement basés sur la réalité économique, industrielle et technologique du pays mais je peux te dire que transformer un modèle installé depuis 100 ans, ça coûte cher, » lui répond Maduro.

Correa rappelle que le combustible, en dollars, a un prix beaucoup plus bas que dans d’autres pays : « Une citerne qui pourrait coûter 100 000 dollars en Colombie, coûte 25 à 40 dollars au Venezuela. On offre l’essence,la richesse nationale, une ressource non renouvelable. Que peut-on faire, à ce sujet ? » demande-t-il.

Le président vénézuélien pense que cette situation devrait « être corrigée » mais il précise qu’une volonté politique d’établir un nouveau système de prix « doit prendre en compte la grande conspiration internationale. » Abandonnant ce sujet, il déclare que les ennemis de son pays « cherchent à utiliser n’importe quel élément politique, économique et social pour provoquer la violence. »

Correa, pour sa part, tente de résumer la situation du Venezuela par un exemple concret : « Imaginez que vous ne puissiez pas vendre votre principal produit, le pétrole, et que si vous pouviez le vendre et ayez des devises, avec celles-ci, vous ne puissiez rien acheter parce que vous ne pouvez pas utiliser le système financier international. C’est ce qu’ils ont fait au Venezuela. Et pour sanctionner un Gouvernement sans en avoir le droit, ils sanctionnent la population. »

« Une étrange dictature »

Pour conclure l’émission, Correa invite a Maduro à décrire le système politique de son pays : « Ils nous disent qu’au Venezuela, il n’y a pas de démocratie, que tu es un « usurpateur, » dit Correa, provocateur. « Un dictateur, » rectifie Maduro avant de poursuivre, toujours ironiquement : « Pendant les 20 années de la révolution, on a fait 25 élections, du président, des gouverneurs et des maires. Une étrange dictature. » Et sur l’ensemble, « le chavisme en a gagné 23, » rappelle-t-il.

En janvier de cette année, Maduro a commencé un nouveau mandat présidentiel. Quelques jours plus tard, le président de l’Assemblée Nationale, Juan Guaidó, s’est autoproclamé président par interim en criant que le président actuel occupait son pose de façon illégitime.

« tout le monde a la liberté d’expression, a le droit de se rendre ridicule mais le plus extraordinaire est que [Juan Guaidó] a été reconnu par des dizaines de pays à commencer par les Etats-Unis parce que le système politique vénézuélien, le résultat des élections, ne leur plaisait pas, » commente Correa. « La stratégie du Gouvernement parallèle, encouragé par le Gouvernement des Etats-Unis et ses alliés d’Amérique Latine, du Groupe de Lima, a échoué, » constate Maduro.

A propos du soutien qu’une grande partie de l’Europe apporte au dirigeant de l’opposition, il se montre ferme : « Les oligarchies européennes qui ont le pouvoir sont viscéralement alliées au pouvoir étasunien. Viscéralement alliées ! Et à l’Europe, Donald Trump lui a imposé sa politique extrémiste contre le Venezuela. Malheureusement, l’Europe est à genoux à propos du problème du Venezuela, de la politique extrémiste qui les a conduits à l’échec. »

Pour conclure, le présentateur exprime son soutien au Gouvernement de Maduro et au peuple vénézuélien en général : « L’honnêteté ne signifie pas être neutre, c’est impossible. L’honnêteté intellectuelle signifie, malgré la partialité que nous avons et notre inclinaison idéologique, d’essayer de rester objectifs. »

albaciudad / traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos