Macri fait le sale boulot pour Donald Trump

Le président argentin Mauricio Macri a demandé à Paula Bertol (Représentante permanent de l’Argentine auprès de l’Organisation des États américains) de démissionner de l’OEA pour nommer un diplomate de carrière proche de son parti, le PRO (Propuesta Republicana), ceci afin de plaire au président étasunien, de compliquer les relations du futur gouvernement et de maintenir les attaques contre le Venezuela.

« L’alliance entre l’Italie et les Etats-Unis remonte à l’Empire romain », a déclaré Donald Trump, alors qu’en Argentine, son ami Mauricio Macri, harangue la foule lors d’un meeting de campagne : « Que tout Corrientes soit entendu », alors qu’il était dans la province du Chaco. Ils sont jumeaux dans la nullité de leurs références culturelles. Et bien classiste en ce sens que le pouvoir de l’argent est plus important que la connaissance. Tous deux se rejoignent sur leurs difficultés avec l’histoire et la géographie et sur d’autres questions, comme le Venezuela.

Macri se coupe en quatre pour flatter Trump. Dix jours avant les élections où tout le monde tient pour acquis qu’il ne sera pas réélu, qu’il sera rejeté par la majorité absolue des Argentins, sans même un second tour, il a pris des décisions stratégiques au profit des intérêts de Trump dans la région mais qui compromettent la position plus démocratique et pacifique du futur gouvernement.

Face à l’effondrement imminent de sa présidence, Macri a fait démissionner Paula Bertol de son poste de représentante du pays à l’Organisation des États américains (OEA) et a ordonné au chancelier Jorge Faurie de la remplacer par un fonctionnaire de carrière proche du PRO Mr. Fulvio Pompeo, secrétaire aux Affaires stratégiques de la Chancellerie.

Bertol est un cadre recrutée par le PRO. Elle a été législatrice pour la ville de Buenos Aires et députée au Congrès national. Sa nomination en janvier 2018 correspond à la décision de Washington de faire de l’OEA le principal outil de son offensive pour récupérer le pétrole vénézuélien, une priorité de la politique étasunienne dans la région.

Felipe Solá, possible futur chancelier d’Alberto Fernandez s’il gagne les élections, a qualifié ces changements de « scandaleux et malveillants ». Dans des déclarations à la presse il a expliqué que « Bertol n’a pas rempli son mandat d’ambassadrice, elle a démissionné pour la campagne et ils ont nommé un ambassadeur de carrière qui pense de la même façon à l’OEA, où l’on discute de choses sur lesquelles notre approche est différente de celle du gouvernement ».

La nomination de Bertol étant politique, elle aurait dû démissionner lors du changement de gouvernement, le nouveau représentant devra lui être démis de ses fonctions par décret. Macri a fait démissionner Bertol prématurément sous le prétexte invraisemblable qu’il a besoin d’elle dans une campagne électorale qui est déjà dans sa phase finale. Avant de démissionner, elle a approuvé la convocation du TIAR demandée par les États-Unis pour étudier un plan conjoint d’agression contre le Venezuela.

Parmi les points figurant dans cette décision, une des mesures sera « d’identifier ou de désigner les personnes et entités associées au régime de Nicolás Maduro impliquées dans des activités illicites de blanchiment d’argent, de trafic illicite de drogues, de terrorisme et de son financement et liées aux réseaux criminels transnationaux organisés, afin de prendre toutes les mesures disponibles et prévoir le gel de leurs avoirs sur le territoire des États membres du TIAR ».

Sous l’administration de George Bush, les États-Unis ont enlevé des personnes accusées de terrorisme dans différents pays et les ont fait disparaître dans des camps de concentration tels que Guantánamo. Le document signé par Bertol à New York, avec l’assentiment de Macri, permet « d’enquêter, de poursuivre, de capturer, d’extrader et de condamner ».

Au cours du débat électoral, Alberto Fernández a mis en garde contre la possibilité que la décision de politique étrangère prise par le macrisme, ainsi que d’autres gouvernements réactionnaires de la région, puisse être utilisée pour légitimer une invasion du Venezuela.

« Je ne voudrais pas qu’un soldat argentin meure en territoire vénézuélien », a déclaré Fernandez, ce qui, pour beaucoup, a semblé une exagération. Mais le candidat du Frente de Todos n’a pas exagéré. Créé en 1947 dans le cadre de la guerre froide, le TIAR a été utilisé pour légitimer des interventions militaires au Guatemala en 1954, à Cuba en 1961, en République Dominicaine en 1965, à la Grenade en 1983 et au Panama en 1989.

Sur ordre du président de l’époque, Juan Perón, le chancelier Juan Atilio Bramuglia s’était battu avec acharnement pour s’opposer à la création du TIAR, mais l’Argentine a finalement dû l’accepter pour ne pas être isolée du reste de ses voisins. En 2012, Hugo Chávez a retiré le Venezuela du TIAR, suivi du Nicaragua, de l’Équateur et de la Bolivie.

Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères a déclaré qu’ « il est particulièrement attristant que des pays ayant connu l’invasion de troupes américaines et dont les habitants ont été massacrés en application du TIAR approuvent aujourd’hui un crime similaire contre un pays frère, lors d’une session du Conseil permanent de l’OEA. Une telle décision est de toute évidence nulle et non avenue. L’Histoire et les peuples de la Patria Grande seront chargés de juger cette attitude indigne ».

Dans son communiqué, il rappelle que lors de la guerre des Malouines, l’Argentine avait convoqué le TIAR, mais que les États-Unis n’avaient pas tenu leur engagement d’aider celui à qui ils étaient lié par le Traité en cas d’agression extérieure mais avaient plutôt agi comme allié (au sein de l’OTAN) de la Grande-Bretagne, l’ennemi de l’Argentine, qui se joint maintenant aux États-Unis pour attaquer le Venezuela.

L’évolution du conflit avec le Venezuela a mis en évidence le rôle hégémonique des États-Unis au sein de l’OEA. En effet, c’est la délégation vénézuélienne, qui représente un groupe de l’opposition et non le gouvernement légitimement élu qui a exigé l’intervention du TIAR.

Juan Guaidó a été reconnu comme président du Venezuela par une minorité de pays sous l’influence de Washington. Au lieu de chercher une solution pacifique, le gouvernement Macri a été l’un des plus enthousiastes à accompagner l’escalade agressive de Donald Trump.

Dans un geste purement symbolique, Macri a reconnu il y a quelques jours la représentante de Juan Guaidó, Elisa Trotta, comme l’unique ambassadrice de ce pays en Argentine. Et il a laissé entendre qu’il ne renouvellerait pas le visa des vrais diplomates vénézuéliens.

Si Macri remportait les élections, ce processus provoquerait une escalade qui entraînerait l’expulsion des diplomates qui représentent le véritable gouvernement du Venezuela, lequel devrait à son tour expulser le représentant commercial argentin dans ce pays.

Mais Macri sera le grand perdant et le seul objectif de ces décisions est de poser des obstacles sur la voie de son successeur, en particulier dans la relation avec Donald Trump, qui sera nécessairement un interlocuteur important dans la négociation de la dette. C’est ainsi que Macri fait le sale boulot pour Washington.

Et ce n’est pas la première fois qu’ils le font. « Le sale boulot » est l’expression employée à New York par l’ancien ministre de l’Économie Alfonso Prat Gay, six mois après l’entrée en fonction de Macri, après avoir dollarisé les tarifs et éliminé les obstacles au paiement des fonds vautours et à l’endettement.

La chute de Macri laisse de nombreux exemples de sale boulot. Le Cronista Comercial a confirmé le départ du pays du président local de HSBC, Gabriel Martino. En 2015, quatre mille comptes argentins totalisant plus de trois milliards cinq cents millions de dollars non déclarés ont été découverts dans la succursale suisse de la banque. Il était évident que cette fuite des capitaux — comme cela s’est produit à un rythme record ces derniers mois — avait été encouragée par la banque grâce à des petites tricheries dans les opérations. Il y a eu des amendes et des poursuites judiciaires contre le patron de cette banque et même la Banque centrale était sur le point de demander son expulsion.

Mais Martino a été sauvé par la victoire de Macri qui a utilisé son influence pour que toutes les poursuites judiciaires contre lui soient stoppées. L’homme est devenu l’un de ses conseillers les plus influents, ayant ses entrées à la Quinta de Olivos, et est même intervenu dans plusieurs tranches d’émission de dette.

Sa défenseuse dans ce scandale de fuite de capitaux et de blanchiment de trois millards cinq cents millions de dollars était María Eugenia Talerica. Symbole du discours pervers et trompeur de son Gouvernement, lorsque Macri a pris ses fonctions, il l’a nommée vice-présidente de l’Unité de l’information financière (UIF), l’organisme qui devrait lutter contre la fuite et le blanchiment d’argent, le délit pour lequel elle avait défendu Martino.

Luis Bruschtein

Pagina 12 / traduction : Venesol