Dénonciation d’une dictature en Bolivie

Aujourd’hui, dans la ville d’El Alto à Senkata, le blocus a été fortement maintenu, il y a un avertissement que les Forces armées vont entrer pour débloquer au petit matin du 18 Novembre. La presse internationale était présente sur place et nous espérons qu’elle sera maintenue. Les voisins sont conscients du rôle douloureux et honteux que joue la presse nationale en couvrant le massacre perpétré par le gouvernement putschiste de Jeanine Añez en complicité de Luis Fernando Camacho, puisque le président autoproclamé a pris en charge l’administration, avec 15 morts et plus de 800 arrêtés, selon la presse internationale.

Pour la presse bolivienne, ces citoyens n’ont ni nom, ni famille… ils ne sont qu’un numéro de plus et ils déshonorent leur mémoire en les appelant « vandales ». Sans la presse internationale, le peuple bolivien n’aurait aucun moyen de savoir ce qui se passe en Bolivie. Il y a de nombreux coins de notre propre pays qui ne sont pas au courant de ce qui se passe aujourd’hui dans les villes d’El Alto et de La Paz. Ni de ce qui s’est passé hier à Sacaba, une ville près de Cochabamba. Et à la périphérie de Potosí et Santa Cruz.

Les voisins du Alto avertissent également qu’il y a des dirigeants qui ont été rejetés par leurs bases, les Fejuve de Condori, ceux-ci répondent au maire Soledad Chapeton de l’unité nationale – l’un des partis politiques qui donne son soutien au président autoproclamé et assassin Jeanine Añez – pour ignorer ou minimiser les mobilisations du Alto, ils ont fait des déclarations à propos de groupes armés et subversif de ce qui se passe dans cette ville. Les médias boliviens, par pur hasard, n’interviewent que les dirigeants qu’ils, qu’ils soient inconnus dans leur rangs, dans différents conseils élargis dont les résolutions sont publiques et qui, à maintes reprises, refusent de lire et beaucoup moins de publier.

L’administration Añez, par l’intermédiaire du ministre Arturo Murillo et de la ministre de la Communication Roxana Lizárraga, ont tous deux réalisé diverses déclarations, ils font partie des dirigeants vendus, pure intimidation envers ceux qui pensent autrement, avec des détentions injustifiées, ils sont ceux qui inventent les « dirigeants indigènes » pour montrer une fausse idée de ce qui se passe dans ces villes. Ils essaient de faire croire que les mobilisations sont liées au trafic de drogue (!?), comme si la défense du whipala avait quelque chose à voir avec cela.

Le mouvement social n’est pas divisé, il est auto-géré et aujourd’hui il va bien au-delà d’Evo Morales ou du MAS, il s’agit des indigènes face à un gouvernement sans légitimité, un gouvernement raciste qui a déjà pris la vie de 15 frères indigènes ayant ont commis le crime de participer aux manifestations contre le gouvernement du coup d’Etat d’Añez.

Aujourd’hui, le mouvement indigène est considéré comme « séditieux » par les autorités du gouvernement putschiste, le seul crime qu’ils ont commis est de remettre en question un sénateur qui se autoproclame président sans avoir le quorum à l’Assemblée législative, de remettre en question que les membres du Congrès du MAS n’ont pas été autorisés à entrer en session pour décider la nomination du président du pays.

Les médias boliviens à propos des répressions brutales disent honteusement qu’il s’agit de « confrontations armées », mais aucun média ne demande pourquoi il n’y a pas de police ou de forces armées déchues à Senkata ou à El Alto, car si elles étaient armées avec autre chose que des armes létales, la chose logique est que les pertes seraient des deux côtés, ceux qui constituent les marches contre le gouvernement putschiste, sont des gens qui n’ont PAS d’armes, qui n’ont PAS d’entraînement militaire et qui se réclament contre l’auto-proclamation d’Añez. Il faut rappeler que ni Añez ne figurait au scrutin, ni Camacho.

On s’attend à ce qu’il y ait un accord le mardi 19, celui-là même qui rencontre des difficultés non pas à cause de l' »entêtement » du mouvement social ou du MAS, comme le soulignent les médias, mais dans la répression armée établie par le « DS de la mort » signé par Añez et tout son cabinet contre nous.

L’achat de dirigeants ne sert qu’aux photographies des médias boliviens qui se sont rendus compte qu’ils sont des « prix » sans dignité ; mais cet achat ne sert pas à pacifier quoi que ce soit, ils l’ont vu, il a seulement servi à enrager davantage le peuple, à payer davantage pour cette mer de haine dans laquelle le gouvernement et ses complices nous noyent !

On dit que demain, lundi 18, des dirigeants se rendront à la réunion organisée par Añez et ses ministres pour disqualifier les mobilisations qui ont lieu à El Alto, écrire des noms et dire que nous sommes des subversifs, que nous sommes armés, ce qui est faux, comme on pourra le voir dans les médias internationaux.

Nous demandons au peuple bolivien, à ceux qui se sont battus pour plus de démocratie, de savoir que nous vivons sous une dictature, qu’ils les ont utilisés pour prendre le pouvoir sans vote. Nous avertissons que ce gouvernement ne convoquera pas d’élections, qu’il n’a pas l’intention de mener des négociations, que ce gouvernement cherche le prétexte pour mettre fin au mouvement indigène. Ils ne réussiront pas. Ne soyez pas surpris si les morts grandissent chaque jour. Si la lutte devient radicale. Si la Bolivie coule. C’est la Bolivie qu’ils nous proposent, une Bolivie où les Indiens ne valent à nouveau rien, où penser différemment d’une élite rance et raciste est un crime.

Espérons que les citoyens boliviens se réveilleront et se rendront compte qu’ils tuent des Indiens non armés pour le simple fait démocratique d’interroger ce gouvernement rempli d’assassins.

Comité des communications D8 El Alto. / Traduit par Venesol

El Alto, 17 novembre 2019.