Qui sont les membres du Gouvernement putschiste en Bolivie?

La phase post-coup d’Etat en Bolivie a déjà acquis un corps suffisamment défini pour encadrer son orientation et préciser la nature de ses manœuvres.

Karen Longaric, Jerjes Justiniano Atalá, Arturo Murillo et Luis Fernando López prêtent serment d’allégeance par un geste de ralliement aux suprémacistes blancs (Photo : AP)

Sur le plan politique et procédural, le cabinet du président autoproclamé du pays andin, Jeanine Áñez, est chargé de mener un scénario marqué par une répression armée (mais aussi informative et judiciaire) contre les secteurs politiques et sociaux qui résistent au putsch. Les figures qui constituent la nouvelle couche bureaucratique (et illégale) de l’État plurinational décrivent les liens et les intérêts qui ont conduit au renversement d’Evo Morales.

Une entrée « triomphale »

Le 14 novembre, Áñez a nommé les premiers relais de ce qui sera présenté internationalement comme son cabinet de « transition ». La vague de démissions provoquée par le cycle de persécutions politiques et judiciaires au point culminant du coup d’État a permis aux remplaçants d’Áñez de couvrir plus facilement tous les domaines stratégiques du pouvoir exécutif bolivien.

Au moment de la présentation, le jargon néolibéral et technocratique était présent. Ce sont des « personnes bien informées, spécialisées et surtout techniques », a déclaré M. Áñez, en faisant référence au premier groupe de 11 nouveaux ministres, un chiffre qui augmentera au fil des jours.

Pour serrer les vis face aux manifestations contre le coup d’Etat à La Paz et El Alto après la démission forcée d’Evo Morales, Áñez a nommé Carlos Orellana à la tête des Forces armées, en remplacement de Williams Kaliman. Il a ensuite nommé un nouveau commandant général de police.

Ces remplacements ont permis aux deux structures de répondre loyalement à un gouvernement putschiste qui avait besoin d’un bras armé pour contenir les manifestations à tout prix.

L’armée et la police ont rempli la tâche dictée d’en haut, ce qui a entraîné des symptômes de division interne entre les composantes, mais aussi un bilan lamentable de plus de 20 morts, plus de 700 blessés et deux massacres (Sacaba, à Cochabamba, et Senkata, à El Alto) que les médias occidentaux veulent faire taire, ou simplement relater à la suite des « affrontements ».

Le cabinet d’Áñez a donné une dimension politique à ces pratiques de répression généralisée, devenant son visage « institutionnel ». Les « ministres » les plus importants non seulement fixent les orientations discursives de ce qu’on appelle la « transition », mais canalisent également les décisions stratégiques d’une phase post-coup d’État encore en cours de définition.

Mais cette capacité d’imposer la direction des événements à partir de la superstructure n’est pas donnée par les qualités techniques commentées par Áñez, mais par une ligne d’intérêts et de connexions qui les regroupe dans un objectif commun.

Arturo Murillo, «ministre» du Gouvernement

Arturo Murillo embrasse sa collègue de parti, Jeanine Áñez, après sa nomination illégale comme ministre du gouvernement (Photo : Clarín)

Un peu plus connu que la présidente autoproclamée, Murillo a fait un bond dans sa carrière après le coup d’Etat.

Né à Cochabamba, Murillo représente toute une tradition latino-américaine : celle du patron arriviste qui utilise la politique comme instrument pour ses affaires. En tant que patron hôtelier, il a fondé et dirigé l’Association des Hôteliers du Tropique de Cochabamba. Profitant de cette position, il a été député et sénateur de Cochabamba pour le parti Unité Démocratique dont fait partie Jeanine Áñez.

La désignation de Murillo montre à la fois la logique de copinage et d’affaires qui a cours parmi les putschistes et la tendance au règlement de comptes qui prévaut. En 2016, Murillo a été accusé par la juge de La Paz, Nancy Bustillo, du « délit d’usage de faux à cause du Livret du Service Militaire qu’il a présenté pour être candidat à la charge de député en 2009 » et condamné à 2 ans de prison, selon ce qu’a rapporté le média La Raison à ce moment-là.

« En 2010, le Ministère de la Transparence a présenté une plainte contre Murillo pour avoir présenté à l’Organe Electoral un livret militaire falsifié. Ensuite, le Ministère de la Défense a vérifié dans ses archives et établi que la série et le numéro des documents étaient faux et appartenaient à une autre personne, » écrit le média.

Le coup d’Etat a interrompu par force la procédure judiciaire et encouragé Murillo à réaliser une sorte de vengeance.

C’est ce qu’il a manifesté dans son premier discours à la presse quand il a prévenu qu’il allait commencer une « chasse » aux dirigeants du MAS. Ce discours n’a pas été le fruit de l’émotion suscitée par sa nomination mais était le début d’une opération illégale de renseignement qui a débouché sur l’arrestation de citoyens vénézuéliens et cubains, une tentative de fabrication d’un dossier « d’intervention étrangère » qui cadre avec les urgences géopolitiques de Washington.

Murillo a accepté qu’on s’appuie sur des « systèmes de renseignement privés » pour renforcer la persécution des membres du MAS en réaffirmant qu’une symbiose entre la guerre sale, les agences étasuniennes (la DEA) et le capital privé est la base du renforcement du régime de fait. Murillo personnifie parfaitement cette symbiose.

Jerjes Justiniano Atalá, «ministre» de la présidence 

Né à Santa Cruz, Justiniano est le fils de l’ex-ambassadeur de Bolivie au Brasil, Jerjes Justiniano Talavera. « Il est propriétaire du cabinet d’avocats Jerjes Justiniano Atalá & Associés», selon Página Siete.

Jerjes Justiniano Atalá reçoit l’accolade d’Áñez au moment de sa nomination comme ministre (de facto) de la présidence bolivienne (Photo : Reuters)

En 2016, le ministre du Gouvernement de l’époque, Carlos Romero, parlait de Justiniano Atalá comme d’un « avocat connu et expert dans la défense des trafiquants de drogues .» Rien n’est plus près de la réalité. L’avocat a défendu le patron Jacob Ostreicher, «qui a investi 25 000 000 $ dans des plantations de riz en Bolivie en association avec la Colombienne Claudia Liliana Rodríguez, associée et femme de Maximiliano Dorado, » affirme la revue brésiliennes Veja en 2013.

Bien que le reportage de la revue brésilienne soit destiné à créer un lien entre le Gouvernement bolivien et le trafic de drogues international, on n’a pas pu occulter un élément central de la responsabilité exclusive de Justiniano Atalá : « En résumé : le fils de l’ambassadeur a défendu l’équipe de la femme du trafiquant brésilien qui a reçu chez elle le ministre dénoncé par Pinto Molina. C’est pour le oins une coïncidence embarrassante pour le rôle que Justiniano joue au Brésil, » remarque la publication.

En 2012, Justiniano Atalá a fait une présentation au Congrès des Etats-Unis dans le cadre de sa défense Ostreicher. S’exprimant comme s’il n’était pas Bolivien, l’avocat a indiqué que le système judiciaire du pays était faible et qu’il y eu de l’ingérence dans l’affaire du citoyen étasunien, une affirmation qui n’a été corroborée par aucune preuve fiable.

Les relations de Justiniano Atalá avec la tête du coup d’Etat, Luis Fernando Camacho, sont étroites. Selon le Devoir de Bolivie, « le ministère de la Présidence, considéré comme important pour le soutien qu’il apporte à la présidente, a été attribué à l’avocat Jerjes Justiniano Atalá, qui a accompagné Luis Fernando Camacho quand il est arrivé à La Paz. C’est son principal conseiller. »

Le profil de Justiniano Atalá cadre parfaitement avec le moment, c’est pourquoi il a été nommé : il représente les intérêts de Camacho, a un cabinet d’avocats avec une ligne directe avec le trafic de drogues (une des bases de l’économie de Santa Cruz) mais aussi avec les agences étasuniennes et les instances étasuniennes qui opèrent dans ce domaine.

Ainsi, comme Murillo représenté la branche sécuritaire et de guerre sale du coup d’Etat, Justiniano Atalá représente la branche du trafic de drogues de Santa Cruz qui a toute misé sur la manœuvre de Camacho. Vue ainsi, sa nomination répond non seulement à la logique de cooptation politique des trafiquants de Santa Cruz mais aussi à l’unité de critères que confèrent les affaires.

Karen Longaric, « chancelière »

Originaire de La Paz, Longaric est «licenciée en Droit UMSA, a un doctorat en droit international de l’Université de La Havane, » selon le journal Los Tiempos de Bolivie.

Son bas profil en politique bolivienne ainsi que ses antécédents universitaires correspondent à ce dont les putschistes ont besoin : une personnalité manipulable, de tendance légaliste et technique qui arrive à déplacer « professionnellement » la dynamique du coup d’Etat à l’étranger.

Il y a quelques mois, Longaric a demandé à la Bolivie de rompre ses relations avec le Venezuela au profit de la tentative de coup d’Etat de Juan Guaidó dans l’arène diplomatique (Photo : Eju.tv).

Alors que les médias soulignent unanimement que c’est la première femme qui a en charge le Ministère des Affaires Etrangères, et mettent en avant son profil « intellectuel, » Longaric dirige une manœuvre de sape des relations étrangères de l’Etat bolivien.

Cette manœuvre a pour but de forcer un tournant politique qui place à nouveau la Bolivie dans la position de pays soumis à l’influence étasunienne. On pourrait dire que le travail de Longaric consiste à officialiser, par la voie diplomatique, ce que Murillo y Justiniano Atalá mettent en marche avec les axes du pouvoir dur de Washington.

Quand le coup d’Etat a eu lieu, Longaric a affirmé que «  la Bolivie n’a vécu aucun coup d’Etat » et elle a annoncé une « rencontre des Boliviens. » Elle a accompagné ces paroles en expliquant, paradoxalement, que « tout jugement émis par une autorité et par d’autres nations sur les événements manque de vérité et constitue de l’ingérence dans la politique intérieure de l’Etat bolivien. »

Cette ligne discursive a déjà eu des résultats concrets. Les putschistes ont rompu les relations avec le Venezuela, ont retiré officiellement le pays de l’ ALBA-TCP et rappelé leurs représentants diplomatiques à Cuba.

Ces décisions, même si elles sont alignées sur les intérêts géopolitiques urgents des Etats-Unis portent la touche personnelle de Longaric.

Un article publié par Página Siete en juillet de cette année, dit qu’il « est urgent de matérialiser à tous égards la reconnaissance internationale de Juan Guaidó en tant que président constitutionnel par intérim du Venezuela, oint le 23 janvier 2019. Pour cela, il faut reconduire la procédure inachevée et presque ratée de cette reconnaissance en adoptant les mesures adéquates dont refuser de reconnaître et expulser les représentants diplomatiques de Maduro. »

Le fondamentalisme de Longaric à propos du Venezuela lui a sûrement accordé des points pour sa nomination. 

En termes de politique étrangère, Longaric a toujours remis en question le fait qu’Evo Morales ait entraîné le pays vers l’axe ALBA-CELAC. Défendant la même position géostratégique que la classe dominante, elle déclare que le pays doit se plier au schéma néolibéral de l’Alliance du Pacifique dans lequel la Bolivie se trouverait dans une situation d’inégalité face au Pérou, à la Colombie et au Chili.

« Suivant les consignes d’Hugo Chávez, la Bolivie, avec ses mauvaises gestions au Secrétariat Général de la CAN, a assisté, indifférente, au ralentissement du projet andin d’intégration. Dans cette dérive internationale, elle a proféré de dures critiques contre les pays membres de l’Alliance du Pacifique et contre le projet en tant que tel, réduisant ainsi la possibilité de construire, dans l’avenir, une bonne relation avec les pays de cette Alliance, » a affirmé Longaric.

Mais cette prise de position contre la souveraineté de la Bolivie ne s’achève pas là. Dans une interview accordée à El Comercio du Pérou, elle a rejeté la revendication bolivienne d’une sortie sur la mer : « Nous devons oublier La Haye, ne pas avoir d’attitude revancharde ou d’affrontement et donner la parole à Piñera qui a invité à discuter de ce sujet. Dans l’imaginaire du peuple chilien et de sa classe politique, il doit y avoir le besoin moral incontournable de résoudre ce problème avec la Bolivie. »

La CIDH dénonce qu’au moins 23 personnes sont mortes après la répression policière et militaire contre les manifestations anti-coup d’Etat en Bolivie (Photo : AP)

Luis Fernando López, «ministre» de la défense 

Né à Santa Cruz, Justiniano est le fils de Jerjes Justiniano Talavera, ancien ambassadeur de Bolivie au Brésil. « Il est propriétaire du cabinet d’avocats Jerjes Justiniano Atalá & Asociados », rapporte le journal Página Siete dans un bref profil.

« En plus de sa carrière en tant que sous-lieutenant des Armes et de Cavalerie, de parachutiste, il est licencié en Communication Sociale de l’Université Catholique de La Paz. Il est issu d’une famille de tradition militaire et politique. Son père, Luis Fernando López Bacigalupo était le Général de la Division du Service Passif de l’Armée et son grand-père, Rubén Julio Castro, était vice-président de la République de Bolivie, » dit le média.

Cet officier, d’une lignée d’officiers, est aussi « président exécutif de Lola Group S.R.L., une agence spécialisée en stratégie, marketing et communication intégrale. » De plus, « il a été gérant des multinationales bien connues Lowe et Mcann Erickson pour la Bolivie et a travaillé pour des marques mondiales comme Coca-Cola, BMW, Unilever, Huawei, Cinemark et Copa Airlines, entre autres. »

Le nouveau « ministre » de la défense d’Áñez est aussi un homme d’affaires aux multiples secteurs d’activité (Photo : Explicit)

Mais à sa position en tant que patron, s’ajoute un aspect qui explique dans une grande mesure son rôle dans l’après-coup d’Etat. Luis Fernando López a été « officier instructeur de l’Ecole des Cóndores Satinadores à Sanandita1, entre 1986 y 1989». Ce corps a été créé en 1981 sous la dictature de Luis García Meza. Depuis 1987, il réalise des manœuvres conjointes avec les Forces Spéciales étasuniennes et reçoit des instructions dans les tâches d’affrontement du point de vue de la « lutte anti-terroriste. »

Être patron et militaire à la retraite avec une belle carrière lui a valu la reconnaissance immédiate des Forces Armées quand Áñez l’a nommé «ministre» de la défense.

Dans une interview accordée à CNN, Luis Fernando López a affirmé : « Nous sommes en train de traiter avec des terroristes » en parlant des manifestants qui, à La Paz et à El Alto, protestent contre le coup d’État.

Il a défendu le Décret Suprême 4078 approuvé le 14 novembre dernier qui accorde une totale impunité aux Forces Armées pour arrêter les manifestations en appliquant un usage disproportionné de la force. 2 massacres ont précipité l’application pratique de cet instrument juridique. En éludant les questions sur les morts à Senkata, le fonctionnaire a indiqué que « l’armée n’a pas tiré un seul projectile. »…

Le choix de Luis Fernando López pour le poste de «ministre» de la défense non seulement s’adapte parfaitement aux opérations d’extermination engagées par Murillo mais les pousse jusqu’au bout. La variante de la « lutte anti-terroriste, » un modèle d’État d’Exception militarisé que les Etats-Unis ont transformé en modèle quand ils l’ont appliqué en Amérique Centrale, confirme que l’érosion de l’appareil officiel de répression provoquera l’augmentation de la participation d’agents illégaux.

Il semblerait que le «ministre» de la défense soit l’intermédiaire entre le capital privé local et transnational et les mercenaires sous-traitants qui très probablement coordonnent l’étape paramilitaire de la répression généralisée.

Roxana Lizárraga, «ministre» de la communication

Roxana Lizárraga a été interrogée pour ses déclarations agressives et menaçantes contre les journalistes couvrant le coup d’Etat en Bolivie (Photo : NotiAmerica)

Le journal La Nation d’Argentine dit que Lizárraga «est avocate et journaliste de radio et de télévision. Elle est née à La Paz. Elle a travaillé pour des chaînes de télévision connues et ces dernières années, elle a travaillé avec la journaliste Amalia Pando pour l’émission Cabildeo (…) Elle a étudié à l’Université Catholique Bolivienne San Pablo (…) En 2002, elle a reçu le Prix National de Journalisme avec la médaille Huáscar Cajías. »

Sa nomination par Áñez a provoqué une polémique à cause de ses déclarations contre les journalistes qui font la couverture du coup d’Etat en Bolivia. Aux « journalistes ou aux pseudo-journalistes qui font de la sédition (…) on a déjà identifié les journalistes étrangers qui provoquent la sédition et le Ministre du Gouvernement va prendre les mesures adéquates, » a-t-elle déclaré, en concordance absolue avec la « chasse » engagée par Murillo.

Lizárraga a été à la tête de l’une des opérations de communication les plus importantes après le coup d’Etat, consistant à lyncher moralement Evo Morales en permettant que les médias montrent sa résidence à la Grande Maison du Peuple, une manoeuvre évidemment destinée à détourner l’attention de la répression des protestations. 

« Ça ressemble à la maison d’un cheik arabe. Le gaspillage d’argent qui a été fait pour la construction de ce palais est vraiment une insulte pour tous les Boliviens, » a-t-elle déclaré devant les caméras.

Le rôle de Lizárraga a été essentiel pour la mise en place d’un blackout de l’information à grande échelle pour réduire la couverture de la répression militaire et policière. Justement, la persécution de journalistes et les menaces de judiciarisation sont une méthode de pression dont l’objectif est de s’opposer à l’enregistrement de la violence militaire qui se déchaîne dans les rues.

Et elle a été nommée, précisément, pour que la version des putschistes s’impose à leur convenance sur le champ de bataille.

José Luis Parada, «ministre» de l’économie 

Página Siete souligne que « José Luis Parada Rivero est de Santa Cruz, il passe son bac à l’Institut Américain de La Paz et reçoit le titre d’Economiste de l’Université Nationale Autonome du Honduras. Dans le secteur privé, il exerce la charge de directeur de la Filature Santa Cruz, du Fonds de l’Elevage et de la Raffinerie de Sucre Guabirá. Il a aussi été directeur administratif et financier de la Vice-présidence de la République de Bolivia et, à partir de 2005, a fait fonction de secrétaire de l’Economie et des Finances du Gouvernement Autonome du Département de Santa Cruz. »

Un homme d’affaires de Santa Cruz prend les rênes de l’économie bolivienne avec une approche néolibérale (Photo : pagina siete)

Le profil de Parada est celui d’un technocrate fondamentaliste. Il n’a pas perdu de temps pour exposer les plans de privatisation qui ont motivé le coup d’État : « Pendant 14 ans, nous avons eu des obstacles à l’investissement privé. Nous allons asseoir les bases d’une ouverture de l’économie nationale pour attirer les investissements et pour que le prochain Gouvernement continue dans cette voie. »

A ce propos, Página 12 d’Argentine écrit ceci : « Il a toujours remis en question le Gouvernement central de La Paz à cause du paiement de primes et il a même été le coordinateur de la revendication de ce département, le plus riche de Bolivie et noyau dur de l’opposition putschiste. Parmi ses antécédents, on peut relever qu’il a dirigé la Filature Santa Cruz et de la Raffinerie de Sucre Guabirá. »

L’année dernière, Parada a montré lors d’une interview que Santa Cruz est le point névralgique de son idée du développement, une tendance qui se poursuivra certainement en renforçant le coup d’Etat au détriment de l’ensemble de la Bolivie :

« Par conséquent, pourquoi Santa Cruz devient-elle attractive ? Parce qu’elle gère les 3 secteurs stratégiques du développement : d’abord, l’agriculture, le secteur agro-alimentaire qui est celui qui génère 70% de la sécurité alimentaire du pays. D’autre part, il y a aussi la partie agro-industrielle avec des produits comme le soja, la viande et la cane à sucre. Cela provoque à Santa Cruz une expansion économique, de la production et surtout en ce qui concerne la croissance de la population accompagnée par les services de l’eau potable, de l’électricité et du téléphone. Le niveau de développement de Santa Cruz est pratiquement identique au niveau de croissance des pays asiatiques parce qu’il a toujours été au-dessus de la croissance moyenne du pays, de toute la croissance économique de la Bolivie. »

Parada représente le visage du patronat néolibéral et technocratique du coup d’Etat mais aussi une garantie pour les patrons et les grands propriétaires terriens de Santa Cruz qui ont aujourd’hui un «ministre» de l’économie qui privilégie leurs intérêts (en redistribuant les ressources, en supprimant des impôts etc…) en passant par-dessus l’ensemble du pays.

La répression policière et militaire continue de faire des victimes en Bolivie (Photo : Info Libre)

Conclusion

Sur ces 20 ministres, 7 proviennent de Santa Cruz, en grande majorité des patrons. 2 autres sont des représentants de Beni (Álvaro Coimbra, ministre de la Justice et de la Transparence des Institutions et Álvaro Guzmán, ministre de l’Energie). 1Représente de Tarija (Víctor Hugo Zamora, ministre des Hydrocarbures). Le reste des ministres, une minorité, est originaire de Cochabamba, Potosí et La Paz.

Ces départements sont regroupés dans ce qu’on appelle la « Demi Lune » une construction socio-géographique qui représente en particulier les terres basses boliviennes. Etant donné que le coup d’Etat a été dirigé par ce pole politique et économique dominé par des secteurs de l’oligarchie, il est tout à fait cohérent que ceux-ci aient des charges dans le pouvoir exécutif.

Cette composition du train exécutif d’Áñez est une véritable remise en cause du concept d’Etat Plurinational étant donné que les personnalités qui dirigent le Gouvernement de fait ne sont pas représentatives de l’ensemble social et ethnique du pays.

C’est un Gouvernement de fait de tendance pro-patronat et néolibérale qui agit en même temps sur le front de la judiciarisation, du terrorisme et de la répression pour renforcer un état d’exception qui facilite la remise des ressources naturelles du pays aux corporations occidentales. La violence militaire et policière est le reflet, dans les rues, de la destruction des institutions d’un Etat qui, jusqu’au coup d’Etat,était propriétaire des gigantesques ressources énergétiques du pays.

Le trafic de drogues concerne plusieurs des personnalités dont on a parlé et devient l’un des sujets les moins visibles mais les plus importants dans ce coup d’Etat et cela correspond non seulement à l’essence de l’économie de Santa Cruz avec Áñez, Murillo et Justiniano Atalá mais aussi aux intérêts géostratégiques des Etats-Unis dans ce qui est connu comme « le négoce du siècle. »

Mission Verdad / traduction par Françoise Lopez pour Bolivar Infos