Qui est Arturo Murillo ?

Lorsqu’il a pris ses fonctions de ministre du gouvernement putschiste en Bolivie, il a annoncé qu’il allait partir en « chasse » contre des personnalités du MAS telles que Juan Ramón Quintana, actuellement réfugié à l’ambassade du Mexique.

Arturo Murillo, a créé le 28 novembre le Centre spécial antiterroriste (CEAT), cette police politique sera basé à Santa Cruz.

Surnommé Trompo (Toupie) Murillo lorsqu’il était pilote de course, il a alors représenté son pays à l’étranger où il aime aussi faire des randonnées en moto. Aujourd’hui, il ne fait plus le tour des pistes, mais voyage en tant que ministre du gouvernement du régime putschiste de Jeanine Añez. Il vient de faire une tournée aux États-Unis à la recherche de la légitimité politique qui manque à sa présidente pour obtenir l’appui de fonctionnaires de second rang. C’est l’homme fort du cabinet, du moins s’en vante-t-il. Entièrement aligné sur les États-Unis, il a annoncé, lors de son entrée en fonction, qu’il allait partir en « chasse » contre des personnalités du MAS comme Juan Ramon Quintana, réfugié aujourd’hui à l’ambassade du Mexique.

Né à Cochabamba, il est hanté par une aversion particulière envers l’ancien président. Le 27 décembre, il a fêté son 56e anniversaire dans une fonction de laquelle il semble par moment se transformer en ministre des Affaires étrangères ou en chef de la défense. Un jour, il devra répondre des massacres de Senkata et de Sacaba. Son envie d’en découdre avec l’opposition actuelle n’est comparable qu’à celle de sa collègue de la Communication, Roxana Lizárraga.

Propriétaire d’hôtels, marié deux fois et père d’une fille, Arturo Murillo surpasse même la présidente Añez dans son rôle de leader. Par sa propre fonction — il est en charge de la politique intérieure, de la sécurité, des migrations et même du service pénitentiaire — il a déplacé du centre de la scène Luis Fernando Camacho, le leader civique qui professe avec une main de fer des idées semblables aux siennes.

Murillo est entré en politique, appelé par le millionnaire Samuel Doria Medina, ancien candidat à la présidence et un des piliers du parti Unidad Nacional (UN), la force avec laquelle il pourrait se présenter à nouveau. Il a été député et sénateur, ce dernier mandat lui ayant permis de tenir une position incroyablement misogyne contre les droits des femmes. Lorsque le Congrès a discuté un article sur le système pénal qui incluait la question de l’avortement, il a déclaré : « Tuez-vous, tuez les femmes qui disent vouloir faire ce qu’elles veulent de leur corps, faites-le, suicidez-vous, mais ne tuez pas la vie d’un autre, cette vie ne vous appartient pas ».

Le ministre de facto, une sorte de Torquemada de notre temps, est celui-là même qui jubilait, le 18 décembre, lorsqu’il a lancé le « mandat d’arrêt » contre l’ancien président Evo Morales pour sédition, terrorisme et financement du terrorisme. Crimes dont le régime Añez l’accuse afin de l’encercler judiciairement et le maintenir hors de Bolivie. Murillo a tellement rehaussé son prestige qu’il a même empiété sur certaines attributions de la ministre des Affaires étrangères Karen Longaric.

En décembre, il s’est rendu aux États-Unis où il a rencontré des représentants de diverses organisations qu’Evo Morales avait expulsées de Bolivie ou qu’il a attaquées pour leur ingérence. Il a été photographié avec Mauricio Claver-Carone, directeur en charge de l’Amérique latine du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche. Il a également rencontré le Conseil des Amériques à qui il a expliqué le processus électoral actuel et a demandé d’intercéder pour des investissements. Sans surprise, il s’est également entretenu avec John Barsa, un responsable de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), une organisation de façade de la CIA exclue de Bolivie depuis six ans. Sa visite aux États-Unis s’est achevée par deux rencontres : à la CIDH et à l’OEA avec son Secrétaire général, l’Uruguayen Luis Almagro, duquel il a obtenu une déclaration d’engagement en faveur du processus électoral bolivien.

Les faveurs qu’il a sollicitées ont été payées par d’autres faveurs. Outre l’alignement automatique sur le gouvernement de Donald Trump, Murillo — en charge de la Direction générale des migrations — a annoncé le 20 décembre dernier que les citoyens des États-Unis et d’Israël « n’auront plus à présenter de visa ou d’autorisation de tourisme ou de visite pour entrer sur le territoire bolivien et pourront le faire porteurs seulement de leurs documents d’identité valides ». Añez a ajouté que cette annonce avait été faite parce que les visiteurs de ces deux pays « ont toujours grandement contribué au développement du tourisme et des investissements dans toutes les régions de la Bolivie ».

La faveur de cette règle pour ces nationalités est loin d’être en phase avec les déclarations de Murillo contre les organisations de défense des droits de l’homme qui se sont rendues en Bolivie. Lorsqu’ils sont allés recueillir les témoignages des victimes des massacres commis par le gouvernement, il a menacé les avocats, syndicalistes et militants argentins : « Faites attention, nous vous regardons, nous vous suivons ». À cette occasion, il n’a pas été le meilleur des hôtes…

La trajectoire de ce ministre zélé du régime putschiste, qui aimerait tant voir Morales arrêté, n’est pas non plus des plus propres. En mai 2016, alors qu’il était sénateur, un tribunal l’a condamné à deux ans de prison pour avoir falsifié son livret militaire afin de se qualifier comme législateur pour se présenter à la mairie de Cochabamba de 2006 à 2011. Il n’a jamais été emprisonné. À présent, il demande des peines de prison pour des dizaines de fonctionnaires du gouvernement d’Evo. Quand il a parlé de partir à la chasse aux dirigeants du MAS, il s’est justifié en disant qu’il les considérait comme des « animaux », tout comme les Vénézuéliens et les Cubains installés en Bolivie jusqu’au coup d’État.

Gustavo Veiga

Pagina 12 / Traduction : Venesol